Ombres
et lumières…..
de
Napoléon Bonaparte au général Alexandre Dumas.
Paris,
ville lumière, est aussi une ville d'ombres. Historiquement, elles sont
nombreuses. Certaines de ces ombres ne risquent jamais de connaître la
lumière.
Car elles sont formatées par l'imposture idéologique.
Ainsi,
depuis novembre 2008 jusqu'à
avril 2009, l'Institut du monde arabe accueille une
exposition à la
gloire de Bonaparte, oubliant ou occultant le rétablissement
de
l'esclavage en 1802 par ce dernier, le vote de la loi TAUBIRA
reconnaissant
l'esclavage comme crime contre l'humanité.
C'est
la révolution française qui
consacre dans la loi une abolition qui a déjà été imposée sur le
terrain par
les anciens esclaves. C'est Napoléon Bonaparte qui le rétablit et
applique au
général Dumas la réglementation raciste sur les militaires de
« couleur », le chasse de l'armée et refuse de
l'intégrer dans
l'ordre national de la légion d'honneur dont Dumas est membre de droit.
Mais
c'est le même général Dumas qui auparavant à la tête de l'armée
napoléonienne
massacre des milliers d'égyptiens et vole deux tonnes de leur or...pour
le
compte de la France napoléonienne.
Le
général Dumas est un indéniable
stratège militaire, reconnu par le Bonaparte d'avant le rétablissement
de
l'esclavage, d'ailleurs son subalterne. A la tête de l'armée des Alpes,
on lui
doit la création des chasseurs alpins et la récupération militaire des
points
stratégiques du Petit-Saint- Bernard et du Mont- Cenis. Il sert plus
que
fidèlement sous les ordres de Bonaparte. Campagne d'Italie. Campagne
d'Egypte.
Mais avec l'esclavage il est comme on dit de
« couleur ». Sa mère est
une esclave.
Fervent
républicain, pourtant sa mise à
l'écart raciste ne va pas l'emmener à se révolter contre le rétablisse
-ment de l'esclavage par Bonaparte mais bien pour le
rétablissement de
ses droits et sa carrière militaire. Et pour cela il se
larbinise
et ne manque pas de s'humilier, pour réclamer un commandement militaire
comme
l'atteste la lettre qu'il adresse à Bonaparte, citée à la
page 158 du
tome 1 des mémoires de Dumas fils, « Mes
Mémoires » édition
Josserand, reprise par A. MAUROIS aux pages 28-29 de son
ouvrage « Les trois Dumas » (1957, édition
Hachette). Nègre
républicain français, Dumas a déjà oublié Jérémie et même si il refuse
de
prendre le commandement de la flotte pour aller combattre le
soulèvement
populaire à Saint-Domingue, il n'assume pas ses responsabilités
historiques et
demeure un nègre républicain français. C'est aussi le Chevalier de
Saint-Georges, nègre guadeloupéen, qui passera plus d'une année à
Saint-Domingue pour renforcer les acquis de la révolution, avec le
commissaire
de la république SANTHONNAX, alors que DUMAS, né à
Saint-Domingue, lui,
préfère rester en France.
Le
général Dumas meurt en 1806, non pas
rongé par le chagrin du rétablissement de l'esclavage, mais miné par le
chagrin
pour avoir été chassé de l'armée française par la législation raciste
de
Bonaparte lui interdisant de prendre part comme ses compagnons, tous
dignitaires de l'empire et de la légion d'honneur à la bataille
d'Austerlitz.
Plus douloureux pour lui, sans ressources, il n'eut droit à aucune
récompense
pour ses exploits, et sur ordre de Bonaparte, ne fut jamais remboursé
d'une
somme de 28500F qui lui était due pour une période de captivité où il
fut
particulièrement maltraité dans les geôles du roi de Naples.
C'
est donc ce général DUMAS, victime de
sa propre turpitude, que par un communiqué de l'association
des amis du
général DUMAS, rédigé par Mr C. RIBBE, son biographe, écrivain,
historien et
agrégé de philosophie, nous apprenons qu'une cérémonie officielle est
organisée
pour inaugurer, place du général CATROUX à Paris 17éme, un monument à
son
honorable mémoire, en présence du maire de Paris et de nombreuses
autres
personnalités dont C. TAUBIRA député de la Guyane, V. LUREL député,
président
du Conseil régional de Guadeloupe, A. MARIE-JEANNE, député, président
du
Conseil régional de la Martinique. Mais aussi, pas avare pour un sou ce
C.
RIBBE, avec surtout la présence espérée de BARACK OBAMA, sinon d'un
représentant de l'ambassade des Etats-Unis d'Amérique. Des
personnalités
diverses de la diaspora. Bref, de la grande communication.
La
mairie de Paris finance le monument,
organise la manifestation qui a le soutien des conseils régionaux de
Guadeloupe, de Martinique et la participation de toutes les
associations de
l'outremer et de la diversité et se tient sous le haut patronage de l'
UNESCO,
programme « La route de l'esclave ».
Pourquoi
donc tout ce tapage médiatique,
toute cette agitation menée résolument et avec ténacité par le
président de
l'association des amis du général DUMAS, C. RIBBE ? ,
Qu'il
faille réhabiliter le chef de
guerre, nègre, français mis à mal par un autre chef de guerre blanc,
français,
raciste, Napoléon Bonaparte, et surtout ne pas oublier que ce dernier
fut un
grand esclavagiste et qu'il fallut attendre 42 ans après la mort du
général
Dumas pour une deuxième abolition de l'esclavage en 1848 .
Soit.
Non
le problème est plus fondamental que
cela, pour l'ami de DUMAS comme il aime à se désigner. Cette
considération
qu'on pourrait trouver excessive, mais après tout c'est l'affaire de C.
RIBBE,
vise à honorer le premier général d'armée d'origine africaine né
esclave, de la
relation entre un français de Normandie et une esclave africaine, à
Jérémie, en
Haïti. De quoi s'agit-il en réalité ? Le rétablir
dans ses droits.
La légion d'honneur. Restaurer sa réputation et ses qualités.
Sa
bravoure. Le stratège militaire. Son humanisme.
Programme
beaucoup trop lisse au regard de
la réalité historique. Car en vérité les faits sont têtus.
C'est
bien ce général qui lors de la
campagne d'Egypte se dévoue comme un beau diable pour massacrer et
voler deux
tonnes d'or des égyptiens. Même si, par après, il se retire de cette
campagne,
il ne la désavoue pas, il ne la dénonce pas.
C'est
bien ce général qui va mater un soulèvement populaire
en
Savoie. C'est bien en Savoie que des
citoyens se sont opposés
à H. GAYMARD et à R. DONNEDIEU DE VABRE pour empêcher une
cérémonie pour
honorer un des faits d'armes de ce même
général, considéré ici comme
un bourreau.
Il
faut savoir que c'est le chevalier de
Saint-Georges qui forme et organise le bataillon des 1000 hussards
américains
d'origine afro-américaine, pour défendre la révolution. Dumas en fait
partie.
Le chevalier de Saint-Georges le nomme Lieutenant-colonel.
Mais la mort
prématurée du chevalier le 10 juin 1799 fit qu'il n'assista
pas au coup
d'état scélérat du 18 brumaire du sinistre bourreau des peuples
antillais.
Après la mort du Cheva- lier de Saint-Georges BONAPARTE fit brûler tous
ses
ouvrages. Cela laisse présager que si le chevalier avait survécu, il
risquait
au moins la déportation avec l'assentiment de Dumas, puisque l'autodafé
de ses
ouvrages se fit sans que Dumas s'y oppose.
C'est
bien le général Dumas qui ne fait
rien pour soutenir ou délivrer son compatriote
TOUSSAINT-LOUVERTURE. C'est bien le
général Dumas qui ne fait
rien pour la famille de ce dernier lorsque celui-ci était
embastillé à
FORT JOUX ? Pas une lettre de soutien. Pas une
visite entreprise
pour la visiter.
Il
n'est pas inintéressant de remarquer
que c'est la sœur du regretté Chevalier de Saint-Georges, madame
Elisabeth
Bénédictine de Clairefontaine et sa camarade, madame DUPERIE qui
accueillirent
madame Suzanne TOUSSAINT-LOUVERTURE avec ses enfants, ses nièces et ses
domestiques à Agen.
C'est bien le général Dumas qui n'a
aussi rien fait pour aider les milliers d'antillais déportés en France,
environ
plus de 5000, principalement en Corse et en Bretagne, en 1802. Ce sont
ces
prisonniers déportés, voués aux travaux forcés qui ont construit de
leurs mains
la route d'Ajaccio à Bastia.
Alors qu'un républicain
français nègre,
s'accommodant sans piper mot d'une exposition à la gloire de Napoléon
Bonaparte, veuille organiser messe, hommage et inauguration pour son
ami Dumas,
c'est son droit. Ce n'est pas mon choix. De nombreuses raisons
m'autorisent à
choisir d'autres symboles. Je parle du blanc créole guadeloupéen
Dugommier, du
nègre guadeloupéen Chevalier de Saint-Georges.
Alors monsieur RIBBE, ne
faites pas
comme votre ami Dumas qui ne s'est pas préoccupé du sort de son
compatriote
TOUSSAINT-LOUVERTURE. Essayez de vous inquiéter du sort de notre
compatriote
guadeloupéen Willy BRIGITTE. Il a été condamné à 9 années de prison
parce que
le juge Bruguière le soupçonne de délit d'idéologie islamiste, alors
que les
autorités australiennes n'ont pas réclamé son extradition et qu'il n'a
commis
ni crime ni délit aussi bien en France qu'en Guadeloupe.
Pourquoi une telle omerta sur
cette
affaire ? Un magazine martiniquais « Tanbou
mawon », lui
consacre un article en page 20 de sa dernière livraison, pour rompre
cette
culture de l'oubli mis en place par certains serviteurs zélés de
l'ordre
colonial. Enfin monsieur RIBBE, ne faites pas comme
votre ami, ne
tournez pas le dos à votre pays d'origine. A moins que, comme lui cela
soit
votre choix. Sinon, en ces temps de liyannaj kont pwofitasyon, votre
place est
toujours là. Mais, sachez tout-de-même que notre honneur n'est pas
l'excellence
si elle n'est pas exemplaire, n'est pas d'être un jouet sombre au
carnaval des
autres. C'est répondre à la question du
poète : A quand demain
mon peuple ? C'est d'abord le respect de nous-mêmes et de nos
origines,
car comme l'écrit si bien Aimé Césaire : « J'habite
une blessure
sacrée.. ».
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