|
Esclavage:
manifestation à Paris et commémoration officielle à Bordeaux
"La
mémoire n'est rien si elle n'est pas dans le même temps une prise de
conscience
(...). Elle est importante car elle est valeur d'enseignement pour les
générations à venir", a déclaré à Bordeaux, la ministre de l'Intérieur
Michèle Alliot-Marie lors de l'inauguration d'une exposition permanente
consacrée au commerce atlantique et à l'esclavage.
Plusieurs centaines de
personnes ont
manifesté dimanche à Paris pour commémorer l'abolition de l'esclavage
et
demander "réparation" au gouvernement français, qui avait choisi
cette année Bordeaux comme ville d'accueil des cérémonies officielles.
"On
se grandit à regarder son passé
en face, en assumant ses parts d'ombres et ses aspérités, en rejetant
la
tentation de l'oubli", a-t-elle ajouté, en présence du secrétaire
d'Etat à
l'Outre-mer Yves Jégo.
"Nos
ancêtres méritent plus qu'une
commémoration. Il y a eu un préjudice moral, spirituel, physique, dont
nous
subissons encore les conséquences", a de son côté déclaré, au cours
d'une
manifestation à Paris, la vice-présidente du Collectif des filles et
fils
d'Africains déportés, Joby Valente.
Le
président du comité Organisation 10
mai, Théo Lubin, a demandé en défilant à Paris, aux côtés de 800 à
1.000
personnes, selon les organisateurs, que "le 10 mai devienne férié, que
les
rues qui portent le nom d'un négrier soient débaptisées et que les
manuels
scolaires intègrent l'histoire de l'esclavagisme".
Parallèlement,
une centaine de personnes
se sont rassemblées à Paris devant le monument en hommage au général
afro-antillais Alexandre Dumas, place du Général Catroux (17ème), pour
commémorer l'abolition de l'esclavage.
Une
minute de silence a été observée pour
honorer la mémoire des victimes de l'esclavage. Une adjointe au maire
de Paris
chargée de la mémoire, Catherine Vieu-Charier, a déposé une gerbe,
comme les
manifestants qui, une fleur à la main se sont recueillis au pied du
monument
représentant des fers d'esclaves brisés.
Le
président de l'association des amis du
général Dumas, l'écrivain Claude Ribbe, a déploré l'absence du
président
Nicolas Sarkozy et "la volonté de l'Etat d'en finir avec la
commémoration
officielle de l'esclavage", appelant à "continuer à (se)
battre".
"Cette
journée est utile pour
comprendre enfin que la prospérité indéniable de la France
contemporaine doit
beaucoup aux esclaves victimes d'un crime qu'il faut commémorer",
a-t-il
estimé.
Pour
sa part, le maire UMP de Bordeaux
Alain Juppé a indiqué que l'inauguration de salles consacrées à la
question de
l'esclavage au sein du musée d'Aquitaine "est le fruit d'un long
mûrissement".
"Il
y a quinze ans, évoquer à
Bordeaux la traite négrière et l'esclavage, n'allait pas de soi", a
souligné l'ancien Premier ministre.
"La
société dans son ensemble
demeurait indifférente, pour ne pas dire réticente. Pour faire évoluer
les
esprits, il a fallu du temps", a-t-il expliqué.
Bordeaux,
deuxième port français de la
traite négrière après Nantes, fut le point de départ entre 1672 et 1837
de près
de cinq cents expéditions maritimes pour déporter d'Afrique quelque
130.000
esclaves vers les Antilles.
L'abolition
de l'esclavage en 1848 en
France est commémoré chaque année le 10 mai depuis 2006.
Plusieurs
centaines de personnes ont
manifesté dimanche à Paris pour commémorer l'abolition de l'esclavage
et
demander "réparation" au gouvernement français, qui avait choisi
cette année Bordeaux comme ville d'accueil des cérémonies officielles.
AFP
- le 10 mai 2009
|