|
Chers camarades, chers amis,
Mon cher Jacques Bangou
J’aurais
pu commencer mon intervention par une réflexion de plus sur la
place et le rôle des émancipateurs blancs, mulâtres ou institutionnels
(dont
Schoelcher, l’Abbé Grégoire, le gouvernement provisoire….) dans
l’abolition de
l’esclavage. Seulement, les discours d’Aimé CESAIRE suffisent à nous
éclairer pleinement
sur les valeurs et la portée de ces luttes précieuses…
J’aurais pu aussi dresser
l’apologie de la révolte du 22 mai, autour de
Saint-Pierre et de l’esclave Romain. Un événement qui fut
l’aboutissement d’un
long processus de rébellion commencé depuis longtemps, chez nous et
ailleurs, et
se déployant dans un sens intangible, toujours le même : celui de la
liberté... Un événement qui fut aussi et surtout l’éclatante
attestation que
l’esclave fût un acteur déterminant de sa propre liberté.
J’aurais pu être aussi tenté
d’effectuer l’analyse des soubassements
politiques, moraux, intellectuels et économiques d’un tel drame.
Soubassements
insondables où la négation du fait humain atteint la cruauté la plus
extrême …
justifiant une spirale de crimes, d’assassinats,
d’exploitations et d’extinctions
de peuples entiers…
Mais je préfère vous
renvoyer au célèbre Discours sur le
colonialisme, où non
seulement Césaire règle ses comptes avec tous les penseurs
négationnistes,
racistes et colonialistes en tous genres, mais où surtout il dénonce
les
instigateurs de ces besognes indignes, l’Europe tout entière, celle qui
nous a « gavé de pestilence et de
mensonges », alimentant des thèses indéfendables
sur l’infériorité de
la race noire : thèses de Gobineau, de Jules Romain et des
obscurs
zélateurs de l’action colonialiste du christianisme…
Cependant, au-delà de cette
condamnation sans appel, Aimé CESAIRE nous a
laissé un message essentiel : il nous a appelé à la dignité et
à l’espérance,
Par ces
mots que je vais vous citer, il a prophétisé un avenir
d’espérance : « Malgré le
drame dans ces sociétés,
colonisées et détruites, ni le mot échec, ni le mot avatar, n’avaient
de sens.
Ces sociétés réservaient, intactes, l’espoir ».
J’aurai pu aussi, par devoir
de mémoire, évoquer :
- L’épopée de Louis Delgrès,
sacrifiant sa vie et celles de ses compagnons à la Redoute du Matouba
en 1802 pour sceller dans nos consciences un message
universel : la liberté n’a pas de
prix, la liberté est au-dessus de tout. Et, pour l’obtenir,
tout sacrifice est indispensable. Jacques Bangou en
a parlé hier avec brio…
- Le sacrifice de Toussaint
Louverture qui défia l’armée de Napoléon avant de mourir dans le Jura
en 1803. Toussaint et Dessalines, pères flamboyants de la nation
haïtienne…
- Les combats désespérés pour
l’émancipation, menés par d’innombrables esclaves, et que l’on retrouve
dans des écrits peu connus, souvent oubliés, ou dans des
autobiographies rédigées par des esclaves eux-mêmes. Celle, par
exemple, d’olaudah Equiano esclave américain qui a révélé au monde ce
crime contre l’humanité et la dignité de ses victimes. Ou encore, dans
les témoignages de William E.B. Dubois au 19ème
siècle, afro-américain, ancien esclave, qui a parcouru le monde pour
défendre les idées abolitionnistes. Ou encore dans les récits tout
aussi honorables, qui témoignent des luttes d’après les abolitions où
il a fallu trouver des voies inédites pour l’émancipation ou
l’intégration de ces hommes et de ces femmes asservis pendant des
décennies. Parmi eux, citons Claude Mac Kay, Richard Wight, Langston
Hugues , Marcus Garvey, Malcom X, Martin Luther King… ; et
bien entendu les pères de la Négritude, Césaire, Damas et Senghor.
Il
y aurait tant de choses à dire... Seulement, les circonstances
actuelles
m’imposent d’utiliser ces admirables énergies du passé afin de vous
vous parler
directement de l’avenir.
Deux évènements majeurs ont
marqué nos régions et le monde.
En premier lieu : le
mouvement du 5 février en Martinique et celui
mené par le LKP en Guadeloupe nous ont bien montré qu’au-delà d’une
revendication sociale, il s’agissait bien d’une crise. Une crise d’une
dimension
sociétale considérable. Et même : une crise politique majeure
dont on est
loin d’en avoir mesuré l’amplitude. Une crise politique, exacerbée par
l’organisation d’une société encore soumise à la logique d’une économie
de rentes
et de comptoirs.
Cette soif de respect, ce
besoin d’égalité, cette revendication
d’identité, et ce besoin de démocratie économique, constituent des
enjeux
contemporains majeurs auxquels nous nous devrons de répondre le plus
tôt et le
plus complètement possible.
En second lieu :
l’élection de Barack Obama, dans un pays, les Etats
unis, certes démocratique, mais où les pesanteurs du système
esclavagiste originel
sont encore très actives. Une
société encore marquée par le racisme
d’où découle une ghettoïsation communautaire des plus extrêmes,
(l’ouragan
Kathrina en fut un révélateur éloquent). Une
société où l’impérialisme est la règle ; où l’économie est
soutenue par un système ultralibéral prédateur ; où
les dirigeants
sont généralement animés de l’esprit de domination… Dans une
telle société,
l’avènement d’un noir métissé, au discours pacificateur, à la vision
très
large, était inespéré. Son élection fait date et ouvre la voie d’une
espérance
nouvelle : celle d’un dialogue des civilisations, respectueux
des
équilibres culturels, écologiques, économiques et historiques du monde.
Mais, à l’occasion de la
célébration du 22 mai dans notre pays, on peut
légitimement se poser des questions sur cette nouvelle perspective. Est-ce
une circonstance fortuite, ou est-ce que l’humanité ne serait plus
réduite au
monologue de la puissance et de la domination de la race
blanche ? Et
mieux : aurions nous dépassé le principe très occidental qui
fait que
toute rupture dans l’équilibre du pouvoir, au niveau de la gouvernance
mondiale, passe par une redéfinition de l’ordre
socio-racial ?... Le monde
serait-il à l’heure révolutionnaire du dépassement de la race ?
On aimerait bien le penser,
seulement certains faits dans le monde, nous
invitent à la plus grande prudence. Notamment, la nouvelle politique de
l’immigration en Europe, et particulièrement en France où a surgi
l’article 4
de la loi de Février 2005 que nous avons réussi à faire
abroger.
Notamment, la directive européenne de la honte qui a durci les règles
de
l’immigration y compris contre les femmes et les enfants. Notamment, la
gestion
comptable et policière des expulsions qui ne laisse de place ni social,
ni à
l’humaine compassion. Je parle de cette vaste hypocrisie où on peut
expulser n’importe
qui, n’importe comment, tout en sachant que l’Europe à besoin
d’immigrés pour
faire face à sa stagnation démographique ; tout en sachant que
le besoin
en main d’œuvre, en cuisiniers ou laveurs de vaisselles, n’est
satisfait que
par les boat-peoples du désert ou
de
la mer.
Je veux parler de la fermeture
de Sangatte aux réfugiés de l’Est, aux
Afghans, etc… pour laisser place à une jungle déshonorante.
Je veux parler des honteuses
négociations signées avec certains chefs
d’Etat africains, pour retenir au pays des peuples affamés, victimes de
pouvoirs corrompus ou des désastres du changement climatique. Dans le
monde, un
enfant meurt toutes les minutes, de faim, ou de malnutrition, ou broyé
par une
guerre. Mais ces enfants qui meurent vite et en masse ne se trouvent
pas
n’importe où sur la planète. Cette hécatombe n’a pas lieu en Occident,
encore moins
dans l’hémisphère nord, jamais dans les anciens pays colonisateurs.
Elle a lieu
dans l’hémisphère sud, le plus souvent dans les pays jadis colonisés et
particulièrement en Afrique, en Asie, ou en Amérique du sud. Et ce
n’est pas un
avatar de la malédiction de Cham ! Ce n’est pas l’esprit de
Cham qui nous
poursuit - comme un sort jeté au nègre - mais l’inévitable
accomplissement
d’une domination qui trouve ses racines dans l’idéologie de la race
supérieure.
Idéologie qui trouve dans la domination technologique et spéculative,
les
nouvelles justifications d’une gouvernance mondiale de prédation.
Je parle de la surexploitation
économique des terres et des forêts, comme
en Haïti, par un peuple poussé depuis des siècles à la
misère ; je parle
de la politique néo-coloniale d’un capitalisme financier dévastateur,
qui régit
le monde et qui se trouve à l’origine de la crise financière actuelle ; je dénonce
l’exploitation des
ressources minières des pays en voie de développement et les
scandales
des grandes compagnies pétrolières abusant de leur position
dominante ; je
parle du développement inconsidéré des agro-carburants au détriment de
l’autosatisfaction alimentaire locale ; je dénonce le marché
carbone dans
le cadre des luttes pour la réduction des gaz à effet de serre, au
détriment des
pays pauvres, et au profit des pays riches.
Tous ces drames du monde, sont
autant de raisons d’inquiétudes qui
montrent qu’au-delà de la décolonisation, de l’abolition de
l’esclavage, demeurent
encore des attentats qui rendent les hommes esclaves. Demeurent encore
des pays
qui sont dans les champs de la prédation néo-coloniale, des pays soumis
à de
subtiles dominations fondées sur d’autres méthodes de construction de
la
dépendance, souvent avec la complicité de potentats locaux. L’idée que
serait
révolue la pensée occidentale d’une mission de civilisation
(impérialisme et
domination) est une absurdité. L’idée d’un monde multipolaire chemine
de
manière suffisamment poussive pour que l’uniformisation insidieuse
prenne le
pas sur une civilisation de la diversité.
Alors, je préfère m’accrocher
aux seules choses qui vaillent dans
l’immédiat : lutter contre l’oubli et renforcer notre conscience
d’être. D’être
martiniquais, d’être guadeloupéens…
Lutter contre
l’oubli ? Nous y sommes. Nous avons maintenu la célébration du
22 mai malgré
une situation sociale des plus difficiles. Nous
l’avons maintenue car nous savons désormais que l’oubli
est une porte vers l’abîme.
Se doter d’une conscience
d’être ?
Nous nous y attelons au PPM. Car nous
savons que la conscience est un pont pour notre traversée.
Cette longue
traversée à laquelle nous sommes tous appelés, tous avec un but
précis : celui
de l’émancipation du peuple martiniquais.
Mais pour traverser, pour
construire notre route, il nous faut rester unis.
Unis à l’écoute du peuple. Pas au-dessus du peuple mais avec
le peuple. Pas prétentieux et pressés mais à l’écoute très
humble des revendications. Et il nous faut surtout rester fidèles à la
doctrine
laissée par nos aînés. Rester forts. Rester soudés. Rester déterminés.
Car de
notre implication et de notre mobilisation dépendra la victoire. C’est
pourquoi
notre responsabilité est grande.
Ainsi, chers amis, comment
peut-on se référer à l’immense œuvre d’Aimé
CESAIRE sans se donner les moyens,
la
force, la disponibilité, d’être à la hauteur de la mission qu’il nous a
confiée ?
Comment gagner un tel combat,
celui de la liberté – en ce qu’elle porte
d’autonomie – sans un dépassement de nos égoïstes individualités, ou
sans la
mobilisation, (en France, en Europe, ici en Martinique, et dans la
Caraïbe)
d’un nouvel état d’esprit. Celui de l’autonomie auto-instituée, tout de
suite,
dans chacun de nos choix, de manière explicite et permanente. Et cela
dans l’idéal
de progrès et de solidarité que nous a rappelé le docteur
Aliker : « Il ne faut
jamais permettre que
l’intérêt général soit noyé dans les eaux glacées des intérêts
privés. »
Comment gagner sans prendre
conscience de cette responsabilité qui est la
nôtre ? Celle d’aller jusqu’au bout de la lutte pour
l’émancipation et
pour l’autonomie ! Celle du Parti Progressiste
Martiniquais ! La
responsabilité de ceux qui sont à la maison, (la maison du PPM), de
ceux qui
n’ont pas trahi, ni l’homme, ni la cause ! La responsabilité
de ceux qui
sont porteurs d’un avenir pour ce pays en évitant les marigots du
populisme et
du mercantilisme !
Le PPM a une doctrine. Le PPM
a une philosophie. Il a toujours donné un
sens politique à son combat. Notre idéal de progrès est indissociable
de notre
idéal de solidarité sociale et d’équité. Notre mot d’ordre
d’autonomie est
incompatible avec une société d’autocratie qui ne respecte pas
les
libertés individuelles et qui ruse avec la démocratie. L’Autonomie est
un
processus de construction culturelle de la responsabilité
auto-instituée, et
non une mise sous tutelle sociale du peuple. Elle se situe dans
l’interaction
démocratique, et non dans l’isolement et dans l’enfermement doctrinaire.
Sans boussole et sans cap (en
clair : sans une éthique) il n’y a ni
issue politique et ni société sainement organisée. On pourrait imaginer
qu’en
tant que militants nous ayions des droits. Certes. Mais nous avons
surtout un
devoir : celui d’aller jusqu’au bout et de transmettre cet
idéal de
progrès et de liberté qui nous a été légué. Et cela sans jamais trahir
notre
conscience, à l’image de cette femme sculptée par Khokho René-Corail
qui n’a
jamais trahi sa destinée. Je la regarde. Elle est prête au
sacrifice… Elle
est prête à défendre son enfant peut-être mort… Oui, le désespoir donne
le
sentiment légitime d’une capacité à composer, d’une présence humaine
prête à
recommencer la création. Son enfant, mort ou pas, elle est prête à
continuer la
bataille, à continuer la vie, à redémarrer. Et c’est dans cette
constance que
se fonde sa liberté ! C’est ainsi qu’elle est libre !
L’art de Khokho
exprime l’essentiel : le devoir de résistance. Aimé
Césaire le
décrivait ainsi : « Ici le
nègre n’est plus l’objet, il est le sujet… Eh bien cela,
c’est la vision
martiniquaise de la libération des nègres….. Il ne reçoit plus la
liberté. Il
la prend et on nous le montre la prenant… ».
Aimé CESAIRE, Pierre ALIKER et
Camille DARSIERES, ont été des initiateurs
d’une pédagogie de la résistance. Ils ont eu raison en devenant les
précurseurs
de cette date historique du 22 mai 1848, aujourd’hui chômée et
célébrée. C’est
une date historique pour le peuple martiniquais qui n’atténue en rien
l’importance de la date du 27 avril. Ils ont eu raison d’installer ici
la 1ère
statue dédiée à l’abolition. Et pas n’importe où ! À
Trénelle !
Quartier chargé de symbole, de résistances et de souffrances. Pas par
n’importe
quel artiste ! Mais par KHOKHO René-Corail ! Homme de
liberté !
Homme de fidélité à son peuple et à son pays !
Chers camarades, si on peut
faire des concessions sur beaucoup de choses,
si on peut s’entendre sur tout, aucune concession ne peut être faite
sur
l’histoire. Dès 1958, le PPM, ses leaders, ses militants, ont en
permanence été
en communion avec le peuple, avec l’histoire, avec les réalités
sociales. Notre
leader disparu, Aimé Césaire, s’est toujours donné pour mission
d’éveiller les
consciences, de dresser un rempart contre toute atteinte à notre
dignité, et
cela sans jamais confondre cette mission avec son destin
personnel !
Rester fidèle à l’histoire
sans nous enfermer dans le dogmatisme, sans nous
murer dans le particularisme ! Parler d’égalité sans nous
diluer dans un
effacement de la personnalité !
Rester
fidèle à cette conception très
césairienne de la liberté qui est l’autonomie ! Une
autonomie
inscrite dans la Constitution. Une autonomie où l’égalité, comme socle
de nos
diversités, n’est en aucune manière synonyme de dépendance, mais
s’érige en un signe d’appartenance solidaire
tout
autant que d’affirmation d’une irréductible différence. Quand
l’égalité est
inscrite en tant que droit et non en tant que dû, quand elle est
soustraite à
la charité condescendante et aléatoire, de la France vis avis de ses
anciennes
colonies, elle devient une dynamique
d’épanouissement réciproque !
Ce jour de célébration de
l’abolition de l’esclavage me donne l’occasion
de revenir sur un point essentiel. Celui de nos rapports avec nos
ex-colonisateurs,
en l’occurrence la France.
Nous ne sommes à la recherche
ni de la repentance, ni de l’excuse
expiatoire. Ce serait trop facile. Nous ne sommes pas non plus sur les
chemins
de la « Réparation ».
Nous
considérons qu’une revendication de cette nature peut
intellectuellement donner
bonne conscience, mais que si elle s’installe dans une comptabilité
mortifère,
elle devient aussi douteuse qu’irréaliste. Une comptabilité de la
« Réparation » me semble aussi inacceptable que la
justification du
trafic négrier par le fait que les africains ont participé à la Traite
de leurs
fils et de leurs frères. Un tel crime est trop odieux pour être
réparable !
Il est définitivement irréparable ! C’est
cet irréparable que nous devons sacraliser ! C’est en le
sacralisant tous
ensembles que nous révélerons, pour mieux les habiter, les paysages si
précieux
de l’humain !
Par la sacralisation de
l’irréparable, c’est l’esprit dominateur que nous
enrayons ! C’est l’exploitation systémique que nous
abolissons !
C’est le droit au développement que nous exigeons ! C’est
l’idée de
décroissance que nous engageons ! C’est la démocratie
économique mondiale
que nous appelons à instaurer ! Ce sont les droits des
opprimés, des
exclus et des pauvres que nous concevons comme imprescriptibles et
inaliénables !
C’est le droit la vie pour tous que nous plébiscitons !
Face à la barbarie
occidentale, l’ensauvagement de l’homme, Aimé Césaire
n’a pas fait que condamner la colonisation. Il aussi condamné le
capitalisme,
la bourgeoisie, les profiteurs. Il a toujours associé au combat pour la
décolonisation celui des luttes menées par le prolétariat pour son
émancipation
sociale. Il a vu large, il a vu loin !
Je suis donc pour ce qui nous
permet d’atteindre les objectifs de
liberté, de progrès et d’autonomie. Pour atteindre ces objectifs, il
existe un
passage obligé : celui de la reconnaissance. La
reconnaissance de mon
identité en tant qu’être, en tant que martiniquais, de ma personnalité
collective en tant que peuple.
Je suis pour la reconnaissance
des peuples et des cultures, celle qui
nous dépouille de tout complexe d’infériorité, mais aussi celle qui
dépouille
l’ex-colonisateur de toute idée de supériorité fondée sur une
hiérarchisation
des races.
Je suis pour l’abolition des
frontières d’inspiration raciale, pour
qu’aucun peuple, aucun homme, ne soit victime en ce 3ème
millénaire d’une ligne de partage liée à la couleur de la peau..
Aux consciences éveillées, je
plaide pour les droits individuels et
collectifs de l’Homme. Aux exploiteurs et aux profiteurs de toute
espèce, je
demande une nouvelle liberté, une liberté d’initiative inscrite dans
une
nouvelle démocratie économique. Un homme qui est accepté dans le
respect de sa
différence culturelle, est capable de construire le cadre nécessaire, à
l’expression de toutes les formes de liberté et de progrès. Un homme
qui subit
les inégalités sociales et économiques par des préjugés historiques,
est un
révolté en puissance, un rebelle inévitable !
L’idée de
« Réparation » comme celle de
« rattrapage »
conforte la dépendance. C’est un compromis douteux. Je préfère
instituer,
autour de la notion sacrée de l’irréparable, la reconnaissance et
l’accès a un
double droit : le droit à la différence et le droit à
l’initiative. Je ne
suis pas un adepte de tractations intellectuelles et morales, la
première des
libertés c’est la liberté de penser. Aimé CESAIRE le sait, qui nous
dit : « Ce n’est pas par la
tête que les
civilisations pourrissent c’est d’abord par le cœur ».
Alors, c’est quoi cette
« reconnaissance » ?
Ce n’est pas seulement un
« besoin » de reconnaissance, c’est
aussi un besoin de respect. Et c’est même plus qu’un besoin :
c’est une
exigence de respect !
Tout déni de reconnaissance
est une forme d’humiliation. C’est pour cela
que cette exigence de reconnaissance s’ouvre aussi :
- Sur la protection des droits
fondamentaux
- Sur la reconnaissance des
besoins spécifiques dans le respect des identités
- Sur la reconnaissance de
l’humanité de l’homme dans une perspective universelle.
Chers
camarades, chers amis, le défi qui se présente à nous aujourd’hui et
qui
d’ailleurs préoccupe de nombreux martiniquais : c’est celui de
l’évolution
institutionnelle.
Le PPM est parti autonomiste.
Nous n’avons aucune leçon à recevoir de qui
que ce soit. Si nous sommes prêts à accepter un
accord sur l’idée majeure
d’Aimé Césaire, nous ne consentirons jamais à une Autonomie bâclée, ni
à une Autonomie
fragile et éphémère !
L’Autonomie n’est ni une
tractation juridique, ni un enfermement
procédurier. L’objectif n’est pas d’obtenir une place au paradis par un
choix
précipité, irréfléchi et dangereux. Pour les martiniquais et pour la
Martinique, il s’agit d’un moment d’une extrême importance. L’occasion
d’un
véritable recommencement. C’est un recommencement qui pourrait nous
permettre,
(si nous avons le courage et l’audace nécessaires, le courage
de la femme
illustrée par Khokho,) de garantir les
droits acquis liés à l’égalité et d’ouvrir
des perspectives d’une société structurée autour de la
responsabilité.
Il faut sortir d’une première
dépendance. Celle de l’esprit (dépendance
morale et intellectuelle). C’est la condition première pour pas se
contenter de
la solution de l’Autre, La solution dévolue avec condescendance voire
avec
mépris. C’est la condition première pour rester fidèle au père de la
nation
martiniquaise et garder vivante l’étoile de sa pensée.
Je crains d’avoir compris ce
que cette démarche à laquelle nous avons
assisté lors du dernier Congrès, peut comporter comme stratégie
dangereuse : le meilleur moyen
d’exterminer l’autonomie, c’est d’organiser son échec pour mieux
éliminer
l’idée !
C’est un choix sans doute
machiavélique ou irresponsable, mais il est clair
que le PPM ne s’associera jamais à de telles manœuvres !
Nous voulons,
- Partager les valeurs
démocratiques et universelles avec la France et l’Europe fondées sur
les principes d’égalité et de respect. Ce qui loin d’être le cas,
lorsque l’on voit les modalités du scrutin des élections Européennes de
juin 2009.
Nous voulons,
- Instituer les aptitudes
nécessaires pour une autonomie explicite et permanente. Fonder le socle
d’une assemblée capable d’auto-instituer des lois et des règles propres
à l’organisation de la collectivité martiniquaise.
Alors ce recommencement aura
un double intérêt :
Consolider
le socle de
l’égalité
à partir des droits constitutionnalisés ; et
ouvrir les perspectives
d’une responsabilité
ouverte à nous-mêmes dans le cadre d’une
République de diversité, et respectueuse
des différences.
Egalité, oui !
Liberté, oui !
Fraternité… peut-être.
Mais je préfère,
disais le
poète : identité !
Tu es mon frère, je suis ton frère, je veux bien. Mais quand tu
reconnaîtras
d’abord en moi un être, sa culture et sa personnalité, on parlera de
fraternité !
L’identité me semble plus appropriée.
C’est en fait la recherche du
sens. La recherche d’une voie nouvelle.
C’est une ambition qui n’est ni dans le séparatisme, ni dans le
larbinisme, ni
dans l’abdication, et surtout pas dans le conformisme
institutionnel ! C’est
la lutte permanente du peuple martiniquais en lutte pour son
émancipation, en
lutte pour toutes les libertés et pour l’égalité !
Certains ont oublié, moi je
n’oublie pas ! Nous, nous n’oublions
pas ! Le peuple martiniquais n’oubliera pas et nous avons tous
en mémoire
le discours des 3 voies et des libertés : « ce
qui est acquis est acquis, ce qu’il faut gagner c’est ce qu’il faut
rajouter à ce qui est acquis, c’est-à-dire : les libertés
autonomes… ».
Ce ne sera pas une bataille
facile !
Comment faire pour que la
France sorte de sa tradition Jacobine ? Comment
faire en sorte qu’elle comprenne que les différences existent et se
transforment,
et qu’elles ne disparaissent jamais. Certes, il n’y aucune
sacralisation, ni
des idées, ni de la culture politique et ni de l’autoritarisme
centralisé. Mais
si la France veut demeurer dans une sorte d’holisme des sociétés
anciennes,
elle fera partie du lot des pays d’Europe (peu nombreux) dont le retard
sur l’autonomie
régionale est condamnable. Un pays qui réduit des peuples entiers à une
stérilité de leur énergie et de leurs initiatives, en leur instillant
une
nouvelle forme d’avilissement : celle de la dépendance, et, en
fin de
compte, en prolongement inévitable, celle de l’humiliation !
Dans les sociétés
contemporaines, l’unité culturelle est la base de
l’unité politique mais cette unité ne peut se priver de la diversité
des
identités et des patrimoines. La crise d’autorité généralisée que nous
avons
connu en Martinique et en Guadeloupe, l’ébranlement d’un ordre social,
se sont doublés
d’une crise d’identité qui reflète une crise plus générale :
celle de la
démocratie représentative. Crise tellement profonde qu’elle nous impose
de ne
pas bricoler au bon vouloir du législateur mais de nous élever
à la
dimension innovante qu’exige la circonstance. Crise tellement profonde
qu’elle
nous oblige à ne pas accepter cette conception occidentale du progrès
porté par
l’oracle juridique. C’est au Droit de s’adapter aux réalités des
peuples, et
pas le contraire !
Alors, chers camarades, cette célébration
du 22 mai ne peut être
l’occasion, ni d’un reniement, ni d’une abdication. Ceux qui se
contentent de
brandir l’évangile d’une Constitution contre les aspirations
des peuples
ont abdiqué devant l’essentiel. Ils ont déserté leur devoir de
combattant pour
une cause noble et juste : celle de
l’Autonomie véritable qui ne peut se fonder que dans l’autonomie de la
pensée,
l’autonomie de la conception, l’autonomie de la mise en œuvre,
l’autonomie de
l’imagination ! C’est cette autonomie seule qui peut
concilier liberté
et égalité dans le cadre d’une République unie…
Je vous demande de résister à
toutes facilités, à tout abandon, et à
toutes les formes d’assujettissement de votre capacité à penser et à
imaginer.
Que l’esprit du 22 mai vous
habite !
Serge LETCHIMY
22
mai 2009
|
|