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L’ESCLAVAGE
DES NÈGRES :
RUPTURE D’HUMANITÉ, DÉCHIRURE HISTORIQUE ?
La capture ou l’échange
d’hommes libres, la déchéance organisée d’humains transformés
juridiquement en
biens meubles, la destitution du corps noir, par la perte du statut
d’humain a
facilité la mise en esclavage puis l’assimilation de l’être humain à
une bête
de somme… Oui, l’esclavage a été la négation du corps et en même temps,
la
valorisation de la force de travail d’un être humain à des fins uniques
d’exploitation. Il s’agissait bien d’une appropriation légalisée du
corps selon
un système de pensée empêchant toute forme de moralisation..
Professionnels de
l’éducation à la motricité, entre autres qualifications, les
professeurs
d’éducation physique et sportive se sentent concerné par une époque au
cours de
laquelle le corps n’avait aucun statut comparable à celui qu’il a
conquis
aujourd’hui. S’il s’agit d’une déchirure de l’histoire comme l’écrit
Primo Lévi
à propos d’Auschwitz, la traite des nègres a duré beaucoup trop
longtemps pour
être un accident. La honte humanitaire a frappé la mémoire des hommes
au cours
des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. Ces trois siècles accouchèrent
pourtant du
concept de modernité. Concept qui s’est développé sous le signe des
« Lumières encyclopédiques ».
Puis, la modernité a mis en
concurrence les routines anti-humanitaires pour répondre aux nécessités
du
développement industriel et du capitalisme primitif. Les cendres de
l’anti-humain seront alors le terreau de la modernité revendiquée par
la
civilisation occidentale. Toutes les bûches de l’anti-humain ne se sont
pas
consumées avec la civilisation, bien au contraire. Les dix millions de
morts de
la première guerre mondiale et la première bombe nucléaire lâchée sur
Hiroshima, nous rappellent que la sauvagerie humaine fait partie de
notre
civilisation moderne, de la civilisation occidentale. Il n’y a pas eu
rupture
historique ou rupture d’humanité mais continuité d’une même conception
de
l’homme. Un constat s’impose à nous : tous les génocides
organisés à la
surface de la planète n’ont pas fait l’objet de la même attention ou de
la même
résonance dans les morales développées et protégées par l’Occident. Les
silences savamment entretenus, les vérités historiques arrangées ont
participé
à la résurgence de l’aveuglement de l’homme contre sa propre espèce. La
sauvagerie enfouie au plus profond de nous, a pu grâce à ces silences,
ces oublis,
côtoyer le progrès, la science et la technique, l’accumulation des
richesses
matérielles et culturelles. L’accumulation de richesses par certains
peuples
occidentaux au détriment de peuples africains, américains, caraïbes ou
asiatiques ne fondait pas une régression mais une refondation du
progrès
humain…
L’esclavage n’a pas été un
éclair d’irrationnel de barbarie, mais plutôt la révélation du génie
industrieux capitaliste occidental. A l’aide d’une morale instrument de
protection des finalités économiques, l’exploitation de l’homme par
l’homme a
pu s’étendre à la négation organisée, des « différences
raciales »
apparentes. La non-criminalisation de l’esclavage par le code pénal
français de
1801 stigmatise parfaitement l’objectivation des choix moraux,
philosophiques,
politiques et économiques d’une société dite révolutionnaire pour
l’époque. Au
nom de la « rationalité économique », les ardents
défenseurs des
droits de l’homme et du citoyen participèrent à la première rupture de
l’histoire, à une première déchirure contre l’histoire de la modernité.
Car, la
modernité était bien dans l’abolition de l’esclavage dès 1789, tout
autant que
la défense et l’application des idées de liberté, d’égalité et de
fraternité.
Or, l’organisation et le
prolongement pendant 50 ans de l’esclavage, étaient bien fondés sur la
perpétuation de la violation continue et structurelle des droits de
l’homme et
du citoyen. L’émancipation moderne de l’homme du XIXe siècle n’a pas
connu la
même évolution dans les colonies d’Amérique et en Europe. La différence
entre
les Français de 1802 et les Allemands de 1940 relève sans doute des
caprices de
l’histoire mais le déchirement de l’humanité a été le même. Peut-on
assimiler
le sauvagisme napoléonien au fascisme de 1940 ? Sans doute
pas, puisque
Napoléon a échappé à la vindicte populaire et au procès de l’histoire
et il
faudra bien se demander un jour, au nom de quelle modernité ?
La violence
d’Etat apparaît au grand jour mais peut encore rester à l’abri des
condamnations morales. Grâce aux protections étatiques, les
capitalistes ont pu
librement se livrer à toutes les formes les plus hideuses de la
barbarie
humaine. La traite des nègres a été l’un des premiers génocides qui a
coûté la
vie à 30, 40 ou 50 millions d’êtres humains, qui ont péri en Afrique,
dans le
Nouveau Monde ou entre les deux rives atlantiques.
On ne peut pas oublier cela,
parce qu’aucun génocide ne peut être objet d’oubli.
Pas plus ceux qui se sont
déroulés loin de notre mémoire que ceux qui se déroulent sous nos yeux
et qui frappent
les enfants qui meurent de faim par milliers, chaque jour, en Irak ou à
Haïti,
en Afrique ou en Asie, à cause d’embargo ou d’une crise financière
organisée
par les nantis de la planète, et cela au début du XXI e siècle. Non, la
traite
des nègres, l’extermination des juifs, la traite des femmes livrées à
la
prostitution, le commerce et le travail forcé de millions d’enfants
quand ils
ne sont pas enrôlés dans de sordides guerres, les morts à répétition de
milliers de clandestins fuyant la misère, ne sont pas des régressions
vers le
passé, vers la sauvagerie primitive mais bel et bien, l’un des visages
possibles de la civilisation industrielle occidentale devenue le modèle
à
imiter. Le retour en force du capitalisme sous l’aspect du néo
libéralisme chaussé
des bottes de sept lieux de la mondialisation et de la globalisation
vise
essentiellement l’abolition de toutes les frontières afin de faciliter
l’entrée
des moyens modernes d’exploitation de l’homme par l’homme, moyens
détenus par
les plus puissants de la planète aujourd’hui… Il s’agit d’une nouvelle
rupture
avec l’héritage humaniste et universaliste.
Les multinationales sont
assoiffées d’espaces, de marchés, de consommateurs. Elles paraissent
déterminées à tout pour une appropriation planétaire définitive. Les
accords
internationaux (AMI) ressemblent de plus en plus aux accords passés
entre les
puissances coloniales industrielles d’Europe pour favoriser le commerce
d’esclaves, il y a un peu plus de 150 ans. Quelles libertés
protègent-ils ? La violation de patrimoines culturels et
socio-économiques
constitue déjà une rupture nouvelle dans l’humanisme. Le chômage ou
« l’armée de réserve industrielle » nous montre la
cruauté des choix
étatiques et du capitalisme international(FMI).Quelle fraternité
subsiste-t-il
aujourd’hui ?N’y a-t-il pas là une nouvelle forme de
génocide ?
Soyons conscients des
terrifiantes potentialités négatives et destructrices de la
civilisation
moderne.
La traite des nègres,
l’exploitation raciste d’hommes et de femmes , la destruction
systématique
d’êtres humains pour des raisons idéologiques, politiques, ethniques ou
encore
religieuses, font partie du patrimoine historique et culturel de
l’humanité
entière. A ce titre, il faut le protéger , s’en imprégner pour mieux le
connaître et entretenir notre vigilance au plus haut niveau de
conscientisation.
C’est un impératif catégorique
:nous ne devons et ne pourrons jamais oublier.
Seule notre mémoire active
peut
faire face au retour en force des idées privilégiées par tous les
bourreaux de
la planète, qu’ils soient de Gorée, de Dakar, de Floride ;de
Saint
Domingue, de Cayenne ou de Martinique.
Daniel OTHILY
source
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