Excision : comment les médecins
réparent le clitoris
Entre 55 000 et 65 000.
C'est le nombre de filles et de femmes victimes de mutilations
sexuelles ou
menacées de l'être en France. Pour lutter contre ce fléau, la
secrétaire d'Etat
à la solidarité, Valérie Létard, a lancé une campagne de sensibilisation mardi
14 avril. Affiches et
brochures d'information invitent les femmes à "briser la loi
du
silence" en leur rappelant que "la loi française
est
applicable à toutes les jeunes filles, quelle que soit leur origine
ethnique".
Henri-Jean
Philippe, chef du service de
gynécologie-obstétrique au CHU de Nantes et président de l'association Gynécologie
sans frontières,
pratique la reconstruction du clitoris. Principales mutilations :
l'excision –
ablation de la partie externe du clitoris – mais aussi l'infibulation –
suture
des grandes ou petites lèvres de la vulve. Pour le médecin, cette "maladie"
possède une triple dimension, médicale,
psychologique et culturelle, qui
nécessite une prise en charge globale des patientes.
L'existence
d'un acte chirurgical visant à
réparer l'excision prouve qu'il s'agit d'une véritable "mutilation",
souligne Henri-Jean Philippe. Ses conséquences sur la santé sont
désastreuses,
à court et long terme, qu'il s'agisse d'infections, de difficultés à
avoir des
rapports sexuels ou à accoucher. Sans compter les jeunes filles qui
décèdent
suite à cette pratique.
Des
répercussions sexuelles peuvent aussi
survenir, selon l'âge ou est pratiquée l'excision. "Les
filles qui
l'ont subie à 2 ou 3 ans vont débuter leur sexualité sans clitoris. Il
n'y aura
donc pas d'avant et d'après, explique le médecin. Au
contraire, si une
femme est excisée autour de 12 ou 14 ans, sa vie sexuelle est
totalement
détruite."
Seule
solution : l'opération chirurgicale.
Elle consiste à pratiquer une incision du pubis afin de "dégager" le
reste du clitoris, enfoui sous la cicatrice liée à l'excision. Cet
acte, qui
dure en moyenne une demi-heure, permet aux femmes de récupérer la
sensibilité
du clitoris, trois à six mois plus tard, dans plus de deux
tiers des cas.
Henri-Jean Philippe
insiste sur l'importance de sensibiliser les femmes excisées pour
éviter
qu'elles ne pratiquent à leur tour des mutilations sur leurs filles.