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Le 10 mai « délocalisé »

J’entendais dire qu’il ne fallait pas laisser “enterrer la loi Taubira dans un musée à Bordeaux", mais rester à Paris où se concentrent les "ultramarins", les descendants d’esclaves. Cette commémoration se réalisant sans eux, ils étaient donc appelés à se retrouver Place du Général Catroux, à Paris, devant le monument au Général Dumas, pour se recueillir en souvenir des victimes de l’esclavage et de la traite négrière.

deux notables antillais

Certes, les descendants d’esclaves sont particulièrement nombreux en région parisienne, mais cela ne signifie nullement qu’ils sont absents des autres régions de l’Hexagone[1].

Bien des choses s’y décident, mais Paris n’est pas toute la France.

Selon l’AFP du 10 mai 2009 – 18 :50 cité sur Msn Actualités, Le président de l'association des amis du général Dumas, l'écrivain Claude Ribbe, a déploré l'absence du président Nicolas Sarkozy et "la volonté de l'Etat d'en finir avec la commémoration officielle de l'esclavage", appelant à "continuer à (se) battre".

L’absence du chef de l’État à Bordeaux, lieu de la cérémonie officielle, est regrettable pour la force symbolique de cette journée, mais il s’est tant et tant présenté comme le champion de la non-repentance, ce que personne ne lui demande, il a affirmé avec tant d’assurance que les africains n’étaient pas entrés dans l’histoire et que dans leur imaginaire, il n’y avait pas de place pour l’idée de progrès, qu’en effet il faut se battre. Se battre pour que de tels propos ne s’entendent, ni ne se pensent plus. Se battre pour que l’Histoire soit connue sans omission.

statue enchainéeLors du 10 mai, date officielle nationale, n’était-il pas judicieux pour les descendants d’esclaves d’aller porter leur part d’histoire de l’histoire de France, ailleurs qu’à Paris. Et pourquoi pas Bordeaux, deuxième port négrier de France avec quelques 13 000 esclaves déportés ? Bordeaux qui a consacré 12 jours et 18 manifestations à cette commémoration.

Cela ne semblait pas gagné d’avance : deux ans pour réaliser l’exposition permanente sur Bordeaux et l’esclavage à la Maison d’Aquitaine, alors qu’"Il y a quinze ans, évoquer à Bordeaux la traite négrière et l'esclavage, n'allait pas de soi. […] la société dans son ensemble demeurait indifférente, pour ne pas dire réticente", selon l'ancien Premier ministre, maire de Bordeaux.

Alors cette exposition restera et donnera à connaître.

N’est-ce pas cela le but, que chaque français intègre cette page d’Histoire si longtemps occultée et parfois même niée ? Le but n’est-il pas aussi de faire "comprendre enfin que la prospérité indéniable de la France contemporaine doit beaucoup aux esclaves" ? Le but, n’est-il pas que même un « blog au service de Dieu et du Roi », reprenne un article du Figaro.fr et fasse connaître qu’ "… elle [la ville de Bordeaux] devra amplement sa prospérité à la production des colonies, et donc indirectement à l'exploitation forcée de l'homme par l'homme, victimes d'un crime qu'il faut commémorer ".

Ainsi, la première phrase de l’intervention de Madame le Ministre de l’intérieur, en présence de Madame le Député Taubira, lors de la cérémonie commémorative dit que" la cérémonie du 10 mai rend hommage à la mémoire des victimes de l’esclave et de la traite négrière". Et Madame le Ministre, qui semble avoir relu son Césaire (Discours sur le colonialisme), de reconnaître que "Esclavagisme et  totalitarisme naissent du même terreau, celui   du mépris et de la haine. Mettant à égalité de considération et de traitement la mémoire des crimes contre l’Humanité, elle précise qu’" Ils se nourrissent du même feu de la violence, de l'ignorance et de l'intolérance. Ils meurent tous deux vaincus par l'humanisme et le courage des justes".

Taubira

Alors, oui à un 10 mai délocalisé et itinérant, et il faudra un jour aller à Champagney, dont les habitants, le 19 mars 1789, écrivaient dans leur Cahier de doléances au roi qu’ils “ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur”.

Jean Élisabeth LARGITTE – 16/05/2009 






Un van de liberté un esprit insoumis