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Guadeloupe : ces jeunes chôment sur un volcan

jeunes antillaises

Rachel, Priscilla et Meggy à la Mission locale pour l'emploi de Pointe-à-Pitre. : Marc Pennec

Un sur deux est au chômage. C'est la région d'Europe la plus touchée. Plongée nocturne dans Pointe-à-Pitreà l'heure où s'ouvrent, aujourd'hui à Paris, les États généraux sur l'avenir des Dom.

Reportage


POINTE-A-PITRE (de notre envoyé spécial). - Comme tous les soirs, passé 20 h, la ville s'est vidée. La nuit de Pointe-à-Pitre appartient aux pao, ces jeunesdéfoncés au crack dont les silhouettes furtives filent à l'angle des rues ou aux bandes qui contrôlent les cités Henri IV ou Chanzy. Ces cités, où l'humidité tropicale laisse d'immenses taches sombres, poussent en pleine ville.

Sous les néons du petit restaurant indien, un des rares ouvert le soir à Pointe-à-Pitre, Tyrak bouge, tourne, comme le rappeur qu'il est. Casquette rouge, tee-shirt et bermuda blancs, brillants aux oreilles. « Moi aussi j'ai fait des conneries. Aujourd'hui, j'ai un enfant. J'ai plus de perspectives. » Tyrak est « chanteur militant ». Son premier album s'appelle « Kouté Pou Tan » ( »Il faut écouter pour entendre »). Il dit : « Beaucoup de jeunes arrêtent en 4e ou 5e, ils savent à peine lire ou écrire, ne savent pas taper un CV. Dur ! »

« Sous les cocotiers à jouer du tam-tam »


Les chiffres sont implacables. Selon l'institut de statistiques Eurostat, en Guadeloupe, plus d'un jeune sur deux (15-24 ans) est au chômage. C'est la région d'Europe la plus touchée. Devant la Réunion, la Martinique et la Sicile.

« Le même scénario que dans les banlieues !, se désole Patricia Blafran-Trobo, universitaire et écrivain. Qu'est-ce qu'on propose à ces jeunes en échec scolaire ? L'entretien des espaces verts pendant deux ans et après, fini. La Formation? La seule Afpa qui existait a été fermée il y a un an. » Comment s'étonner, dès lors, de rencontrer dans chaque commune de l'île ces groupes de jeunes à la dérive, vidant de la bière, fumant de l'herbe ?

Mission locale, les Abymes, banlieue de Pointe-à-Pitre. Meggy, 22 ans, pantalon de treillis, allure décidée. Elle y va de son revers : « Beaucoup de jeunes s'en foutent. Vivent au jour le jour. Je ne veux pas d'une vie à stagner dans un coin, à boire et fumer. » Il y a du défi dans la voix. « C'est bon, on passerait notre temps sous les cocotiers à jouer du tam-tam. Paradisiaque, quoi. Ça, c'est l'idéologie des Métros ! »

Meggy est métisse. Elle a arrêté ses études après deux années en fac de biologie, elle a cassé ses rêves, en tout cas les a mis de côté. Tout comme Rachel, 23 ans, étudiante en graphisme, qui voulait travailler dans la pub, ou Priscilla, même âge, qui, malgré sa licence de « gestion-éco », a renoncé à devenir expert-comptable. Pas de débouchés.

« Plus ta peau est claire... »

Meggy et Rachel vont se convertir en « agents mobiles d'information touristique ». Priscilla est en stage au Crédit agricole. Ces trois jeunes femmes savent déjà tout de la dureté du marché du travail. Savent parfaitement ce que signifie « Bo chapé... sauvé » (« Plus ta peau est claire, mieux tu peux t'en tirer »).

« Avant, s'agace Rachel, les employeurs nous reprochaient de ne pas être formés. Depuis une dizaine d'années, ça a changé. Et ça n'avance pas. Ils ont peur de gens qui revendiqueraient trop. »

Commentaire amer de Patricia Blafran-Trobo : « La Guadeloupe est une ancienne colonie dont la structure de management supérieur reste blanche. Les jeunes d'origine africaine ou indienne sont exclus. Et le premier à montrer le mauvais exemple, c'est l'État. Le préfet et son staff sont tous blancs et viennent de France. »

« Si le plan capote, c'est la guerre ! »


Économie bloquée, discrimination à l'embauche, les jeunes diplômés guadeloupéens quittent désormais volontiers leur île pour le Canada, la Grande-Bretagne, l'Australie. Meggy, Rachel et Priscilla veulent y rester. Quel avenir pour tous ces jeunes ? « Il faut un plan d'urgence, des projets réalistes, tranche Max Laurent, le directeur de la Mission locale. Et travailler avec méthode. Parce que si ce plan capote, c'est la guerre. Attention à un mouvement spécifique des jeunes. Je crains le pire. »

Une classe de jeunes intellectuels est en train d'émerger. Elle parle. S'oppose. « Contrairement à nos grands-parents, dit Tyrak, nos parents qui ont été sonnés, muselés, se sont laissés faire. » TiMalo a 35 ans, il est directeur informatique et... slameur. Il a passé dix ans à Paris. « On revient décomplexé et on attend autre chose que de belles phrases en français. Cette génération a des choses à dire. Il y aura du bruit pendant les élections régionales. Les gens vont être surpris. »

Marc PENNEC.
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Un van de liberté un esprit insoumis