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10
mai :
Débat avec Suzanne
Césaire, la veuve d’Aimé
Césaire
Jacques
Martial, Président de la Grande
Halle de la Villette
«
C’est en 2006 qu’à la Villette nous avons échafaudé le projet d’une
saison
culturelle consacrée au monde créole. Il s’agissait de faire
découvrir à la France métropolitaine une création artistique qu’elle
ignorait,
d’offrir un lieu de rencontre grâce à l’art, d’aller au-delà
de l’image touristique du monde des Caraïbes.
Il a fallu trois ans pour la mettre en place. Et l’actualité de ces
derniers
mois – la grève dans les Antilles – nous a rattrapés par
hasard. Mais j’ai dû avoir une intuition, l’idée d’une urgence pour
appréhender
ces mondes à travers la beauté des œuvres. L’exposition
qui se tient donc actuellement (1) ne tourne pas autour de l’esclavage
. Mais
l’esclavage appartient à l’identité créole.
D’ailleurs, on sent, depuis l’ouverture de cette exposition, une vraie
curiosité. Les classes de ce quartier populaire et des banlieues
environnantes qui défilent depuis quelques semaines ne font pas un
simple
travail de consommation. Les élèves, souvent issus de familles
immigrées, viennent avec papier et crayon, cherchant à reproduire
l’œuvre qui
les touche. Car l’art agit davantage sur la sensibilité,
diffuse un autre langage.
C’est une très belle façon de s’approprier cette histoire. Cela me fait
penser
au moment où je récitais l’œuvre d’Aimé Césaire,
Cahier
d’un retour au pays natal. Quand je demandais à des élèves de choisir
leur
passage préféré, cela libérait la parole. Ainsi je me souviens
d’une élève qui avait osé parler des cases qu’elles voyaient comme de
belles
habitations. Une beauté qu’elle s’était appropriée et que l’on
peut ici encore s’approprier.
Le 10 mai, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage nous
organisons
ici un débat avec Suzanne Césaire, la veuve d’Aimé Césaire, sur la
place de la
femme artiste dans les sociétés créoles. Dans le code noir qui est
exposé à la
Villette, il était dit que les enfants
appartenaient à la mère et au maître de la mère. La
société
matriarcale créole, qui aujourd’hui encore évacue le père, trouve sa
source dans l’histoire de l’esclavage.
À travers les témoignages d’excellentes artistes, de personnalités qui
transcendent la vie, l’art offre un moyen de se libérer de cet
héritage, de le connaître pour le dépasser, sans l’oublier et sans
risquer de
le reproduire. »
(1)
Kréyol Factory à La Grande Halle, jusqu’au 4 juillet François
Masson
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