Ceux qui connaissent un
peu
l'histoire d'Haïti pourraient avoir regardé les informations hier soir
en
pensant, comme je l'ai fait pendant un moment : “Un tremblement de
terre ? Quoi
d’autre après ? La malheureuse Haïti est décidément maudite”.
Mais alors que les
tremblements de terre sont des
phénomènes naturels, l’extrême vulnérabilité aux tremblements de terre
est,
elle, d'origine humaine. Et l'histoire de la vulnérabilité d'Haïti aux
catastrophes naturelles – aux inondations, à la famine et aux maladies
ainsi,
donc, qu’à ce terrible tremblement de terre - est longue et complexe,
mais son
origine semble suffisamment claire.
Haïti est un pays créé
par d'anciens esclaves, par
des captifs d’Afrique de l'Ouest, qui, en 1804, lorsque l'esclavage
était
toujours florissant aux États-Unis et dans le reste de la Caraïbe, se
libérèrent de leurs cruels maîtres français et créèrent leur propre
république.
Les Haïtiens ont été punis depuis pour avoir réclamé leur liberté : par
les
Français qui, dans les années 1820, demandèrent et obtinrent paiement
des
Haïtiens pour l'ancienne colonie esclavagiste, appauvrissant le pays
pour les
années à venir ; par une occupation américaine, globalement brutale, de
1915 à
1934 ; par une mauvaise administration autochtone que le gouvernement
américain
a aidée et soutenue. (Dans les années les plus récentes, les
administrations
américaines sont passées d’un schéma de promotion à celui de sape de la
démocratie constitutionnelle en Haïti.)
D'où l'état actuel des
choses : au moins 10 000 organisations
privées effectuent des missions prétendument humanitaire en Haïti, mais
celle-ci reste un des pays les plus pauvres du monde. Une partie des
fonds sur
lesquels s’appuient les organisations caritatives privées provient
directement
du gouvernement des États-Unis, qui a insisté pour qu'une grande partie
de
cette aide retombe dans des poches américaines - pour un pourcentage
plus élevé
que celui de tout autre pays industrialisé.
Mais ce n'est qu'une
partie du problème. Dans le
domaine de l'aide internationale, beaucoup d'efforts, passés et
présents,
semblent avoir été condamnés dès le départ. Il y a les nombreux projets
qui
semblent avoir été conçus non pour servir les Haïtiens pauvres, mais
plutôt les
intérêts des personnes qui administrent lesdits projets. Plus important
encore,
beaucoup d'organisations semblent être dans l'incapacité - et certaines
semblent tout simplement refuser – de créer des partenariats avec
d’autres
organisations ou, plus crucial encore, avec le secteur public de la
société qu'ils
sont censés servir.
L'excuse habituelle,
qu’un gouvernement comme celui
d'Haïti est faible et souffre de corruption, ne tient pas – c'est une
raison de
plus, au contraire, pour travailler avec le gouvernement. Le but ultime
de
toute aide à Haïti devrait être le renforcement des institutions, de
l’infrastructure et de l’expertise haïtiennes.
Cette semaine, la liste
des choses dont Haïti a
besoin, des choses comme des emplois, de la nourriture et du
reboisement, s’est
soudainement encore plus allongée. Le séisme a frappé principalement la
capitale et ses environs, soit la partie la plus densément peuplée du
pays, où
des organisations comme la Croix-Rouge et les Nations Unies ont leur
siège. Un
grand nombre des endroits – y compris l’hôpital central - qui auraient
pu être
utilisés pour secourir les sinistrés sont maintenant eux-mêmes des
zones
sinistrées.
Mais il existe des
organisations d'aide effective
qui travaillent en Haïti. Au moins une n'a pas été paralysée par le
séisme. Partners
in Health, ou Zanmi Lasante en créole haïtien, a été le
principal
fournisseur de soins de santé dans les zones rurales d'Haïti. (Je siège
au
comité de développement de cet organisme.) Il exploite, en partenariat
avec le
Ministère haïtien de la santé, quelque 10 hôpitaux et cliniques, tous
loin de
la capitale et tous encore intacts. À la suite de cette catastrophe, Partners
in Health est probablement devenu tout simplement le plus
important
fournisseur de soins de santé encore debout dans tout Haïti.
Heureusement, il offre
aussi un solide modèle
d’indépendance - un modèle où seule une poignée d'Américains est
impliquée dans
les opérations quotidiennes, et où ce sont les Haïtiens qui mènent
eux-mêmes le
bal. Des efforts comme celui-ci pourraient être un moyen pour Haïti,
alors qu’elle
se reconstruit, de renouveler la promesse de sa révolution.
Tracy Kidder
Est notamment l'auteur
de Mountains Beyond
Mountains qui porte sur Haïti. Il a remporté le prix Pulitzer en
1982 pour The Soul of a New Machine. Dernier ouvrage publié
: Strength in
What Remains.
Article publié dans le New
York Times du
13 janvier 2010.
Article traduit de
l'anglais américain par Fabien
Marius-Hatchi
Hier soir avec
mes enfants et mon mari nous avons
fait une prière pour Haïti et les Haïtiens. Nous avons allumé une
bougie pour
eux, pour que Dieu les écoute, pour que les sauveteurs découvrent ceux
qui sont
ensevelis, pour que ceux qui sont dans le noir voient, pour les aider,
pour les
accompagner, pour les soulager, pour leur dire que en Martinique dans
ma petite
maison, nous pensons à eux, et que nous voulons être à leurs côtés.
Les
mots me manquent pour exprimer ma souffrance mais elle est là car cet
épisode
m'a bouleversé... Mais il faut être fort... je suis prête à me mettre à
la
disposition d'une association pour porter mon aide à ce peuple qui
souffre et
qui a déjà tant souffert. Ayant habitée Sainte-Thérèse, j'ai grandi
avec des
Haïtiens et j'en connais plusieurs. J'ai beaucoup de respect pour ce
peuple.
Sabine
Andrivon Milton
Une
grande tristesse
C'est une grande
tristesse, 100 000 morts je peine à imaginer ce que cela
représente, d’hommes, de femmes, d'enfants, de vie à vivre, d'espoirs
avortés,
en un instant envolé.
Comme toi j'ai prié pour toute ces vies détruites, pour que leur âme
repose en
paix, j'ai aussi prié pour les vivants car grande est leur souffrance Dimanche,
j'irai à la cathédrale afin que dans l'union nous partagions notre
peine, pour que dans la fraternité et à l'unisson nos prières montent
au ciel,
vers celui à qui nous les adressons. J'allumerai
une bougie pour la lumière éclaire leur, chemin, une bougie pour
que cette centaine de milliers d'âmes se trouvent réchauffées en amour
et en
pensée. Et
par la foi, je me joins à ton mari, tes enfants et toi qu’ensemble nous
prions,
atteignions cette dimension d’amour, faisant que bien que un, nous
serions un
million, que bien que seul, nous ferions foule, bien que moi, nous nous
fondions en nous, accédions à des possibles ouverts qu’à ceux qui
croient, qu’à
ceux pénétrés de l’esprit de Dieu.
Evariste
Zephyrin
L’enfer
va-t-il encore danser sous nos pieds ?
Je suis de ceux et celles qui ont survécu
au séisme du 12
janvier 2009. J’ai encore une maison. Ma famille proche est vivante,
nous ne
pleurons aucune perte. J’ai de la chance d’avoir encore de
l’électricité et
d’accéder à l’internet. Alleluia ! Quand j’ouvre mon pc et qu’un
nouveau nom
figure dans la liste de mes contacts en ligne, je respire un grand
coup. Ayibobo
! Nous sommes deux familles voisines et nous mettons nos moyens en
commun pour
tenir.
Des secousses jusqu’au milieu de la journée, quatre jours après. Je
suis
traumatisée, j’en ai conscience mais je ne peux tout simplement pas
retenir mon
corps quand il panique. Je crois qu’environ deux millions de personnes
souffrent du même traumatisme. Nous entendons le bruit sinistre qui
vient avec
la secousse et nous sentons la terre frémir sous nos pieds, mais nous
ne savons
pas toujours si la sensation est imaginée ou ressentie. L’enfer va-t-il
encore
danser sous nos pieds ? J’appelle cela le syndrome de la secousse.
Je souffre aussi du syndrome de la porte ouverte. Quand je suis dans la
maison,
je dois toujours avoir une porte ouverte sous les yeux. Pour courir
plus vite
que la mort. Une illusion pourtant. Les survivants ont survécu parce
que les
maisons sous lesquelles ils se trouvaient ne sont pas tombées. Les
autres n’ont
pas eu le temps de sortir. En quelques secondes, tout était fini, deux
spasmes
des entrailles de la terre et notre destin faisait une tête à queue.
Nous
dormons encore sous les étoiles. Dieu, ce que les nuits sont belles !
Dans les quartiers populaires du bas de Port-au-Prince, après quatre
jours, les
humains cohabitent avec les cadavres décomposés. La douleur mûrit, elle
habite
la ville. Les moyens du Centre National de l’Equipement sont dépassés,
il
faudrait cinquante fois plus de camions pour emporter, brûler ou
enterrer les
morts. Une odeur pestilentielle recouvre les quartiers les plus
touchés, on ne
peut les traverser sans vomir. Exode vers la province. Certaines rues
sont
bondées de gens qui vont dans toutes les directions. Il faut quitter la
capitale, ces rues qui sont des veines éclatées. Les voleurs hantent le
bas de
la ville, on pille les magasins. On braque les piétons, on dépouille
les gens
du peuple du peu qu’ils ont.
Ketty Mars
Il y a des quartiers qui sont plus touchés
que d’autres, mais tous sont
touchés. Bidonvilles, bas de la capitale, quartiers populeux, quartiers
résidentiels. Pour une fois en Haïti les clivages de société n’ont fait
aucune
différence, le séisme ne connait ni classe sociale ni couleur de peau.
Nous
pleurons tous des morts, chaque appel, chaque visite nous apprend plus
de
fatalités. Des blessures que nous ne pouvons encore vivre en toute
conscience.
Le choc est là, on voudrait en avoir rêvé. L’aide internationale est
présente,
le monde entier a entendu la rumeur qui a emporté Haïti dans ses
profondeurs.
Ce pays qui fait parler de lui toujours pour des raisons tragiques. Ce
pays
marqué du signe du sang. Les autorités sont dépassées par la situation.
On
n’entend pas le gouvernement. Il reste muet, il ne parle pas à son
peuple. Il
nous confirme sa faiblesse. Le chef de l’état ne sait pas trouver les
mots pour
parler au peuple, pour nous encourager, nous donner confiance. Nous
sommes
frappés à la tête. Nous, Haïtiens, avons jusqu’à présent le sentiment
d’être
livrés à nous-mêmes. Pourtant l’aide a débarqué et continue de
débarquer
massivement. Le gouvernement de la République Dominicaine voisine a été
l’un
des premiers à réagir, oubliant tous les conflits qui nous opposent à
cause de
la migration haïtienne qui est un problème économique et politique
grave entre
nos deux pays. Les États-Unis d’Amérique, la France, le Canada,
l’Europe, le
Japon, la Chine, tous se mobilisent, tous veulent faire atterrir des
avions
dans notre espace aérien bondé. Il n’y a plus de tour de contrôle à
l’aéroport.
Il y a même eu un incident diplomatique suite au refus de la part des
autorités
étrangères contrôlant l’aéroport de laisser atterrir un avion hôpital
venant
d’Europe.
Mais cette aide internationale ne coule pas dans les rues, pas encore
de
tentes, pas encore de dispensaires ambulants, pas encore de
soulagement. Nos
hôpitaux sont dépassés, plus de médicaments, aucun soin ne peut-être
donné. Le
peuple, la masse des sans-abris qui occupe les rues et les places
publiques
attend toujours, dans la peur et la frustration. Il y a toujours des
hommes,
des femmes et des enfants en vie sous les décombres. Pour eux, pour
ceux qui
les recherchent et les attendent, l’espoir diminue d’heure en heure.
Ceux qui
le peuvent quittent le pays par la frontière, l’exode à un autre niveau.
Sur les places publiques, des installations de fortune, on s’agglutine
pêle-mêle. On fait ses besoins ou on peut. On a faim, soif, et on
souffre. Et
on prie, toute la nuit. Pour la cinquième nuit consécutive ils ont
prié, les
mains levées au ciel. Jésus !... Jésus ! Le nom sur toutes les lèvres.
Nous
avons trop péché, c’est la punition divine. Repentez-vous ! Une telle
épreuve
ne peut-être qu’une punition de Dieu, fatigué de nous voir pêcher.
Difficile
d’enlever cela des têtes, difficile de ne pas croire à la malédiction.
Surtout
quand 90% des églises chrétiennes sont tombées. Le combat du bien
contre le
mal. L’archevêque de Port-au-Prince a péri.
Où sont les vodouisants ? Aucun tambour n’a résonné dans la beauté des
nuits
criblées d’étoiles. La suprématie chrétienne se révèle dans toute sa
puissance.
En Haiti, le vodou évolue dans une certaine ombre, de façon mitigée,
acceptée
sur un plan esthétique et défendu par une génération d’artistes qui y
voient un
élément puissant de notre culture, un matière première au potentiel
esthétique
inépuisable ; mais rejeté par les chrétiens, particulièrement ceux des
cultes
réformés. Le vodou traverse notre structure mentale, l’haïtien est
mystique de
nature, il vit près de ses rêves. C’est pourquoi cet héritage spirituel
ne peut
pas disparaître de notre culture. Mais il vit en situation hypocrite.
Ceux qui
en ce moment prendraient le risque de faire un service vodou se
verraient
probablement lynchés. Cela s’est déjà vu dans des situations de crises
politiques aigües dans le passé en Haïti. La foi vodou devra rester «
underground », les esprits de nos ancêtres devront encore souffrir de
la soif
et de la faim.
Alors qu’on se chamaillait pour les prochaines élections législatives,
alors
que les politiciens s’attrapaient par les cheveux pour quelques places
au sénat
ou à la chambre des députés, tout paraît a présent tellement dérisoire.
Le
pouvoir actuel veut se perpétuer, c’est une sorte d’instinct qui pousse
le
politicien haïtien à se déshumaniser. Toujours la même histoire du
petit groupe
qui veut tout garder, et garder le statu quo de la misère pour tous les
autres.
Le gouvernement a été frappé de plein fouet. Presque tous les immeubles
étatiques sont tombés, entrainant dans leurs chutes des dizaines, des
centaines
de cadres du gouvernement. La faiblesse des structures rend la
distribution de
l’aide internationale impossible jusqu’au matin de ce cinquième jour.
Émeutes
et pillages sont inévitables si la ceinture de sécurité de la ville
n’est pas
garantie par des forces militaires et policières solides. On attend des
milliers de militaires américains dans les prochains jours. Mais la
frustration
en attendra-t-elle autant avant d’éclater ?
La société civile se réveille, cherche à se rassembler pour aider,
monter des
cellules d’urgence. Il a fallu enterrer les morts en vitesse ; il y a
encore
des milliers de corps sans sépultures à l’échelle de toute la capitale,
de ses
environs, des villes de Léogâne, vers le sud, de Jacmel au sud-est, de
Cabaret,
à l’Ouest et bien d’autres encore. Maintenant il faut concentrer toutes
nos
énergies pour un grand élan de solidarité, le plus grand élan de
solidarité que
notre histoire exigera de nous. Car les jours à venir sont sombres.
L’année
scolaire semble compromise, tous les services sociaux sont gravement
touchés.
Les épidémies nous menacent. Tout est à reconstruire dans un pays déjà
pauvre,
déjà touché par le sous-développement endémique. L’immensité de la
tâche est
écrasante. Mais il vaut mieux ne pas la considérer dans sa totalité,
nous
devons voir la première main à tendre, la première souffrance à
soulager.
Rester en vie et perpétuer la vie, un jour à la fois, une heure à la
fois.
Nous sommes dans un instant de nos vies où
seule la foi nous tient debout. La
foi en un pays qui s’appelle Haïti et qui malgré tous les coups reçus,
les
coups qu’il s’est donné, ne veut pas mourir. Une nation née dans de
drôles de
circonstances, dans le feu, le fer et le sang. Une nation qui traîne un
passé
de gloire devenu trop lourd à porter. Ce tremblement de terre nous met
à
genoux, le nez dans la boue, dans la détresse la plus totale. Est-ce le
coup de
grâce pour Haïti ? Nous disons non. C’est peut-être une chance, une
renaissance. Une force émergera peut-être de cette épreuve, elle fera
peut-être
tomber les bandeaux sur nos yeux, ceux qui nous empêchent de nous voir
tels que
nous sommes. Nous avons le droit à ce rêve de pure folie. Mais nous
avons
besoin de la force des autres avec nous, pour de vrai, pour longtemps.
Ketty
Mars
Premiere parution en
Allemagne (Die Zeit. Nr.4 S.41).
Photos
Reçu du ministre des
Haïtiens vivant à l'étranger
Chers compatriotes de la diaspora,
Il y a 8 jours, le mardi 12 Janvier 2010, notre pays
a été durement frappe par
un des plus meurtriers tremblement de terre de la planète qui a fait d’
énormes
dégâts particulièrement a Port au Prince, mais aussi a Leogane, Jacmel
et Petit
Goave. Plus de 75,000 cadavres ont été déjà officiellement inhumes,
sans
compter, les victimes enterrées par leurs parents ou toujours
ensevelies sous
les décombres. Les estimations officielles prévoient que les pertes en
vies
humaines pourraient largement dépasser le chiffre de 100,000 personnes.
L’appareil de l’état au lendemain
de cette catastrophe était partiellement
paralyse face a une situation d’urgences multiples: un pays sans
communication,
en grande partie, une capitale obstruée en plusieurs points par des
décombres,
des pilonnes électriques et des arbres; le palais national, la
primature, le
parlement, les ministères et services autonomes, la Direction Générale
des
Impôts (DGI), les résidences officielles du Président et du Premier
Ministre
effondrés ou in opérationnels en majorité. Des fonctionnaires, employés
publics
et policiers directement affectes et dans certains cas traumatises.
Parmi ces locaux, celui du Ministère des Haïtiens Vivant a l’Etranger
(MHAVE)
s’est écroulé avec une dizaine de membres de son personnel inclus le
Ministre
dans ses bureaux, sauves miraculeusement. Deux personnes ont pu être
secourues
sous les décombres. Malheureusement, deux autres ont péri. De même que
le
professeur Guercy Antoine, membre du cabinet technique, chez lui.
Plusieurs
autres ont perdu des parents et leurs maisons, notamment Sainthony
Jeudi,
responsable de communication, attriste par la mort de sa femme et son
beau-père.
Parmi les victimes l’on compte aussi de nombreux étrangers résidents
permanents
ou fonctionnaires internationaux.
Haïtiens. Haïtiennes ou
descendants d’ haïtiens, ou que vous soyez dans le
monde, tous, nous sommes durement éprouvés par cette cruelle et pénible
situation. Nous pleurons nos morts, nous déplorons nos pertes diverses.
Cependant, une fois de plus, nous devons et nous allons rebondir. Nous
en
sommes capables, parce que l'une des plus remarquables caractéristiques
de
notre peuple, c'est la résilience.
Le gouvernement a installe des le lendemain du séisme, un centre de
gestion aux
bureaux de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) prés de
l’aéroport.
La coordination est assurée par le Ministère de l’Intérieur et des
Collectivités Territoriales pour un plan d’urgence qui compte avec la
participation de la communauté internationale. Les interventions qui
s’améliorent de jour en jour sont canalisées à travers ces filières:
Sante, Eau
et Assainissement, Aide alimentaire, Abris, Logistique, Reconstruction.
Le MHAVE, en partenariat avec
d’autres instances publiques, particulièrement la
Direction Générale des Douanes et la Protection Civile, assure la
coordination
de l’aide multiforme provenant de la diaspora. A signaler que des
opérations
médicales humanitaires sont déjà en cours en Haïti avec des
associations
professionnelles de la République Dominicaine et des Etats Unis. D’ un
autre
cote, plusieurs activités ont été lancées dans les communautés
haïtiennes de
l’étranger allant de l’assistance psychologique aux parents des
victimes a des
levées de fonds.
Des leçons d’événements précédents nous obligent néanmoins, à faire un
appel
aux leaders et organisations communautaires, a créer au niveau local,
en
diaspora, la synergie nécessaire pour une action concertée permettant
en Haïti
de faciliter la réception de l’aide combien importante des compatriotes
de la
diaspora afin d’accroitre l’efficacité des diverses initiatives.
La mise sur pied de comites
régionaux : Amérique du nord, Caraïbes et Amérique
Latine, Europe/Afrique est à considérer, tenant compte, entre autres,
des
conférences annoncées sur la crise humanitaire haïtienne, afin de
renforcer les
capacités de mobilisation du MHAVE pour garantir la participation des
compatriotes vivant a l’étranger dans les grandes décisions qui
détermineront
le futur du pays.
D’ autre part, après les premiers secours à la population sinistrée
auxquels
nous nous sommes attelles, une cellule de crise créée avec des agents
du
Ministère a déjà répondu à 82 cas de demandes de recherches de parents
de
membres de la diaspora, portées disparues.
La tâche est colossale. Sur tous les plans. Plus que jamais auparavant,
le pays
a besoin de vous. De vos dons, de vos investissements, mais autant,
sinon plus,
de vos bras, de votre matière grise, de votre esprit de créativité. En
ce sens,
toutes les facilites administratives sont garanties par le gouvernement
pour
l’encadrement des opérations humanitaires des haïtiens et leurs
descendants
vivant a l’étranger, et de nos amis de la société civile
internationale.
En accord avec le gouvernement dominicain, l’usage de l’aéroport de
Barahona
situe a deux heures et demie de Port au Prince permettra de faciliter
les
démarches humanitaires entreprises par les haïtiens et leurs
descendants de la
diaspora.
En Haïti, les citoyens, toutes
catégories confondues, font montre d’une
solidarité exemplaire durant ces moments douloureux. Par ailleurs, nous
comptons déjà sur des actions concrètes et des promesses de support
international pour entreprendre, après l’assistance humanitaire
d’urgence, de
rebâtir notre pays, au propre et au figuré. Cependant, nous sommes
convaincus
que nous y arriverons plus rapidement et plus durablement avec votre
participation active. L'heure a sonné.
Edwin Paraison
Ministre
Numeros de telephones disponibles:
631 479 3118 (Skype)
Tel 34 76 39 77 (VOILA), 36 73 29 69 (DIGICEL)
"La nature n'a pas de
morale"
"Il
faut monter à pas de chat, veloutés." Barbe blanche de patriarche
biblique et légèreté de jeune homme, Frankétienne, le plus grand poète
haïtien,
également peintre, grimpe tout doucement jusqu’au deuxième étage de sa
villa de
Port-au-Prince. Là-haut, ce n’est que fissures, failles, éboulis et il
a fallu
condamner le bureau avec vue sur le soleil couchant. Comment une si
belle
bâtisse, solide en apparence, construite en 1979 par son architecte de
frère
a-t-elle pu s’affaisser ainsi? "C’est dangereux. Tout s’est
effondré,
seuls les livres tiennent encore debout."
"Il
faut survivre, on a l’habitude de la misère"
Quand
tout fout le camp, il reste la culture. Le lendemain du séisme,
l’écrivain et
dramaturge créoliste, à qui l’on doit une soixantaine d’ouvrages dans
sa langue
maternelle, celle de la majorité de la population, celle que méprisent
les
élites, a accusé le coup. Cet auteur parfois hermétique, inventeur
d’une
esthétique du chaos baptisée "spirale" qui traverse aussi ses
tableaux bicolores remplis de cercles et de mouvements, sait pourtant
que
"c’est la vie qui est comme ça, inaccessible, incompréhensible".
"C’est vrai, j’ai pleuré. Je me suis senti déchiré, impuissant. Si
on
baptisait les tremblements de terre comme on le fait pour les cyclones,
celui-ci aurait pour nom Belzébuth. Ce n’est pas une malédiction mais
l’œuvre
de la nature. La nature n’a pas de morale, elle ne veut rien, elle est."
La secousse l’a pris par le col alors qu’il était en train de se faire
interviewer par un journaliste portoricain. Le type s’est mis à prier.
Lui
s’est contenté de lui attraper le bras en s’accrochant très fort à un
pilier.
"J’ai eu peur, j’aurais pu crever."
Au
matin, ses amis et fils spirituels, les écrivains Dany Laferrière,
Lyonel
Trouillot et Rodney Saint-Eloi, l’ont trouvé en larmes devant sa
maison. "Je
l’ai incité à sortir en lui disant que les gens avaient besoin de le
voir.
Lorsque les repères physiques tombent, il reste les repères humains.
Frankétienne, cet immense artiste est une métaphore de Port-au-Prince."
Ou bien la conscience même de la ville, qui exprime, par ses pleurs, la
peine
que l’homme de la rue cache tout au fond de lui. "Le détachement des
Haïtiens n’est qu’apparent, explique-t-il. Bien sûr, il faut
survivre,
on a l’habitude de la misère, mais il y a une grande douleur intérieure
que
seules les nécessités du quotidien parviennent à éclipser."
En
cette fin de semaine, alors qu’une vie amputée reprend peu à peu à
Port-au-Prince, la vigie de 73 ans donne l’impression de livrer un
corps-à-corps avec la bête qui gronde encore chaque jour, de petites en
grosses
répliques. Le soir, il dort tout au fond de son jardin, juste à côté du
mur
d’enceinte de sa propriété, pour éviter d’être piégé avec sa femme par
un orage
de béton. "On se met sur une dalle très solide. Aucun risque
d’effondrement à cet endroit." La journée, alors que des ouvriers
commencent à déblayer les gravats et les planches qui bouchent l’entrée
de sa
résidence, il se remet au travail à l’ombre de la terrasse. "Je
prépare
les répétitions de ma nouvelle pièce de théâtre. Il faut absolument
qu’elle
soit jouée. Je pensais le contraire la semaine dernière, mais j’en suis
certain
désormais: il ne faut pas annuler." Ecrit à l’automne, ce texte
étrangement prophétique met en scène les survivants d’un séisme, d’un
désastre
écologique. Des hommes égarés dans un univers apocalyptique qui
évoquent les
naufragés haïtiens qui campent dans les parcs, les stades et les
terrains
vagues. "Ni dehors… ni dedans/Ni ici… ni ailleurs/Nous sommes
partout
et nous ne sommes nulle part/Jusqu’au fond de l’abyme/dans le royaume
du
rien/Les objets et les corps sont des ombres, des reflets dérisoires."
Si,
contrairement à nombre de ses concitoyens, il refuse de croire à une
malédiction ("Dire que c’est une malédiction c’est dédouaner les
vrais
coupables de ce malheur"), s’il répète qu’un séisme peut frapper
partout, Frankétienne, ancien opposant à la dictature Duvalier, tient
les
politiciens de son pays, des représentants de la bourgeoisie aux
populistes,
pour responsables d’une partie du chaos actuel. Urbanisme galopant,
déforestation, absence de règles de construction ont transformé les
collines
pelées en toboggans mortels. "Nous avons salopété la planète",
lâche-t-il. Pour cet homme issu d’une famille très modeste, né du viol
d’une
gamine de 16 ans par un riche Américain blanc, les dirigeants
successifs
d’Haïti se sont disqualifiés. Selon lui, l’erreur historique remonte
aux
lendemains de l’indépendance du pays, quand, au lieu d’inventer leur
propre
système, les esclaves libérés ont calqué les modèles existants. Cette
erreur
s’est répétée tout au long du XXe siècle. "Ni le populiste Aristide
ni
aucun de nos dirigeants n’a jamais su écouter le peuple, ses
revendications,
ses besoins. Ce sont des prédateurs, des voyous, des irresponsables. Où
sont-ils en ce moment? Pourquoi voit-on si peu le président et le
Premier
ministre? Est-ce qu’ils ont peur? Est-ce parce que leur patron
américain est
là?"
"On ne
peut pas se battre contre ce fléau tout seul"
Alors
que le Vénézuélien Chavez et le Bolivien Evo Morales grondent contre
l’invasion
américaine, Frankétienne est au diapason de la majorité des Haïtiens.
Pas dupe
mais résigné: "Je suis lucide. Les Etats-Unis sont venus pour couper
la
route aux boat people." On n’entendra pas le vieux tiers-mondiste,
fervent admirateur de la révolution cubaine aujourd’hui reconverti en
militant
écologiste et altermondialiste, s’emporter contre l’arrivée de l’Oncle
Sam,
c’est-à-dire du "patron des prédateurs internationaux, du
gouvernement
de la mondialisation". "Il y a un consensus relatif ici : on
ne peut pas se battre contre ce fléau tout seul. Comme dit le proverbe
haïtien:
Ou ap fèmen baryè lè kabrit fin manje jaden ou! Ce qui veut dire: Tu
fermes la
barrière alors que les chèvres ont déjà mangé le jardin."
Devant
leur terre émiettée, tous les Haïtiens jouent aux apprentis architectes
bâtisseurs. Certains songent à transporter Port-au-Prince dans un
endroit plus
sûr. D’autres plaident pour l’instauration de normes antisismiques très
sévères. Le dramaturge confirme que le petit Etat caribéen se trouve à
un
carrefour historique: "Si l’intervention humanitaire est bien menée,
ça
nous donnera du souffle. Sinon, ce sera la mort." Le défi est à la
mesure de la secousse: il faudra gérer l’aide avec probité, mais sans
être
soumis au diktat américain. Un équilibre instable qui n’inquiète pas
outre
mesure le vieil écrivain. Après tout, son pays posé à califourchon sur
une
faille n’est-il pas apte à réconcilier les contraires? "A condition
de
sortir de la panne d’imaginaire qui nous paralyse." Même sonné,
même
inquiet devant les balafres qui lézardent sa maison, un poète reste un
poète,
qui préfère regarder les étoiles plutôt que le béton. Il l’a souvent
répété:
"Le rêve est incontestablement le premier des chemins qui conduisent
à
la liberté. Rêver, c’est déjà être libre."
La
tentation est forte de voir dans ce terrible tremblement de terre le
signe d'une malédiction. Nicolas Sarkozy, et bien d'autre, ont évoqué
cette "malédiction". L’histoire de ce “bout d’île” est en
effet marquée par les drames.
Avant
1804, date de l’indépendance d’Haïti, arrachée à la France,cette île
était la colonie française la plus prospère grâce à la culture du sucre
et du café. Plus de 2 siècles plus tard elle souffre d'émeutes de la
faim.. De la prospérité à la faim. Après une période de stabilité
à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, Haïti a été l’objet
d’une instabilité politique chronique. Pour s’en tenir au XXème siècle,
elle a subi l’occupation américaine entre 1915 et 1934 puis à
partir es années 1950, la longue période de dictature des Duvalier va
plonger le pays dans la misère. Sur la période plus récente, Aristide
élu en 1991 et renversé par un coup d’Etat: les Américains en accord
avec l’OEA décident un blocus du pays qui met le pays au bord du
chaos... En 1994, Aristide est réinstallé au pouvoir par les Américains
mais quelques années plus tard, il doit s’enfuir en Afrique du sud
accusé de corruption par une foule affamée...
Enfin
en 2009, les émeutes de la faim à Port-au-Prince s’ajoutent a un
ouragan meurtrier dressent un tableau apocalyptique de l’histoire d’Haïti
...
Ce qui
dérange dans l’idée de malédiction, c’est l’idée que Haïti serait
“vouée” à souffrir, à vivre des drames. Comme si les événements
politiques, sociaux et les mouvements des vents et de la croûte
terrestre étaient liés...
Il y a
quelques jours, Pat Robertson, évangéliste très à droite (voire même
au-delà...) y voyait un châtiment divin contre un peuple Noir qui a
rejeté les Blancs. Et à Haïti même on y voit un signe divin, beaucoup
de témoins présents racontent entendre partout dans les villes des gens
prier... voyant un signe du pacte passé avec le diable pour chasser les
Blancs à la fin du XIXème siècle.
En
1755, après un terrible séisme qui avait détruit la quasi totalité de
Lisbonne, Voltaire avait rédigé un magnifique ‘POEME SUR LE DESASTRE
DE LISBONNE’ dans lequel, il rejetait, déjà, l’idée d’un
châtiment divin...
"Direz-vous,
en voyant cet amas de victimes: Dieu
s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes"?
Quel
crime, quelle faute ont commis ces enfants Sur le
sein maternel écrasés et sanglants? »
Rejeter avec force
l’idée d’une malédiction c’est ne pas se résigner.