N’effrayons pas
ceux qui ont le désir de rebâtir !
Oui ! exprimons haut et fort
notre indéfectible attachement aux valeurs de la démocratie. Le 7 mai
2009, le
LKP nous a livré un curieux spectacle en envahissant l’hémicycle du
Conseil Général
! Mais l’esprit démocratique permet aussi de laisser chacun libre de
désapprouver certaines méthodes tout en saisissant le sens de certaines
motivations dans ce contexte donné. Pendant la longue mobilisation du
mois de
février, et d’après un même rituel, une catégorie de manifestants a
occupé une
radio d’état, après que d’autres aient foulé le tribunal de
Pointe-à-Pitre pour
interpeller les plus hautes instances sur l’apparente iniquité de
l’appareil
judiciaire
de
notre pays. Qui a osé se prononcer sur de telles pratiques au nom d’une
atteinte à la souveraineté de la justice ?!!
La légitimité des élus est
un acquis
incessible, mais légitimité n’implique pas recevabilité absolue et
assujettissement jusqu’à la prochaine échéance électorale ! Comme
dirait
Georges Bernanos, « c’est aussi le citoyen qui fait la république ! »
À force de clamer que la rue
ne pourrait
remplacer les urnes, on en viendrait à douter que ce sont celles et
ceux qui
ont marché durant 44 jours, qui marcheront bientôt vers ces mêmes
urnes,
donnant quitus ou pas à un nouveau lot de promesses déjà connues.
Comment
expliquer ces nombreux conflits qui s’enlisent malgré des accords
signés suite
une mobilisation mondialement médiatisée. Plus que ces images certes «
dérangeantes » de l’envahissement du Conseil Général, force est de
constater
qu’un climat social délétère indiffère à nouveau tous les « chanceux »
qui ont
pu relancer leur « machine à faire du chiffre » ! Ce calme sournois est
selon
moi le véritable avertissement annonciateur de l’œil du cyclone. Si
cette thèse
se confirme, les vents qui menacent changeront de sens et seront plus
dévastateurs,
c’est une loi de la nature.
La
plume de David Dahomay sous le titre de « soutenons les
luttes sociales,
mais défendons les principes démocratiques » arriverait-elle
à point nommé
? Elle permet au moins à tous les camps de s’y retrouver. Et c’est bien
ce qui
peut gêner dans cette pétition! Le contenu de l’article est aussi
pertinent
qu’insidieux, car comment souscrire à de si justes récriminations sans
céder à
l’alarmisme politique ? Et comment désapprouver de tels arguments sans
cautionner
l’anarchisme et l’incivisme ? Cette pétition est du pain béni pour ceux
qui
n’ont pas entendu le cri de la rue, tout en n’ayant pas eu le courage
de
s’aligner ouvertement aux côtés des adeptes du « lésé sa jan i ja yé ».
Que
l’on soit « elkapiste » ou pas, c’est finalement « la rue » qui est le
réceptacle des dégâts de la crise post-conflit que nous vivons. Le
temps est
venu de se mettre à pied d’oeuvre pour que chacun porte sa pierre à
l’édifice.
Que se soit dans le cadre des états généraux qui, selon moi, risquent
de servir
l'inanité de l’urgence dans laquelle se construit notre société depuis
1946,
que se soit pour aiguiller « la rue » et contenir ses fièvres «
envahisseuses »
par un travail de fond et de proximité visant une prise de conscience
durable,
pour un renouvellement des idées.
Si nous
consentons tous que nous
vivons un tournant de notre histoire, c’est que l’archipel guadeloupéen
doit
désormais anticiper un autre modèle de développement, dans un contexte
mondialisé
au sein duquel il a toute sa place. Bienvenue donc à tous ceux qui
aideront à transformer
l’essai du 20 janvier en projet, pour convertir l’énergie des
envahissements
quels qu’ils soient, en actes concrets.
Oui,
condamnons tous les écarts,
mais de grâce, ne cédons pas aux diversions qui annihilent adroitement
l’essentiel. N’éveillons pas non plus la nostalgie des dogmes dépassés
à
travers des échanges intello-hermétiques, voir des conflits de
personnes qui
pourraient à tort, effrayer ceux qui ont le désir de rebâtir «
jantiman »
P-à-P, le 13/05/09
Marc
Jalet
Architecte
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