Pleins feux
sur les
« phaseurs » 
Souvent victimes de
rejet de leurs géniteurs ou tuteurs, les enfants de la rue, plus connus
sous le
nom de « phaseurs » à Brazzaville, à Pointe-Noire et
dans d’autres
mégalopoles du Congo, présentent un drôle d’image. A cause de la misère
vécue
dans le cercle familial et des effets induits des guerres civiles que
le Congo
a connues, ces enfants, des adolescents pour la plupart, positivent la
misère.
Ils dorment à la belle étoile et vivent de la mendicité. C’est le
spectacle
pitoyable que nous présente au quotidien les abords du centre culturel
français
(ccf), l’ex bâtiment de l’Union africaine des postes et
télécommunications
(uapt), les abords des marchés etc.
Emmitouflés dans des vêtements
en lambeaux, pieds nus, les enfants de la rue sont de plus nombreux au
Congo
où, ils passent les nuits, exposés aux intempéries. Ces enfants de la
rue,
suscitent pitié et lamentation. Ils vivent de mendicité et de vol. La
brutalité
est leur seconde nature. Ils sont des redoutables brigands et
s’adonnent au
chanvre et aux psychotropes aux effets hallucinogènes.
Combien sont-ils à déambuler à
travers Brazzaville et Pointe-Noire ? Aucune statistique n’est
disponible.
Pour sûr, le phénomène est écœurant et récurrent.
Nous nous sommes rapprochés de
ces rejetés de la société et de ceux qui les recueillent dans les
foyers
habilités, pour tailler bavette.
Les
enfants parlent
*Quel est ton
nom ?
**Batista. J’ai 5 ans, ma maman est morte à
ma naissance. Mon père ninja a
été tué quand on a chassé les ninjas de la maison de Ta Ntumi à
Bacongo.
J’habitais au village, à Nganga Lingolo avec ma grand-mère Ma Moundélé.
Je ne
mangeais pas bien. Je dors pour moi ici.
*Et toi, comment
t’appelles-tu ?
**Eric, j’habite à Bacongo. J’ai eu l’argent
ici et je vends maintenant des
sachets. Mais ici, les grands m’arrachent mon argent. Mon ami que tu
vois
là-bas, s’appelle Luc, il vient mendier avec nous. Il dort chez lui, à
Moungali
(un quartier de Brazzaville).
*Pourquoi tu viens ici,
pour mener cette vie ?
**Vieux, nous sommes bien ici !
Ici, je mange bien, hein ! A la
maison, c’est dur pour manger. On fait même deux jours sans manger, tu
vois !
*Patrick, tu as 12 ans.
Tu m’as dis que vous êtes 15 enfants à la maison. Tu vends des
cigarettes.
C’est ça ?
**Ben oui !
*Pourquoi tu ne vis pas
à la maison ?
**Ma Oumba, la femme de papa me fait
souffrir. Elle me tape souvent. Je suis
venu pour moi ici, je trouve l’argent, je peux manger.
*Laurent, toi, tu as 10
ans. Tu as un chien ? **Ouais !
Mon chien s’appelle Kanda, ça veut dire la famille. Ces grands-là, me
tapaient
trop. Ils ont peur de mon chien.
*Pourquoi tu n’es pas à
l’espace Jarrot ?
**Ce n’est pas bien là-bas. Je ne suis pas
libre.
*Comment ça ?
**Y a l’ambiance, on nous sert deux repas,
c’est bon. Il ya la télé, le
babyfoot, les cours d’alphabétisation, mais, il n’y pas ça.
*Je ne comprends pas,
ça quoi ? _**Vieux,
tu ne comprends pas. La chose-là, l’herbe.
*Je ne comprends
toujours pas. Explique-moi ça.
**Bon, je vais maintenant te le dire dans ma
langue, c’est le diamba, le
chanvre. Voilà, c’est ça vieux, la chose là.
*Godefroy, tu es dans
la rue depuis 10 ans, tu passe ton temps à mendier à l’arrêt de bus de
Total.
Tu es le plus âgé, tu as 15 ans ?
**Ouais, le plus âgé et le plus grand. On
m’appelle Mokolo, le Yaya,
Ouais ! (Il se pavane comme un coq dans la
basse-cour).
_*C’est toi qui
vends
le chanvre aux policiers et aux militaires ?
**Oh non ! Avant oui. Je ne vends
plus du chanvre. J’ai peur d’aller
encore en prison.
_*Il faut
apprendre un
métier, Mokolo ?
**Ouais, la mécanique, c’est bien pour moi.
Je voudrais un jour, réparer les
voitures, avoir une femme, des enfants, une maison, une belle voiture.
J’attends un peu. Tu comprends vieux.
L’Etat
congolais manque de politique
On comprend à travers cet
entretien, les raisons qui ont engendré cet épiphénomène des enfants de
la rue,
des enfants qui ont opté pour cette vie misérable. Et pourtant, la
Convention
relative aux droits de l’enfant* en ses articles 24, 25 et 29 donnent
l’éclairage sur ce que doit être le droit à l’éducation et à la santé.
Le Congo, ayant signé et
ratifié le document relatif aux droits de l’enfant, se doit d’adhérer
véritablement à l’esprit et à la lettre de cette convention.
Malheureusement,
l’Etat congolais manque de politiques, de structures pour une réelle
prise en
charge des enfants de la rue. Il n’y a pas de véritable système de
protection
sociale des enfants. De façon générale, seuls, les mécanismes de
solidarité
familiale et des réseaux de solidarité traditionnelle sont quelque peu
efficaces. C’est le cas du centre d’écoute pour mineurs :
« l’Espace
Jarrot » et son annexe, le centre d’hébergement
« Case David »
qui demeurent des rares initiatives. Situé au cœur de l’arrondissement
2
Bacongo, l’Espace Jarrot a pour mission essentielle de réinsérer les
enfants de
la rue qui n’aspirent qu’au bien-être. Dans ce centre, les enfants
retrouvent
une ambiance plus ou moins familiale. Dans un bruit assourdissant,
propre à
l’univers puéril, on y sert par jour deux repas, offre des soins
médicaux, met
à leur disposition des divertissements (télévision, baby-foot
, jeu de cartes et de dames
…))
de l’hygiène corporelle et des cours d’alphabétisation.
Depuis son ouverture en 1997,
le centre a déjà accueilli plus de 2000 enfants dont des centaines ont
été
réinsérés.
Signalons que l’Espace Jarrot
vit sans la moindre contribution du gouvernement de la république et de
l’UNICEF. Il reçoit parfois, souvent même, des dons des ONG
internationales
notamment la Fondation Air France et Auteuil International.
Pour le développement durable
des enfants… de la rue, soyons solidaires !
Chris Mbembe
source
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