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Abolition de l'esclavage - Bordeaux regarde son histoire en face

allocution d'alliot-marie le 10 mai à Bordeaux

Photo : Evariste Zephyrin

Deux siècles de traite des Noirs ne peuvent s’effacer comme si de rien n’était. La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, et son secrétaire d’Etat à l’Outre-mer Yves Jégo se sont rendus hier à Bordeaux pour les cérémonies officielles de commémoration de l’esclavage et de son abolition. Bordeaux a longtemps été le principal port de transit négrier de France.

A cette occasion, la ministre a inauguré, en compagnie du maire de la ville, Alain Juppé, une exposition permanente consacrée à la traite négrière au musée d’Aquitaine. L’exposition rappelle que cette ville a été le point de départ, entre 1672 et 1837, de près de 500 expéditions maritimes.

Au total, environ 130.000 esclaves ont ainsi été déportés d’Afrique vers les Antilles. L’exposition, qui dévoile gravures, cartographies et vidéos sur l’enfer des traversées atlantiques, s’articule autour de chapitres évocateurs d’une époque ayant permis le développement économique de la cité : « La fierté d’une ville de pierre », « Bordeaux porte océane, l’Atlantique, les Antilles », « l’Eldorado des Aquitains » et « Héritages ».

Ne pas s’appesantir sur le passé

Jusqu’à présent, cette page particulière de la ville est restée peu visible, mais pour l’adjoint à la culture Dominique Ducassou, « Bordeaux n’a jamais voulu cacher cette partie de son histoire. Ce n’est pas un devoir de repentance, c’est une réalité de l’histoire de Bordeaux. On la constate, on la regrette, et on l’expose pour les générations à venir », affirme-t-il.

Le directeur du musée, François Hubert, ne souhaite pas non plus s’appesantir sur le passé : « De cette histoire douloureuse est née une réalité de valeur universelle comme le jazz ou la littérature. L’histoire est en train de se dépasser elle-même grâce au métissage », estime-t-il.

Le maire de Bordeaux, quant à lui, souhaite « aider à comprendre sans anachronisme culpabilisateur et refuser toute amnésie » en inscrivant dans la mémoire de Bordeaux sa relation à l’esclavage.

L’association DiversCités, qui a longtemps accusé la ville d’occulter son passé, s’est félicitée de « ce pas positif » mais elle réclame toujours l’édification à Bordeaux d’un mémorial de la traite des Noirs.

Ces récents efforts pour une meilleure visibilité de cette page de l’histoire de France laissent néanmoins certaines associations sur leur faim. Ainsi le conseil représentatif des associations noires (Cran) « regrettait amèrement » hier l’absence du président de la République à ces cérémonies.

Le Cran a même dénoncé « une faute politique », assurant que « la République a besoin de tous les Français, donc symboliquement le chef de l’Etat, et pas seulement les Noirs de France, pour se souvenir ensemble de la mémoire des millions de ces crimes ».

Parallèlement aux cérémonies officielles organisées à Bordeaux, plusieurs manifestations ont eu lieu hier à Paris et en France pour commémorer l’abolition de la traite négrière et de l’esclavage. Différents collectifs anti-esclavagistes ont notamment défilé dans la capitale, de la place de la Bastille à celle de la Nation.

Laurence Valdés, le lundi 11 mai 2009






Un van de liberté un esprit insoumis