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Le 10 mai
à Bordeaux
Le 14
janvier à 18 h 00 nous étions invité à l’Hôtel de Montmorin, dans les
salons
Delgrès du
ministère de l’Outre-Mer,
afin d’assister à la clôture
du mandat ou fin de mandat du
CPME (comité pour
la mémoire de
l’esclavage) ainsi qu’à la remise des prix aux différents lauréats.
Nous
étions en petit comité, le secrétaire d’état Yves Jégo, des hauts
fonctionnaires du ministère de la culture, quelques membres du CPME, de
rares
politiques, dont la sympathique Mme Jenny Marc,
la souriante Mme Pau-Langevin,
passée en coup de vent, et des
personnalités dont la présence s‘imposait, donc peu de monde, une
cinquantaine
à peine.
En
entrant dans les salons lambrissés et tapissés de tissus rouge et or,
nous nous
apercevons que le
buffet était dressé,
les serveurs s’affairaient, une ou deux collaboratrices du secrétaire
d’état
s’improvisèrent en hôtesse, l’une
d’elle m’apporta une chaise et l’attente fut
de courte durée.
La
présidente, Mme F. Vergès prit
la
parole, fit le bilan du CPME, sans forcément rentrer dans les détails
et les
tensions ayant parcouru cette institution, son discours fut volontaire
mais
sobre.
A cette
occasion, Mme F. Vergès a émis l’idée que le 10 mai soit délocalisé à
Bordeaux.
Je trouvais l’idée excellente, mais peu commode : il va
falloir se
rendre à
Bordeaux !
M. Y.
Jégo à son tour
parla, remerciant les
membres du CPME pour le travail accompli, puis reprit l’idée de Mme
Vergès, indiquant
que le Président de
République était attaché à l’institution, mais souhaitait ajouter un H
au CPME,
donc le CPME deviendrait
le CPMEH, au
prétexte qu’il ne peut y
avoir de
mémoire sans histoire ou d’histoire sans mémoire…
Il
confirmait la pérennité du CMPE(H), nous
soliloquâmes nous disant:
« Pourvu que cette fois, on leur alloue
un budget de fonctionnement ! »
Et l’idée
de Bordeaux vient nous hanter, cela ne nous enchantait pas, quoique le
but soit
de faire connaître notre histoire « singulière », aux
restes des
Français, l’idée était juste, mais il faudra se rendre à Bordeaux.
Dès les prix remis et les
discours finis, une
bonne moitié des participants s’éclipsèrent sans même prendre la peine de déguster les petits
fours ou les cocktails
prévus à leur attention.
Quelques
mois se sont écoulés, je reçois mes
invitations, les pose sur un coin de mon bureau.
Le jour
vint où je me décide à prendre un billet de train pour me rendre à
Bordeaux,
ville inscrite depuis 2007 dans le patrimoine mondial de l’UNESCO, une
jolie
ville, j’ai dû m’y rendre deux ou trois fois par le passé, et j’avais
constaté
que c’était l’une des villes les plus chères de France.
Pas de
TGV, ils sont tous complets, impossible de faire l’aller-retour dans la
journée, je me rabats sur les vols
aériens, même situation que pour le TGV,
mais si on met le prix, c’est
possible. L’aller-retour
est à 450
euros, je reste dubitatif, pour cette somme je m’offre une semaine à
Gjerba
dans un 4****, encore une
cherté des
prix due à une situation quasi-monopolistique d’une compagnie aérienne.
La
solution serait de partir le samedi et d’entrer le lundi, mais je ne
peux me
permettre de rester 3 jours à
l’extérieur, j’ai du retard, des
semaines de retard dans mes activités.
J’irai en
voiture, nous partons la veille, après 6 h de route nous voilà à
Bordeaux,
déposons nos valises à l’hôtel, il fait jour, une belle lumière dorée
éclaire
la ville, nous longeons les abords de la Garonne, le fleuve charrie du
limon,
l’eau est terreuse, je m’extasie sur la largeur de la Garonne, j’ai
l’impression qu’elle peut contenir dans sa largeur cinq fois la Seine.
Nous
franchissons les portes de la ville, les feux sont un véritable fléau, deux
voitures passent au vert, quand la
troisième s’engage, le feu est à
l’orange et pour la quatrième il est au rouge. C’est
d’une pénibilité !
Nous
arrivons au cœur de la vieille ville,
repérons où se trouve le musée
où doit se dérouler les festivités du 10
mai, puis nous visitons la
ville avant d’aller nous restaurer.
Il se met
à pleuvoir, plus précisément il
pleuvine, il est à peine 20 h et nous
remarquons que toutes
les
brasseries, tous les commerces de bouche ferment, la ville se désemplit
les
services de nettoyage sont à pied d’œuvre.
Nous
rentrons à l’hôtel, il y a un « léwoz » prévu dans un parc
de la ville à 21 h,
mais le temps est mélancolique, il
tonne, il gronde, par moment une averse, puis il se remet à pleuviner,
le temps
n’engage pas, donc je reste à regarder la télé, un film d’action avec
Mila
JOJOVICH, puis le sommeil m’emporte.
Un petit
déjeuner vite pris, puis c’est la douche. Les cérémonies officielles
débutent à
onze heures, mieux vaut y être présent 30 minutes à l’avance,
afin de
trouver une place de stationnement.
Les
policiers commencent à barrer les rues, nous nous garons exactement à
la place
où nous étions la veille. Nous avançons à pied vers le musée
d’Aquitaine, un
groupe de gendarmes est
en faction, mon
accompagnant présente les invitations, l’adjudant un jeune métis les
regarde à
peine et nous salue, mais un de ses subordonnés récupère les
invitations, le
gendarme les retourne dans tous les sens, je ne prête pas attention à
l’individu, il est sans importance.
Il tente
devant mon détachement d’entamer le dialogue
et
dit que : - Les
invitations Internet c’est à 11 h 30, je le regarde, j’ébauche un geste
afin de sortir mon
téléphone de ma poche, un
autre gendarme
devinant ce que je
m’apprête à faire, lui
dit sèchement,
ce ne sont pas des invitations Internet, elles émanent
du bureau du maire, vous pouvez aller –
sans
un regard pour l’un ou pour l’autre j’avance, mon accompagnant récupère
les
invitations et me rejoint.
Nous
sommes dans le hall du musée, pas de chaise pour s’asseoir, tout le
monde est
débout, je jette un œil, je cherche des têtes connues, à ce moment
personne, si
ce n’est une journaliste antillaise couvrant cette cérémonie, nous
restons un
long moment à discuter, il y a si peu d’Antillais que nous faisons
corps, elle
fait sa mire pendant que nous discutons.
La foule
se fait de plus en plus dense,
compacte, quelques rares Antillais sont
de l’assistance, les Africains
bien plus nombreux, les uns comme les autres représentent des
associations
oeuvrant sur la ville de Bordeaux ou ses environs, un homme me fait
penser à
Alex Descas, je n’en saurais en être sûr, nous nous saluons. Je
reconnais quelques
membres du CPME, un ou deux universitaires, un avocat,
doit y avoir une quinzaine d’Antillais
présents dans le hall du
musée. Dehors, le ciel est gris, il
continue à bruiner.
Alain
Juppé, l’ancien Premier ministre arrive, et la visite commence, tout le
monde
s’entasse en bas des marches, je ne les ai pas comptées, mais la salle
du musée
est à l’étage, un paquet de marches à grimper, il y a un palier à
mi-étage
et les marches
grimpent.
J’arrive
dans un vestibule où un écran géant relate des faits de l’esclavage et
de la
traite négrière, il agit comme un sas, je n’entends pas grand chose, le
volume
est trop bas, puis
nous entrons dans le
musée à proprement parler.
A ma
droite, un tableau et une statuette du marquis de Tourny, un grand de
l’histoire de Bordeaux, mais pour qui le « Nègre ne
pouvait être qu’une
marchandise. » Trois activistes antillais me disent
tout le mal qu’ils
pensent de ce marquis, je me dis qu’il est à sa place dans ce musée,
pourvu
qu’il y reste. Si
la « damnatio
memoriae » condamne à l’oubli, à mes yeux c’est à la damnation éternelle que
je le voue, ses
pairs et lui pour
crime contre
l’homme.
En face
de moi, un buste
dont je n’ai pas
retenu le nom et au-dessus un mascaron représentant une tête de Nègre, ces
mêmes Nègres ayant fait la richesse de Bordeaux et de sa région.
A ma
droite des tableaux de
personnes
illustres de cette ville, au centre une chaise à porteur, nous mesurons
comment
à l’époque ces gens étaient petits, l’homme d’aujourd’hui a dû gagner
au moins
30 centimètres en hauteur.
Sur l'un
des tableaux figure une Négresse servant de nourrice à une enfant issue de la
noblesse ou la bourgeoisie bordelaise, la
toile est belle, le peintre a su déceler l’affection
et la confiance les unissant.
A côté, dans
une vitrine des clés, nous ne savons à quoi pouvaient-elles bien
servir, je me garde de
toute spéculation.
En bifurquant sur la droite, le clou de
l’exposition, des
miniatures de bateaux
négriers, des tonneaux, la balance gigantesque,
exposées les armes fournies aux
tribus, afin que
par la guerre, elles alimentent les
comptoirs en
« bois d’ébène. » Il est écrit que 30 000 armes à feu
circulaient, le chiffre est sous-évalué, il ne prend pas en compte les
armes
que d’autres nations pourvoyaient ou celles provenant de la
contrebande.
Sont
présentés un mousquet et des pistolets destinés au commerce de la
traite en
illustration.
La
scénarisation du lieu joue
entre le
clair et l’obscur, des lampes mettent en valeur les objets
remarquables,
différentes images sont
proposées, puis
nous tombons sur la reconstitution d’une habitation sise à St Domingue,
tout
est tracé au cardo, une urbanisation
en
damier, chaque partie de l’habitation,
les champs de
cannes sont
visualisables, ce
« reflet » ne peut être transposé aux Petites
Antilles, car les sols
sont montagneux et leur disponibilité rare.
La
maquette donne une impression de sérénité, d’harmonie, de tranquillité
alors
qu’en fait, l’habitation
fut un lieu
de bestialisation, de domestication des
Nègres, un espace où l’arbitraire régnait en maître, un lieu de mort.
La visite
du musée arrive à sa fin, sur la gauche nous nous rendons dans la
dernière
salle, il y a un mélange d’estampes anciennes avec des œuvres
contemporaines et
sur le mur des photographies de personnes Noires.
La visite
du musée d’Aquitaine prend fin, nous accédons à une exposition
permanente fort
plaisante sur les tribus primitives.
Puis,
nous prenons
l’escalier pour nous
rendre dans hall d’entrée, une hôtesse s’excuse de nous avoir pas
indiqué où se
trouvait l’ascenseur, elle est excusée.
Alain Juppé entame son
discours, ne s’attardant
pas trop, il est chaleureusement applaudi, puis c’est au tour du
vice-président
de région ou le président, nous n’en savons rien,
de discourir et enfin
Mme Alliot-Marie
rend
hommage aux
victimes de l’esclavage et
de la traite négrière, son discours mériterait d’être publié.
Les
politiques se font interviewer par les
journalistes dans un
salon adjacent, le reste des participants est invité à se rendre à la
mairie où
un buffet les attend.
Les
gendarmes nous demande de prendre un autre chemin, des manifestants
donnent de
la voix, nous demandons à un officier
ce qui se passe, il nous répond :
- A
chaque fois que vient un ministre c’est la même chose, il est inutile
de les
exciter d'avantage en passant devant eux.
Le chemin
proposé est trop long, nous ne suivons pas les directives de l’officier
et,
nous passons, nous faisons quelques photographies des manifestants,
puis
nous nous rendons à
la mairie, des
barrières installées empêchent le
passage, il faut refaire tout un détour pour accéder, cela ne nous convient pas, un
officier est appelé,
il ouvre la barrière et
nous laisse
passer. Sur notre gauche, des
stands proposent
des produits
artisanaux africains,
nous notons que
les Antillais sont peu présents, il en sera de même dans la mairie.
Un podium
est installé, les artistes sont attendus dans la soirée, pour l’heure
les
ingénieurs du son règlent la sono.
Les
voitures officielles arrivent devant la Mairie, nous saluons Mme
Taubira, très
en beauté, puis nous entrons, le buffet est différent des buffets
parisiens,
pas de champagne, que du vin, du bordeaux blanc, rosé ou rouge, pas de
coca,
pas de boissons gazeuses, de
l’eau
plate et du jus d’orange. Le choix est restreint, le buffet promeut les
produits régionaux, peut-on les en vouloir.
Beaucoup
de charcuterie, sans doute fabriqué dans
la région, idem pour les fromages et la
viande froide, nous regardons ce
buffet, presque tous les
mets proposés nous
est interdits, sauf la viande finement découpée, mais on à l’impression
qu’elle
vient à peine de décongeler, et sans sauce c’est d’une fadeur…
Nous
goûtons à deux
petits fours à la crème
qui s’avèrent excellents, nous n’osons en prendre trois, nous nous
consolons avec
un jus d’orange, et nous nous asseyons. Mme F. Verges vient discuter avec les membres
du CPMEH, je la
félicite pour sa
nomination à la présidence de cette institution et
j’aborde avec elle quelques sujets
nous
préoccupant.
Une
ravissante directrice de cabinet m’apporte un jus d’orange, nous la
remercions
de son attention et
nous nous
apprêtons à visiter les jardins de la mairie, cette fois il crachine, finalement nous restons
bien à l’abri sous
un porche, un peu à l’étroit, je
fais
la connaissance d’une jolie blonde, une photographe du musée, nous
restons un
bon moment à discuter, d’autres personnes se joignent à nous, puis j’entre, je me dirige vers un des
salons de la mairie, il est occupé par deux africains habillés en tenue
traditionnelle, ils donnent l’impression d’être des chefs coutumiers à
moins
que ce ne soient des rois vu qu’ils portent une espèce de couronne et
sont
interviewés par un journaliste africain.
Je
retrouve la journaliste de… , nous prenons tout le temps pour parler,
généralement c’est en coup de vent que nous le faisons, elle ne
s’attarde
presque jamais, devant aller faire le montage de son reportage.
Et vint
le moment de partir, les deux jeunes danseuses qui m’avaient à 17 h
invité à assister à
leur représentation ne me
verront pas, mon accompagnant a des obligations, il doit être sur Paris
vers
les 21 h, nous partons à 15 h, la journaliste fait un bout de chemin
avec nous,
prend deux photos, nous en faisons une
ensemble.
Je lui
demande si elle rentre ce soir, elle m’avoue ne pas avoir trouvé de
place ni sur les
TGV, ni sur la compagnie en
quasi-monopole sur cette ville, elle couche ce soir à l’hôtel et rentrera demain.
Nous
quittons Bordeaux sous la pluie, et prenons l’autoroute, ce qui
m’aigrit c'est
qu'il n’y a rien à voir, en circulant sur la
nationale ou les départementales, j’aurais pu faire des photos,
découvrir des villages hauts et en couleur, des villages fortifiés,
voir les
gens vivre, mais sur l’autoroute c’est la monotonie, à quoi bon rester
éveillé,
alors je m’endors.
Après le
dernier péage, les embouteillages surviennent, nous quittons
l’autoroute pour
prendre une départementale et tout change, mais il
fait nuit, trop tard pour faire des photos.
J’arrive
chez moi, me déshabille et m’installe dans la baignoire, je me demande
où se
dérouleront les prochaines commémorations, j’ai proposé Nantes, un autre ayant l’oreille du
Président propose
les Antilles, un DOM, je leur fais savoir si ce choix était entériné,
il
assurait l’achat du billet, j’ai oublié de leur dire que l’hôtel était
aussi à
leur charge.
Bien sûr
je plaisantais.
Tony
Mardaye
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Photos du 10 mai à Bordeaux
Photos
du Musée d’Aquitaine
Photos de la
mairie de Bordeaux
Photos de la
mairie de Bordeaux
intérieures et extérieures
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