PYEPIMANLA LE MAGAZINE ANTILLAIS 

bonhomme de pierre de l'anse cafard

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Discours du 23 mai à St Geneviève des Bois

Monsieur le Maire, les conseillers,
Messieurs et madame les présidents d’associations,
A vous tous, je tiens   à vous remercier de votre présence  en cette journée commémorative, des victimes de la traite négrière et de l’esclavage.

Laura Clark une esclave de l'AlabamaCes victimes, sans nom, sans visage sont  nos ancêtres, mes ancêtres, et  c’est le cas pour une bonne part d’entre nous et en ce jour, la république nous offre les moyens pour que la ressouvenance ne soit pas juste un acte individuel et personnel, quoique ce soit nous, qui les honorons,  mais elle apporte des moyens et sa caution pour que cette honoration soit solennisée.

Alors souvenons-nous de nos parents et racontons un temps leur histoire.

Nous ne pouvons pas les nommer, les citer,  car ils étaient sans nom. Ce  furent des êtres dépossédés d’eux-mêmes, dépossédés de leur personne, de leur force de travail et bien souvent de leur vie.

Si nous ne pouvons les nommer, nous savons comment ils vivaient, nous devinons les affres qu’ils durent endurer, parce que nous les portons en nous, pas avec la même intensité, loin de là, il n’y a rien de comparable,  mais ils nous ont légué leurs stigmates, et comme disait Aimé Césaire :


-         J’habite une blessure sacrée

-         J’habite des ancêtres imaginaires

-         J’habite un couloir obscur

-         J’habite un long silence…

Mais aujourd’hui, la parole nous est donnée et nous pouvons la serpenter, la plier à notre dire, et donner vie à nos ancêtres imaginaires.

Ce qui les caractérisait  physiquement, outre d’être des Africains, c’est l’extrême maigreur. Ils étaient altérés par l’étisie due à la faim.

A cette faim qui les tiraillait jour et nuit, car les maîtres faisaient  de ce poste de dépense des économies et ces économies leur permettaient  de renouveler le cheptel  humain tous les 7 ans, la durée de vie d’un esclave des champs.

Cheptel humain, ces termes peuvent froisser ou choquer, mais c’est ainsi qu’ils étaient vus par le droit, par le Code Noir, des biens meubles au commencement de l’esclavage et à la fin des immeubles par destination.

Cheptel humain, car le bois d’ébène partant des côtes de l’Afrique, débarqué aux Amériques, devenait des mulets de race.

C’est ainsi que les affiches et affichettes  annonçaient leur vente.

« Des pauvres diables en haillons sortant des cales, des êtres hideux, maigres… », c’est ainsi qu’un homme d’église  les décrivait. Ils étaient maigres, à cause des conditions du voyage «  du passage du milieu » Ils étaient devenus maigres à cause d’une traversée qui s’éternisait, maigre car déshabiter de la vie, ils étaient maigres,   une maigreur qui ne les quittera plus, quand bien même, ils passaient leur nuit à chasser les crabes car  toute leur énergie tendait vers trouver de quoi se nourrir, nourrir les siens si tenté qu’ils purent concubiner et chasser la faim.

En effet, comme dit le poète, nous habitons une blessure sacrée, mais les ancêtres ne furent pas imaginaires, ils furent parce que nous sommes.

Nous  n’habitons pas un long couloir obscur, car nos intelligences désormais l’éclairent.

Nous  n’habitons pas un long silence, car notre  voix retentit,  parce que vous fûtes notre caisse de résonance.

Alors, hommageons nos ancêtres

Eia à vos  mémoires !
Béliya pour les sans noms !

Nous nous souvenons !

Merci de m’avoir prêté attention !

Tony Mardaye






Un van de liberté un esprit insoumis