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La TVA non
perçue récupérable dans les
DOM
Un concept domien
non exportable
Les voies de la
politique fiscale sont impénétrables,
surtout dans les DOM/TOM. Nous en voulons pour preuve
l’existence d’une
aberration, le mot n’est pas trop fort s’agissant de la TVA perçue dans
trois
DOM sur quatre : Guadeloupe, Martinique et Réunion [1 ] . En effet,
selon la législation douanière en
vigueur, certains produits normalement importés mais également réalisés
sur
place, se retrouvent totalement 20exemptés de TVA. Mais cette
exonération
s’accompagne d’une caractéristique incongrue et en réalité
illégale : la
TVA non perçue récupérable. Soit la possibilité pour le professionnel
local
situé en bout de chaîne de facturer la TVA (d’ailleurs au taux
dérogatoire
commun 8,5%) et de récupérer la TVA sur l’ensemble de la valeur du bien
acquis
alors même qu’il n’a pas eu à l’acquitter en amont… Ceci constitue une
subvention de fait et une aide d’Etat au sens communautaire. La récente
LODEOM
a failli revenir sur cette bizarrerie fiscale mais s’est finalement
contentée
d&rsquo ;une retouche en trompe-l’œil. Dommage.
La TVA Non Perçue Récupérable,
une mauvaise niche fiscale pour
limiter les prix dans les DOM :
A l’origine il s’agissait de permettre aux importateurs et aux
exportateurs de
l’île, de compenser le coût du transport occasionné par l’éloignement
insulaire [2 ]. Dans
l’esprit de l’administration, ce
dispositif devait également permettre, au moyen de l’exonération et de
la
récupération de TVA, un contrôle des prix à la consommation [3 ] sur la vente
d’un certain nombre d’articles
afin de les conserver dans des limites raisonnables. L’administration
escomptait que les entreprises bénéficiaires répercuteraient cette
subvention
indirecte sur le prix de vente, et contribueraient ainsi à limiter la
hausse
des prix. Le problème, c’est que le système mis en place, mal
architecturé et
dépourvu de contrôle (le formulaire de déclaration de la TVA ne
contenant pas
de case relative au régime de la TVA NPR,
interdit de la différentier de la TVA déductible) a conduit à ce que
les
entreprises estiment pour acquises ces récupérations de TVA et en
fassent une
composante de leur chiffre d’affaires. Avec un second effet
pervers : la
tendance pour les opérateurs en début de chaîne de prendre des marges
très
importantes qui bénéficieront in fine aux opérateurs qui collecteront
en
dernier ressort la récupération de TVA non perçue sur l’ensemble.
A ces pratiques
commerciales
renforcées par le manque de concurrence due à l’insularité, se sont
ajoutées
également des fraudes (livraisons fictives à soi-même, augmentation du
droit à
compensation par allongement de la chaîne des intermédiaires ou par
augmentation « artificielle » des marges etc…) et
quelques incohérences :
le bénéfice du dispositif a été étendu à des entreprises qui effectuent
elles-mêmes des ventes exonérées [4 ] . Pour
bénéficier du système, il faut donc
utiliser un double critère, celui de l’activité assujettie et exonérée
ou non
de TVA sur lequel se greffe celui de la nature du produit pour savoir
si la TVA
non perçue est bien récupérable. La liste des biens exonérés est
d’ailleurs
sensiblement différente et propre à chaque île. Initialement composée
de 80
produits, la liste en comporte aujourd’hui environ 8000 au gré des
ajouts effectués
par l’administration des douanes. Cet inventaire à la Prévert peut
friser le
ridicule : ainsi sont éligibles 20les modems de réseau local
mais pas ceux
permettant d’accéder à internet, les véhicules 4x4 longtemps admis ne
sont plus
exonérés que pour les véhicules utilitaires, les téléphones GSM
longtemps
exonérés ne le sont plus depuis le 31 décembre 2006 etc…
Comble de
malchance, cette
disposition fiscale rentre en contradiction avec une autre spécificité
fiscale
des DOM : l’octroi de mer. Cette dernière taxe se décompose en
un octroi
de mer « départemental » auquel vient s’ajouter un
octroi de mer
« régional ». A la Réunion par exemple, certains
produits exonérés de
TVA à l’importation et ouvrant droit à la TVA NPR ne sont pas pour
autant
exonérés d’octroi de mer. Cela concerne notamment le secteur du BTP
(matériel
de transport de marchandises, préfabriqués, charpentes métalliques)
soumis à un
octroi de mer de 6,5% (4,5% pour l’octroi de mer départemental et 2%
pour
l’octroi de mer régional) lorsqu’une production locale de ces mêmes
éléments
existe. En conséquence, les efforts budgétaires nationaux consentis
afin de
compenser l’éloignement géographique se retrouvent en partie annulés
par
l’octroi de mer qui bénéfice aux collectivités locales domiennes.
La TVA NPR, un
système illégal sans fondement juridique solide :
Cette TVA non perçue récupérable est en réalité totalement illégale au
sens
premier du terme, puisqu’elle n’a jamais été autorisé par le Parlement
alors
que tout ce qui relève de la TVA est du domaine de la loi. C’est
l’administration elle-même qui, par une décision ministérielle du 2
novembre
1953, a créé ce régime ad hoc. Celui-ci a été consolidé par
l’instruction
fiscale du 30 juin 1954 puis par l’instruction n°3 G 242 de juillet
1998, et
validé par la commission européenne au titre de l’article 88 TCE
relatif aux
aides d’Etat, et récemment reconduit par 20la commission pour la
période
2007-2013 par la décision C(2007) 5115 du 23 octobre 2007 [5 ]. D’ailleurs,
pour mieux dissimuler cette
disposition quasi-législative sans t exte, l’administration fiscale
s’est même
permise de remplacer le législateur en inscrivant le dispositif au sein
même du
CGI à l’article 295-1-5° CGI ainsi qu’aux articles 50 undecies et
duodecies de
l’annexe IV du même code… un comble !
D’après un
rapport de l’inspection
générale des finances, le coût de la TVA NRP était évalué en 2008 entre
220 et
248 millions d’€ rien qu’en ce qui concerne le montant des restitutions
offertes aux entreprises domiennes. Ce chiffre ne représente en fait
que le
coût brut évalué par Bercy car en réalité la TVA NPR est considérée
comme une
subvention donc comme un revenu fiscalisé et soumis à l’impôt IR ou IS
de
l’entreprise concernée. Son coût net est donc bien plus proche des 160
à 180
millions d’€. La réforme de la TVA NPR introduite par la loi pour le
développement économique de l’outre-mer (LODEOM) vise avant tout à en
limiter
l’impact budgétaire. Selon le ministère des finances, cette
modification
permettra d’économiser de l’ordre de 124 millions € de la dépense
fiscale
brute. Les économies réalisées se répercuteront en termes d’IS, ce qui
risque
de réduire le coût net de la dépense fiscale aux alentours des 100
millions
d’€. L’article 15 de la LODEOM vise à produire une canalisation de la
TVA NPR
sur les investissements neufs constituant des immobilisations [6 ] (dispositif
plus facile à contrôler et avant
tout en douane) conjointement à une individualisation sur le formulaire
CA3 de
la récupération de la TVA non perçue mais avant tout malheureusement de
permettre la validation législative d’un dispositif illégal.
Bref, rien de
très ambitieux,
mais des arrangements de façade. Il aurait fallu tout simplement
supprimer ce
dispositif en anticipant une réduction substantielle des subventions
étatiques
et européennes en direction des DOM. En effet, le statut de
RUP (région ultrapériphérique)
des DOM au sens de l’article 299 TCE permet à ces territoires de
bénéficier de
mesures d’aides particulières et dérogatoires au droit commun
communautaire
(article 87-3-a TCE). Pour bénéficier au maximum de ces aides, il faut
que le
PIB par habitant du territoire soit inférieur à 75% du PIB/habitant de
la
moyenne communautaire. Actuellement la R&eacut e;union est à
60,6%, la
Guadeloupe à 67,3% et la Martinique à 74,9%. Il aurait donc été
judicieux de
supprimer dans la LODEOM la TVA NPR afin de se mettre en accord avec ce
que ne
manquera pas de réclamer Bruxelles dès que ces DOM passeront la barre
fatidique
des 75 %.
Samuel-Frédéric Servière
[1 ] Manque la
Guyane, mais cette absence s’explique justement par le fait qu’il n’y a
pas de
TVA dans ce département français.
[2 ] La
législation douanière européenne
impliquant que les DOM soient considérés comme des pays tiers à l’Union
en
matière de TVA et les biens qui y sont acheminés comme des exportations
avec
toutes les conséquences tarifaires qui s’y rattachent, renchérissant du
coup le
prix des articles importés.
[3 ] Ce
régime dit de TVA NPR (pour TVA non
perçue récupérable), s’applique pour les investissements ainsi que pour
les
achats de biens de consommation intermédiaire (incorporés dans la
production) à
l’exclusion de l’achat-revente.
[4 ] Dans
ce cas ces entreprises demandent
un remboursement d’impôt pour un service non taxé (article 295-I-5° du
CGI).
[5 ] La TVA
NPR étant reconnue comme l’aide
d’Etat N524/2006 p.7 de la décision.
[6 ] Donc
suppression corrélative de la
récupération de TVA sur les achats. Dispositions qui seront inscrites
dans le
futur article 295 A 1, et modifiant du coup les articles 50 undecies et
50
duodecies de l’annexe IV du CGI.
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