LES CLEFS DE SAINT-PIERREContemple le volcan,
revêtu
de verdure.
Écoute
le doux chant
que
le vent lui murmure…
Écoute la Pelée,
elle s’enfle, elle gronde,
elle semble appeler
sur nous la fin
d’un monde !
Regarde un peu là-haut
la montagne qui
fume !
Ce n’est rien que
l’anneau
qui l’enserre de brume,
seulement la couronne
que lui fait la nuée.
Mais j’entends, terrifié,
la voix du roi qui
tonne !
Et, vois-tu, il me semble
que ce bruit souterrain,
c’est bien la terre qui
tremble
devant sa voix d’airain.
Écoute la Pelée,
elle s’enfle, elle
gronde,
elle semble appeler
sur nous la fin
d’un monde !
Une blessure à son flanc
coule ostensiblement,
rendant incandescente,
du grand volcan, la
pente.
Dans la nuit de Printemps
la lave qui descend
doucement, doucement
a la couleur du sang,
du sang de tes enfants,
insouciante Saint-Pierre
que le dôme en colère
va réduire à néant
en un très court instant,
aux hommes ne laissant
pas même le peu de temps
pour dire une prière.
Sur la ville endormie
s’est abattu
l’enfer.
Les clefs du
paradis
ne sont plus à
Saint-Pierre…
J’ai vu la terre se
fendre
et la ville et l’espoir
se fondre dans le noir
sous une pluie de cendre,
de vapeur délétère,
telle l’ombre messagère
de l’ange de la mort
sur Saint-Pierre qui
s’endort
de son dernier sommeil,
dans le silence du port
de cette grise aurore
de ce jour sans soleil.
Sur la ville endormie
s’est abattu
l’enfer.
Les clefs du
paradis
ne sont plus à
Saint-Pierre…
Sur les tombes, à présent
des fleurs ont repoussé.
Saint-Pierre après cent
ans
de ses cendres renaît.
Mais les hommes jamais
ne pourront oublier
la terrible colère
qui embrasa les
airs !
La Pelée rendormie
a cessé de gronder
À ses pieds s’épanouit
un monde restauré.
Nous pouvons espérer
qu’enfin, dès
aujourd’hui,
Saint-Pierre ait retrouvé
les clefs du paradis…
Patrick
MATHELIÉ-GUINLET
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