Lanca
degli stornazzi
J’ai
terminé
de donner mes cours au lycée de
Locarno, l’un des cinq lycées publics
que compte le canton, celui où je professe
existe depuis 1974, il compte
700 étudiants venant la région appelée le
Locarnese.
Je décide
avant d’entrer à la maison, de passer un moment au bord du lac.
J’arrive à
Locarno vers 16 h, et
je vois des vieux
assis sur des banquettes au bord de l’eau, qui discutent entre eux, un
au
regard heureux fait des câlins à un
bébé, qu’une mère promène dans une
poussette.
Plus loin,
j’aperçois un pic rouge tapant sur le tronc d’un peuplier presque mort, il cherche des fourmis et
des insectes. Les
oiseaux sont partout, l’air est plus chaud, l’hiver semble un souvenir
déjà
bien lointain. Les touristes de Pâques sont partis, bientôt arriveront
les
masses estivales pour
jouir des
activités sportives lacustres.
J’arrive à
la «Lanca degli stornazzi»,
un ancien bras de la Maggia, un
important affluent du lac Majeur. Je vois des cygnes magnifiques se
déplaçant,
puis c’est une femelle de colvert avec ses dix poussins et plus en avant, un couple de
foulque tout noir avec
un bec blanc surmonté d'une plaque frontale blanche et des yeux rouges,
nageant
avec leurs cinq poussins. Les parents
ne s’éloignent guère,
essayant
de se tenir à distance des canards qui s’approchent de leurs petits, souvent ils plongent à la recherche de
nourriture pour les
poussins.
En arrière
fond, j’admire les
montagnes aux blancs
sommets, dont
la neige fondue alimente
les eaux du lac. Toute cette étendue d’eau
donne un sentiment de quiétude et de
paix, seuls les imprévisibles
orages d’été rompent le charme, rendant
le lac menaçant.
Le temps
passe, il court, il
faut quitter le
lieu, malgré mon envie
de continuer
à surveiller tous ces différents
palmipèdes
nageant dans les eaux du lac Majeur.
J’y
reviendrai dans quelques jours voir comment les poussins ont grandi.
Après des
jours de fortes pluies, 200 mm d’eau
sont tombés en trois jours, le niveau du
lac est monté de plus d’un mètre.
Le soleil est revenu, la pluie a cessé, Je retourne
sur les bords du lac, les cinq poussins ne semblent pas avoir
souffert du déluge, ils sont toujours avec
leurs parents qui continuent à s’en occuper
inlassablement. Caché entre les branches
des saules désormais sous
l’eau, un poussin foulque crie
désespéré, peu après un adulte vient le nourrir, la foulque me regarde
inquiet,
voudrait m’éloigner de son petit,
qui
semble être né pendant les pluies, un autre adulte apparait, j’ai
l’impression
qu’ils ont perdu tous les autres poussins et qu’ils sont
particulièrement
anxieux pour le seul ayant survécu.
Je me
souviens qu’en 2000, les pluies avaient grossi le lac,
au point
qu’il arriva jusque sur la Piazza,
pendant plusieurs jours, toutes
les activités
furent paralysées. Beaucoup
de poussins avaient dû périr lors
de cette crue, sans doute.
Aujourd’hui,
je suis repassée pour voir comment les
palmipèdes continuent leur vie au bord du lac, le couple avec un seul
poussin
était en pleine activité, toujours très attentifs à éloigner les autres
oiseaux
où à cacher son petit, l’autre famille n’a plus que trois poussins, qui
sont
devenus plus indépendants, maintenant
ils cherchent à se nourrir d’herbes et d’algues sans l’aide des parents.
Au centre de
la Lanca degli stornazzi, il y a une petite île où un cygne couve ses
œufs, le
male entre temps
nage superbe aux milieux
des canards et des foulques, qui l’évitent, il semble vouloir imposer
sa
suprématie, il est le roi de la Lanca, des fois il s’approche des
poussins et
des nids des autres palmipèdes qui tentent de leur mieux de l’éloigner.
Au passage
d’un groupe de poisson un grèbe huppé plonge et émerge de l’eau avec un
gros
poisson qu’il engloutit avec un peu de difficulté, son cou prend
temporairement
la forme du poisson qui est avalé vivant.
Je revois
aussi la cane colvert avec ses canetons, il y en plus que six, ici la
vie
semble apparemment paisible, mais dès qu’on est plus attentif,
on s’aperçoit que c’est la lutte pour la
survie, qui tous les jours se joue.
F.
Palli
Texte
et photographies
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