La
reine du soca Alison Hinds prend d'assaut le Métropolis
Alison Hinds est probablement
l'une des plus grandes stars
internationales dont vous n'avez jamais entenduparler.
Quatre ans après sa
sortie, les radios commerciales et les DJ d'ici, des Caraïbes,
d'Amérique
centrale et d'Afrique diffusent encore régulièrement son succès Roll It
Gal.
Son nom reste pourtant encore peu connu du grand public à l'extérieur
des
Caraïbes anglophones. Sa conquête du marché international a débuté avec
son
ancien groupe Square One, l'un des plus grands noms de la musique
antillaise
des années 90. La seule pièce Faluma, reprise d'une chanson du
Suriname, est
restée au sommet des palmarès du Guatemala pendant 49 semaines
consécutives. Cette
chanteuse de la Barbade présente enfin son premier album solo, paru en
2007, au
Métropolis de Montréal, qu'elle chauffera de ses rythmes antillais
demain.
La «reine du
soca», un titre que personne n'ose lui contester, est en
effet la tête d'affiche de la soirée urbaine du festival Festiraam, en
compagnie du groupe ivoirien Espoir 2000 et du Montréalais d'origine
guinéenne
Lord Kemy. La deuxième édition de ce festival consacré à la musique
africaine
et antillaise est portée à bout de bras par l'ancien programmateur de
Nuits
d'Afrique, Tidiane Soumah, et parrainée par Ismaël Lô, tête d'affiche
du
spectacle consacré à la musique du monde ce soir au même endroit.
La musique soca est marquée par la rapidité de sa section rythmique. Le
terme
«soca» serait un diminutif de soul et calypso, quoique certains, dont
Hinds, y
voient plutôt la contraction de Southern et Caribbean. Le genre inspiré
en
partie de la musique est-indienne, dont une diaspora importante est
présente
dans cette région des Antilles, sert aujourd'hui à nommer la plupart
des
musiques festives des caraïbes anglophones.
«Il y a des gens qui connaissent le calypso d'Harry Belafonte, mais ce
n'est
pas ça du tout, raconte Hinds, jointe plus tôt cette semaine à sa
demeure de la
Barbade. C'est définitivement plus moderne et très rapide. C'est une
musique
très interactive puisqu'elle vous fait bouger les mains, la taille et
tout le
corps. C'est une musique joyeuse et entraînante.»
Loin des
revendications politiques du calypso, le soca sert avant tout à
oublier ses tracas et à faire danser. Pourtant, grâce à ses mélodies et
à sa
rythmique entraînante, Hinds est devenue l'un des plus grands modèles
de femme
indépendante de l'industrie de la musique antillaise. Avec son refrain
accrocheur, la chanson Roll It Gal encourage justement les femmes à
être fières
de ce qu'elles sont.
Hinds est d'ailleurs la première femme à avoir remporté la compétition
annuelle
du carnaval de Barbade, communément appelé Road March, en 1996 et en
1997, avec
Raggamuffin et, l'année suivante, In The Meantime.
«Je suis très passionnée par cet enjeu, précise la chanteuse, non
seulement
dans mes chansons mais également dans mes spectacles. Les jeunes femmes
ont
particulièrement un problème avec l'estime de soi. Elles traitent leur
corps
comme si elles en avaient un autre quelque part, comme si ce n'était
pas une
chose importante.»
Hinds a
également dû justifier auprès de certains critiques son choix de
continuer à faire de la musique après sa maternité. Dans cette musique
connue
pour sa sensualité, l'image de la mère et celle de la femme sexuée se
confrontaient, d'autant que plusieurs chanteurs de la puissante
industrie
musicale jamaïcaine sont tristement célèbres pour leur discours aux
connotations sexuelles qui frisent la misogynie.
«Les pièces dancehall et reggae [jamaïcaines], qui sont désobligeantes
envers
les femmes, c'est le genre de musique que j'essaie d'éviter,
précise-t-elle. Je
ne peux pas faire en sorte que les gens arrêtent d'en produire.
Laissons-les
faire, mais j'encourage les radios et les endroits où les jeunes filles
et les
jeunes garçons peuvent les entendre à ne pas les diffuser. Il ne faut
pas
qu'ils grandissent avec une mauvaise image des femmes, ce qui serait un
obstacle à un respect mutuel.»
Ancrée dans le patois local de la Barbade, hybride créole et anglais,
la
carrière nord-américaine de Hinds doit tout de même beaucoup aux succès
sans
précédent du ragga et dancehall dans les radios nord-américaines des
dernières
années (le succès de Sean Paul en est le meilleur exemple). Ce faisant,
les
décideurs de ce grand marché anglo-saxon, habituellement réfractaire à
la
musique dont ils ne comprennent pas les paroles, semblent avoir accepté
l'idée
d'en comprendre seulement quelques bribes.
«La musique soca provoque des réactions différentes selon que l'on
comprend les
paroles ou non. La mélodie, les arrangements, toute l'énergie peuvent
aller
tout de même chercher des gens qui n'y comprennent rien. Par exemple,
j'adore
le merengue et la salsa. Je ne parle pas l'espagnol, mais je peux
apprécier la
musique. J'aime la manière dont la musique s'assemble et son énergie.
Les
chansons d'amour sont très passionnées, les chansons plus festives te
font
transpirer. Je n'ai pas besoin de comprendre ce qu'ils disent mais le
message
se transmet tout de même. Il n'y a plus aucune barrière à la bonne
musique.»
Reconnue
pour ses performances enlevantes, cette bête de scène antillaise aura
tout de même de très bons acolytes pour chauffer la foule. Le groupe
mythique
Espoir 2000 de la Côte d'Ivoire la précédera sur scène. Ce duo est l'un
des
groupes phares, avec Magic System, entre autres, de la deuxième
génération de
musiciens d'un genre nommé zoulgou. Cette musique festive est née des
revendications politiques des universitaires d'Abidjan au tournant des
années
90.
Après deux albums à saveur patriotique et promouvant la paix durant la
guerre
et les troubles politiques qui ont divisé la Côte d'Ivoire de 2002 à
2007,
Espoir 2000 a retrouvé dernièrement son humour sarcastique sur une
musique
toujours aussi festive.
Également au programme samedi, le chanteur Lord Kemy, de la Guinée,
aujourd'hui
installé à Montréal. Avec son mélange de rap et de dancehall, le groupe
de Lord
Kemy, Leg Def, a remporté le prestigieux trophée Kora en 2005 dans la
catégorie
du meilleur artiste ragga d'Afrique.