Le
CFA de Ducos sur fond de polémique
Bonjour ,
Veuillez trouver en pièce jointe un tract et le
courrier
adressé à la rectrice qui résument la situation. Il
vous permettrons
d'apprécier la gravité de la situation.
Voilà en gros
ce qui s'est passé :
La convention
qui liait la Région à l'ancienne association
AFBTP a été dénoncée début janvier 2008, dans des conditions
critiquables du
point de vue juridique, pas de délibération du CR, simple lettre de
dénonciation. Elle concernait la gestion du CFA pour 700
apprentis avec un
effectif de 41 personnes (formateurs et administratifs).
En ce qui
concerne les personnels. Il y avait deux
catégories de salariés : ceux qui sont détachés pour trois
ans par la
chambre des métiers et qui disposent d'un contrat à durée indéterminée
transposant des dispositions du statut des personnels de la chambre des
métiers. Ce sont donc des statuts en béton avec des conditions
avantageuses
n'existant nulle part ailleurs
(13ème mois,
chèque déjeuner, indemnité d'un mois de salaire par année
d'ancienneté...). Les
autres personnels recrutés par le CFA bénéficiaient également des mêmes
dispositions. Autrement dit, ce personnel
coûte cher à la
collectivité. A cela s'ajoute un personnel divisé, l'affaire
PAOLO et les
difficultés des directions successives.
Alfred MARIE
JEANNE en personne est venu voir le personnel
en avril 2008, leur demandant de lui donner un coup de main pour virer
l'AF
BTP, source de tous les malheurs, et leur a garanti que leur
emploi ne
serait pas menacé. C'est pour cette raison que la liquidation n'a pas
fait
grand bruit et que les organisations syndicales ne se sont pas emparées
de
cette question.
Renouvellement
de la création du CFA n'est disponible pour
personne et les quelques documents qui ont été fournis à partir de
septembre
aux institutions représentatives sont partielles
et tronquées. Nous
avons écrit au CR pour demander cette convention qui est publique et
elle ne
nous a jamais été fournie. Pourquoi ? L' objectif était
d'attendre
tranquillement la liquidation pour se débarasser des salariés.
L'AFBTP est
liquidée le 15 juillet, les 41 salariés licenciés sec.
C'est là que
s'est posé un certain nombre de problèmes :
- les
salariés détachés auraient du reprendre leur poste à
la chambre des métiers. Mais leur détachement n'était pas arrivé à
terme (fin
décembre 2009) et de plus la chambre des métiers en difficulté par
ailleurs n'a
pas les moyens de les reprendre. Ils se sont donc trouvés à la rue,
sans
indemnités puisque pas licenciés et sans travail.
- les non
détachés ont été licenciés et indemnisés sur la
base de leur contrat de travail, sur les fonds des AGS (17 personnes)..
A l'annonce
de la reprise par l'Amep, la DDTE, rappelle
à cette dernière les dispositions du code du travail
à savoir
lorsqu'une activité se poursuit, les contrats sont transférés de plein
droit.
Et l'Amep qui comptait recruter de nouvelles personnes sur d'autres
bases
(contrats précaires...) se retrouve en face d'une réalité juridique
qu'elle croyait
avoir contournée en attendant la liquidation.
Elle va donc
mettre en poste en priorité les détachés,
ceux qui n'ont pas été indemnisés et proposer aux autres, les non
détachés, des ruptures amiables. Ce qu'ils ont refusé
évidemment. Donc
nous avons 17 personnes sans salaires sans travail qui ne peuvent pas
pointer
aux assedic car ils sont juridiquement personnels de l'Amep. Depuis le
29
janvier la CFDT multiplie les actions pour que l'Amep mette en place un
plan
social, réintègre un maximum de personnes et évite de procéder à des
licenciements secs. Compte tenu du contexte économique dans la
formation
professionnelle, les formateurs en particulier auront des difficultés à
retrouver un emploi.
Entre temps,
nous avons introduit une action en référé devant
les prud'hommes pour réclamer les salaires. L'Amep a obtenu un renvoi
au 24
juin. Ce qui est assez rare !
Entre
temps, les apprentis constatant que leur scolarité étaient menacée, ils
ne sont
rentrés qu'en décembre et janvier, se sont mobilisés. Ils ont barrés
l'Amep de
Redoute et obtenu un accord, qui pose problème à divers égard : passer
l'examen
professionnel en juin, et la partie théorique en
Le 7 mai
2008, le conseil régional confie à l'Amep la gestion du CFA, cette fois
ci pour
570 apprentis (donc réduction du budget). Cette délibération est tenue
secrète
et appliquée qu'à partir d'octobre. Les institutions représentatives
n'ont pas
été consultées, la convention portant
septembre.
Possibilité de redoublement en cas d'échec.
Quid des formateurs qui ne pourront pas prendre leurs congés et Quid
des
patrons qui n'ont pas donné leur accord.
Délibérément
la question des personnels injustement
licenciés n'a pas été abordée, tout a été focalisé sur les apprentis.
Nos
revendications :
- engagement
de l'Amep à mettre tout en oeuvre pour
reclasser ces personnels.
- paiement
des salaires, ou d'une provision d'au moins 4
mois et remise des fiches de paye pour permettre à ces
salariés qui ont
des engagements bancaires de faire valoir leur droit. L'Amep nous a
proposé
deux mois de salaire plus les fiches de paye mais souhaite déduire de
ses
salaires les indemnités de licenciement (qui ne sont pas sortis de sa
poche,
puisque sur les fonds des AGS). Nous ne sommes pas d'accord. L'Amep
pour
diviser les salariés a transmis et publié le document du liquidateur
avec le
montant des indemnités perçu nominativement.
Conditions
préalable à toute levée de barrage.
Maintenant,
le problème des personnels du CFA de Ducos va
beaucoup plus loin. Ce pose la question de la formation professionnelle
dans
son ensemble et la politique régionale en la matière. C'est là que le
sujet
devient sensible, puisqu'il y a des élections régionales dans peu de
temps et
les "les coqs sont pittés".
Il faut
savoir en effet que l' enjeu est la réduction des
subventions dans la formation professionnelle. Il y a peu de lisibilité
dans la
politique de la région et peu d' explications surtout sur les
objectifs
poursuivis. Pour vous donner une idée des dégâts :
Chiffres :
Greffe du Tribunal Mixte de Commerce
de Fort-de-France
-
2002-2007 :
57 entreprises dans le secteur de la formation professionnelle ont été
liquidées
-
2008 :
9 entreprises, parmi lesquelles le CFA BTP
-
2009 :
pour le seul mois de janvier 4 entreprises.
Motif
arrêt brutal de subvention.
Nombre de
licenciement pour
motif économique (source : DDTE)
Sur 600
licenciements pour motif
économique enregistrés par la DDTE en 2008 :
180 sont liés
à la disparition
d’organismes de formation professionnelle. Il est à noter que ne sont
pas
enregistrées les ruptures amiables et conventionnelles ainsi que les
démissions. A
l'Amep par exemple, il y a eu plus de 12
licenciements dans la formation professionnelle, des modifications de
contrats,
dans les conditions les plus scandaleuses.
Même
hécatombe dans les AFPA !
Baisse régulière des subventions !
Vous pouvez
vérifier ces chiffres, ils sont publics et ne
relèvent d'aucune lecture partisane.
Vous pensez
bien que ce sont des débats à éviter. Il
fallait focaliser sur les apprentis et éviter de parler des formateurs.
Le directeur
de l'Amep a demandé une audience au collectif
pour exposer les problèmes et tenter de trouver une solution. Tout a
été fait
pour vérouiller la parole des formateurs licenciés. Il ne fallait pas
mélanger
les problèmes disait-on. Lorsqu'en réunion Mr OPIC, DP a tenté de poser
le
problème des formateurs, Monsieur BOLINOIS a rétorqué qu'il n'avait
nullement
l'intention de parler de cette affaire de formateurs. Les apprentis ont
été
encadrés par Mr Couturier
membre du collectif et
accessoirement sympathisant du MIM.
Je vous
signale également que notre syndicat FEP
CFDT ( Formations Enseignement Privé) a interpellé dès le mois
de
septembre le préfet sur les conditions de liquidation du CFA, ce
dernier nous a
répondu en gros que le CFA relève de la Région. Si les apprentis
étaient le
souci majeur de la région, les choses ne se seraient pas passées de
cette
manière. Mais il s'agit de jeunes désoeuvrés, sans réseau relationnel,
en
difficulté d'insertion pour la plupart dont personne n'en a rien à
foutre !...
En
conclusion.
Nous
sommes gouvernés par des gens de politique, qui s' assoient sur le code
du
travail, utilisent des méthodes dictatoriales, n'ont aucune
considération pour
notre jeunesse, et utilisent le discours nationaliste et
identitaire
comme fonds de commerce pour justifier leurs pratiques mafieuses et de
copinage. Avec la complicité d'un certain nombre de médias, qui n'ont
pas
forcément la même lecture que nous, dans la mesure
où ils sont
financés par le CR ou dans un réseau
relationnel avec ces mêmes personnes.
Pour avoir
dit que le CR est responsable de la situation,
je subis des pressions multiples et variées. Nous sommes tous
par
notre silence et par nos inactions complices d'injustices. Nous sommes
en train
de jeter les bases d'un Etat totalitaire. Je suis indépendantiste et
c'est pour
cette raison que je combats l'injustice d'où qu'elle vienne. Nous
serons un
peuple libre que lorsque nous pourrons critiquer nos compatriotes sans
être
suspectés en permanence de trahison nationale. Ce qui nous manque ce
sont de
vrais débats de société.
Ce qui s'est
passé au CFA de Ducos est le début du
démantèlement de la formation professionnelle et de la précarisation
des
formateurs dans l'ensemble de la formation professionnelle. Il
suffit
simplement d'aller sur le site du conseil régional et de voir
l'évolution du
budget consacré à la formation professionnelle. Notre syndicat doit
jouer son
rôle : défendre l'emploi et lutter contre la précarité. Comme nous le
disons
dans notre tract, nous n'avons de copains nulle part, pas plus dans
l'Etat
français que dans la baronnie locale. Tous les CFA sont en difficultés,
sauf la
CCIM qui recrute ses formateurs dans l'éducation nationale et les paye
à
l'heure et travaille surtout sur les métiers du tertiaire où
l'investissement
en matériel est moindre. Ces derniers font des compléments de salaires
au
détriment d'un emploi stable. Quant aux AFPA, leur budget est chaque
année
diminué. Il y aurait encore beaucoup à dire sur la gouvernance des AFPA.
Les questions
qui se posent aujourd'hui, sont les
suivantes :
- Quel statut
pour les formateurs ?
- Comment
peut-on concevoir que les formateurs soient dans
une situation plus précaire que ceux qu'ils sont sensés insérer ?
- Quelle
politique de formation professionnelle pour la
Martinique ?
- Quelle
logique y a t-il derrière les choix politiques de
marchés publics à la Région Martinique
?
- Peux-ton
gérer la formation
professionnelle selon une logique purement financière au
détriment de
l’efficacité, de la performance et de la stabilité de l’emploi ?
Ce que je
regrette c'est que la
question de la formation professionnelle n'a
malheureusement pu
être abordée par le Collectif, la région ayant été
volontairement absente
des rendez-vous fixés.
Constituer
des pôles d’excellence, fidéliser et sécuriser un personnel bien formé,
implique une véritable politique de formation professionnelle
et
l’existence
d’outils de
planification, d’organisation et d’anticipation des besoins en
formation.
Rien de
tout cela à la Région Martinique
|