En Martinique, les baisses de prix ne convainquent pas
Les clients des hypermarchés de la Martinique ont
pu, mardi 14 avril, commencer à acheter les 400 articles sur lesquels une
baisse des prix de 20 % est effective. Dits de première nécessité, ils vont des
pâtes (16 références) à la confiture en passant par les brosses à dents (4
différentes) - mais le rhum et la bière ont disparu de la liste initiale. Ces
baisses sont signalées par des affichettes et un logo "BC ba"
("baissez bas") inspiré d'un pas de danse antillais
"C'est un tour de force
logistique", assure
Pierre-Valéry Bazin du groupe Cora-Match. Tout a été prévu, à commencer par la
rupture de stock sur un produit qui serait alors immédiatement remplacé par un
autre équivalent, au même prix ou... meilleur marché - en aucun cas plus cher. "Nous
avons la volonté de pérenniser la liste", ajoute Patrick Daniel
d'Hyper U. Mais, pour le moment, les acheteurs croisés dans les rayons ne
bousculent pas.
Les baisses de prix, prévues pour trois
ans, ont été longuement et âprement discutées par la grande distribution et le
Collectif du 5 février, qui a paralysé l'île pendant plus d'un mois. 14 % sont
à la charge des enseignes, 4 % supportés par la Région qui a réduit la taxe
d'octroi de mer, 2 % est du ressort des compagnies de transport. "Il
faut que cet accord vive", affirme, conciliant, Jean-Michel
Jean-Baptiste, l'un des leaders de ce qu'il appelle "le
soulèvement". Mais il poursuit : "Nous serons
vigilants."
Le climat reste tendu. Le Collectif
affirme que des prix ont augmenté depuis la réouverture des magasins, ce que
nient les commerçants. "On peut dire ce qu'on veut, se désole
Olivier Pellin, directeur de Carrefour de Fort-de-France appartenant à Bernard
Hayot, première fortune martiniquaise, ils sont convaincus du
contraire."
Il a même mis à la disposition de sa
clientèle un gros volume détaillant ses prix certifiés par un huissier. Rien
n'y fait. Des comités populaires de contrôle s'affichent sur les parkings. "Il
faudra bien un jour qu'ils nous respectent", avertit une militante. "Sinon,
nous saurons nous faire respecter", renchérit Ghislaine
Joachim-Arnaud, secrétaire générale de la CGTM.
"PROFITEURS"
La crise a provoqué une suspicion
générale. L'ensemble des chefs d'entreprise est étiqueté "profiteurs".
L'un d'eux raconte que, chez lui, "les négociateurs d'hier se prennent
pour les patrons d'aujourd'hui, paradant dans les services en s'enquérant des
décisions qui y sont prises".
Des métropolitains jettent l'éponge et
abrègent leur séjour. Des maisons seraient à vendre au Cap Est, quartier du
François sur la côte atlantique, baptisé Békéland pour sa forte concentration
de descendants des colons esclavagistes.
Dans ce contexte, les états généraux qui
s'ouvrent samedi 18 avril et que Nicolas Sarkozy a voulus "sans
tabou" ne soulèvent guère d'espoir. Comme le LKP en Guadeloupe, le
Collectif du 5 février a choisi d'être absent. Les autres acteurs y
participeront, mais sans véritable enthousiasme. Ils font valoir que des
réunions en tout genre ont déjà été organisées ces dernières années et que le
gouvernement n'a qu'à s'en inspirer plutôt que d'ajouter un nouveau rendez-vous
à l'issue incertaine. Les travaux sont prévus jusqu'à la mi-mai et s'achèveront
à Paris. Il est un grand absent de cette agitation tous azimuts en Martinique :
Aimé Césaire, dont on célébrera le premier anniversaire de la mort le 17 avril.
Patrice Louis LE MONDE
Article paru dans l'édition du 16.04.09
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