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Contribution de S. LETCHIMY,
Grenelle de la mer : atelier n°4 : Pour une
gouvernance rénovée de
l’espace maritime outremer
La France des trois
océans,
2ND ESPACE MARITIME FRANÇAIS…GRACE A
L’OUTREMER :
Le Droit de la mer et plus particulièrement la
convention de Montego
Bay, signée en 1982, ont donné à la France, avec plus
de 10 millions de km², le statut de 2ème
puissance mondiale pour l’étendue de sa Zone Economique
Exclusive (ZEE) et de ses plateaux continentaux. Cependant, seule une part infime (2,6 %) de ces espaces
maritimes borde l’hexagone, l’essentiel étant situé autour
des départements
et territoires d'outre-mer, dont près de la moitié baigne la seule
Polynésie
française.
Ainsi, Saint-Pierre et
Miquelon,
Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélémy, Guyane, la
Réunion,
Mayotte, Wallis et Futuna, îles Eparses, Terres australes et
antarctiques,
Polynésie, Nouvelle Calédonie, Clipperton... Les collectivités
d'outre-mer
donnent à la France le deuxième espace maritime mondial et lui assure
une
présence sur toutes les mers de la planète et des points d'appuis
stratégiques
primordiaux.
Le
grenelle de la mer doit donc être l’occasion de définir une nouveau
mode de
gouvernance mondiale de la mer en lien étroit avec les collectivités
d’outre
mer dans une perspective de gestion
raisonnable et pacifiée des ressources marines et d’une protection des
écosystèmes, des habitats et des espèces marines.
Il est clair que si la mer représente
l’enjeu géostratégique du 21ème siècle, c’est
également et avant
tout un enjeu et atout majeur de développement économique pour
l’outremer.
De nouveaux modes de régulation et de
gouvernance sur les questions de la pêche, le tourisme, le transport
maritime,
l’exploitation des ressources marines, les énergies renouvelables
marines, la
recherche, la formation, la défense et les activités maritimes sont au
cœur du
développement économique de ces territoires ultramarins.
Au-delà de la
relation Hexagone –territoire d’outre mer, un axe fondamental de
réflexion
réside dans l’ouverture des territoires d’outre mer vers leurs voisins
les plus
proches afin d’organiser ensemble les moyens d’un développement
régional
commun.
Plus
que jamais, il est important de donner à ces territoires le degré
d’autonomie nécessaire en matière de gouvernance et de coopération
régionale
afin de faciliter leur insertion dans leur espace régional et d’en
faire de
véritables relais de la politique française à l’international.
Le
grenelle de la mer constitue l’opportunité de pouvoir :
· Améliorer
l’influence de la France et son rayonnement au devant de la scène
européenne et
internationale en matière de gouvernance
et de régulation des mers et des océans
dans une perspective de protection de la biodiversité marine et
d’exploitation durable
des ressources,
· Favoriser
l’insertion de l’outre mer français dans son espace régional en faisant évoluer
le rôle geopolitique joué par les collectivités et territoires d’outre
mer,
compte tenu de l’importance de la mer pour le développement de ces
territoires
et du fait que 97, 4 % de l’espace maritime français est ultramarin.
Cette double opportunité ne
pourra se traduire qu’à travers le principe de double
subsidiarité verticale, permettant d’arbitrer d’une part,
entre le niveau communautaire et le niveau national et d’autre part
entre le
niveau national et le niveau infranational, à l’échelle régionale.
Ce concept de double
subsidiarité verticale est
d’autant plus fondateur d’une politique
ultramarine rénovée en matière de gestion de la mer qu’il
peut s’actionner
de façon descendante ou ascendante
pour autant qu’ils soient donnés aux territoires ultramarins, à travers
des
outils d’autonomie géopolitiques, d’être acteurs responsables de leur
propre
gouvernance et de la coopération en matière de gestion de leurs espaces
maritimes adjacents en lien avec les pays tiers voisins.
Il
s’agit donc d’attribuer aux collectivités locales les compétences
nécessaires leur permettant de faire rayonner la politique maritime
Française
au sein de leurs bassins régionaux dans une perspective de leadership
mondial et
d’assurer, de façon responsable et autonome, le développement
économique de
leur territoire au sein de leur espace régional.
La
reconnaissance par l’Europe du
rôle joué par les collectivités ultramarines en matière de gouvernance
et de
coopération pour la gestion de la mer contribuerait à
renforcer leur
autonomie et resterait, sans aucun doute, le meilleur moyen de
concilier les
enjeux de rayonnement européen et international français aux enjeux de
développement
de ses territoires ultramarins
Proposition n°1 : Faire jouer le
double principe de subsidiarité
verticale descendante et ascendante :
· En
définissant l’échelle d’action et de décision la
plus pertinente pour la gestion de l’espace maritime ultramarin
français :
le bassin maritime transfrontalier et en lui attribuant un statut
spécifique
reconnu à l’échelle européenne et internationale
· En donnant la
possibilité aux collectivités
ultramarines de définir des stratégies régionales à l’échelle de
réflexion la
plus pertinente pour l’action soit le bassin maritime transfrontalier
Les outils clé de
cette
proposition sont :
· Le
statut
spécifique du bassin maritime transfrontalier et sa reconnaissance à
l’échelle
européenne
· La définition
collective et participative des
collectivités ultramarines d’une stratégie
régionale à l’échelle du bassin maritime transfrontalier
Proposition n°2 : Renforcer
le rôle des collectivités territoriales ultramarines françaises au sein
de leur
zone régionale en matière de coopération régionale autour de la gestion
de la
mer
· En donnant
aux collectivités le degré d’autonomie
suffisant en matière de gouvernance et de coopération autour des enjeux
liés à
la gestion de l’espace maritime outremer dans le cadre d’un conseil maritime ultramarin par bassin
maritime transfrontalier notamment sur les questions de la pêche, du
tourisme, du transport maritime, de l’exploitation des ressources
marines, des
énergies renouvelables marines, de la recherche, de la formation, des
activités
maritimes, de la protection des ressources et de la biodiversité marine…
L’outil clé de cette
proposition est :
· la mise en
place par bassin maritime transfrontalier d’un
conseil maritime ultramarin,
responsable de la définition de la stratégie régionale et garant de sa
mise en
œuvre
Proposition n°3 : Donner
au
conseil maritime ultramarin les
moyens de mettre en œuvre sa stratégie régionale au sein du bassin
maritime
· En
créant un pôle
d’initiative de la mer par bassin maritime transfrontalier,
garant de la
mise en œuvre de la stratégie régionale marine et présentant un pôle
d’expertise fort permettant à la France, à
travers ses collectivités ultramarines, de rayonner dans les trois
océans et de
bénéficier du savoir faire et du retour d’expérience ultramarin.
L’outil clé de cette
proposition est :
· le pôle
d’initiative de la mer spécialisé dans un domaine d’excellence.
Proposition n°4 : Initialiser ce
processus de nouvelle gouvernance
· en lançant
une initiative
de la mer par bassin transfrontalier. Vaste programme de
coopération piloté
par les conseils maritimes ultramarins, l’initiative vise à développer,
éventuellement dans le cadre de conventions régionales, des programmes
d’actions de préservation de la mer fédérant l’ensemble des pays tiers
du
bassin maritime transfrontalier.
L’outil clé de cette
proposition est :
· l’initiative
de
la mer pilotée par le conseil maritime ultramarin.

I. 3 bassins
maritimes transfrontaliers ultramarins au statut
spécifique
I.1 Identification des bassins maritimes
transfrontaliers
A l’instar de la gestion
intégrée
de la ressource en eau qui définit le bassin hydrographique comme unité
pertinente de l’action pour la mise en œuvre de la directive cadre sur
l’eau et
le bassin hydrographique transfrontalier comme unité pertinente de
coopération,
il est proposé de retenir pour la gestion de
l’espace maritime outre mer les trois
bassins maritimes transfrontaliers que sont :
· Le bassin
caraïbe
· Le bassin
pacifique
· Le bassin
Océan Indien
comme bassins pertinents
d’actions.
Le bassin maritime
transfrontalier constituerait donc l’unité à partir de laquelle serait
définie
la stratégie régionale de la mer par les territoires et collectivités
d’outre
mer. Les sous unités de ce bassin seraient les territoires insulaires
dits îles
bassins.
La définition géographique de
ces
bassins transfrontaliers devra se faire en cohérence avec les
découpages
juridiques existants, notamment en matière de coopération.
Ainsi :
· Le bassin
maritime transfrontalier des Caraïbes serait
idéalement la mer des Caraïbes, autour de laquelle l’Association des
Etats de
la Caraïbe est en train de développer une initiative.
· Le bassin
maritime transfrontalier de l’océan Indien,
pourrait s’articuler autour des territoires formant la commission de
l’Océan indien
· Le bassin
maritime transfrontalier du Pacifique
pourrait idéalement s’articuler dans un premier temps autour des
territoires
membres de la commission du Pacifique Sud
I.2 Statut spécifique des bassins maritimes
transfrontaliers
Outils géostratégiques de
coopération, il est proposé de définir un statut spécifique de ces
bassins qui
pourrait, par exemple, s’inspirer du modèle développé par l’Association
de la
Mer des Caraïbes qui a obtenu des Nations Unies la reconnaissance de la
mer des
Caraïbes en tant que « zone spéciale
dans une perspective de développement durable ».
La mise en œuvre d’un statut
spécifique pour chacun de ses trois bassins maritimes transfrontaliers
par la
France lui permettrait d’asseoir sa position dans les différentes
instances internationales
et de renforcer la position des collectivités ultramarines au sein de
leur
bassin.
I) 3 conseils
maritimes ultramarins
Véritable instance
de concertation et de planification,
rassemblant l’ensemble des parties prenantes et des différents usages
de la
mer, ces conseils auront vocation, dans chacun de leurs bassins :
· à décliner la
politique nationale de la France à
l’échelle de l’île bassin avec un relais dans chacun des territoires
ultramarins de la zone concernée. Le relais devra être identifié en
fonction du
statut du territoire.
· Dans chacun
des bassins transfrontaliers, décliner une
stratégie régionale pour une gouvernance partagée des bassins
transfrontaliers
avec les pays tiers
Les conseils maritimes,
domiciliés sur un territoire ultramarin seront constitués du collège
des représentants
des territoires ultramarins français de la zone, du collège Etat et du
collège
usagers de la mer. Une présidence tournante au sein du collège des élus
permettra d’assurer une participation et une concertation de l’ensemble
des
collectivités ultramarines.
Les conseils maritimes
ultramarins auront un rôle de planification de la politique intégrée de
gestion
de la mer et seront consultés sur les questions liées à la gestion du
bassin
maritime. Notamment, il est proposé qu’ils aient à charge :
· de
définir la
stratégie régionale par bassin avec un schéma régional d’actions
· de
lancer les
initiatives de la mer dans le cadre de conventions régionales de
coopération.
En
lien étroit avec la gouvernance française, ils contribueront à
relayer à l’échelle régionale des règles de gouvernance en matière
de :
· pêche
· d’exploitation
d’énergie marines
· de
protection de
la biodiversité marine avec la facilitation de la mise en place d’aires
marines
protégées
· de
tourisme
· de
régulation des
activités maritimes
· de
transport
· de
recherche et
de développement
II) 3
pôles ultramarins d’initiative de la mer
Rattachés aux conseils
maritimes
ultramarins, ces pôles auraient pour mission de mettre en œuvre la
stratégie
déclinée par le conseil à l’échelle du bassin maritime transfrontalier
en lien
avec les antennes relais des îles bassins et le pilotage des
initiatives de la
mer.
Notamment, ils assureraient
· L’amélioration
de la connaissance et le suivi des
milieux marins
· La protection
et la valorisation des ressources marines
· L’éducation,
la formation et l’information sur les
ressources marines avec la création de l’institut de la mer
· La recherche
et le développement en matière
d’exploitation, de protection et de valorisation des milieux et
ressources.
· La cohérence
des usages terre mer (gestion
intégrée des zones côtières et impact des activités telluriques)
Il est proposé que chaque pôle
soit la référence sur un domaine d’expertise :
· Par exemple,
comte tenu de l’avancée de la Réunion en
matière d’énergies alternatives, le pôle Océan indien pourrait être la
référence en matière d’énergies renouvelables marines en tant que pôle
d'excellence
en matière d'Energies Renouvelables Marines (E.R.M.)
· Le pôle
pacifique pourrait être la référence en matière
de recherche sur les récifs coralliens, protection, valorisation et
exploitation et la biodiversité associée, la nouvelle Calédonie
constituant la
seconde plus grande barrière corallienne au monde. Cette expertise
pourrait
s’adosser sur l’initiative française pour le pacifique Sud lancé par
l’AFD en
janvier 2005
· Le pôle
caraïbe pourrait continuer à progresser sur les
questions liées à la gouvernance maritime mondiale
III) Les
initiatives de la mer
Afin de d’initier le processus
rapidement et de commencer à développer les programmes d’action
notamment en
matière de protection et de gestion durable de la mer, il est proposé
que les
conseils maritimes ultramarins lancent les initiatives
de la mer.
L’initiative de la mer
nécessite
un statut spécifique du bassin transfrontalier dans un contexte de
gestion
durable avec une reconnaissance de ce statut à l’échelle
internationale. C’est
par exemple le cas du projet porté par l’association des états de la
Caraïbe. Les
Nations Unies ont voté une résolution visant à classer la mer des
caraïbes en
tant que « une zone spéciale dans une perspective de
développement
durable ».
L’initiative devra s’articuler
autour de trois étapes :
· Définir
précisément le statut « zone spéciale dans
une perspective de développement durable » à l’échelle de la
caraïbes
avant extension aux autres territoires
· A l’aide des
outils d’analyse écosystémique,
cartographier les enjeux socio-économiques et environnementaux du
bassin
transfrontalier
o Pour ce faire,
il s’agira dans un premier temps, à
l’instar de la démarche développée par l’agence nationale des aires
marines de
cartographier le patrimoine naturel remarquable
o De
cartographier les usages littoraux et marins
Et de
croiser les démarches pour définir les zones à enjeux forts selon
une typologie dite développement durable : enjeux vert, enjeu
économique
enjeu social, enjeu culturel
Une
analyse politique sera également réalisée afin de définir les
potentiels points de cristallisation en matière de gouvernance partagée.
Suite à cette analyse, un
programme d’actions de préservation de la mer en tant que zone spéciale
dans
une perspective de développement durable pourra être lancé en
partenariat avec
les pays tiers.
Le rôle du conseil maritime et
du
pôle de l’initiative étant de veiller :
· à la bonne
mise en place de ces initiatives en parfaite
adéquation avec la gouvernance française,
· au
développement économique des territoires ultramarins
et à leur insertion dans leur environnement régional
Un schéma
récapitulatif ci-joint permet de mieux comprendre
les mécanismes et liaisons entre ces différents outils.

Conclusion
Les différentes propositions
effectuées dans le cadre de cet atelier visent à donner aux
collectivités
ultramarines une responsabilité géopolitique leur permettant d’être des
acteurs
actifs dans la définition de la gouvernance des espaces maritimes
adjacents à
leurs territoires.
Cette opportunité constitue un
véritable
axe de développement économique pour ces territoires s’appuyant sur l’ouverture des territoires d’outre mer vers
leurs voisins les plus proches afin d’organiser ensemble les moyens
d’un
développement régional commun.
Doter les collectivités
ultramarines de compétences en matière de coopération régionale
permettrait de faire
reconnaître, dans le cadre de la double subsidiarité verticale le rôle
que
doivent jouer les collectivités territoriales ultramarines dans la
gestion de l’espace
maritime ultramarin et au-delà de leur développement économique mais
également
d’asseoir leur rôle et par ricochet, la place de la France au sein des
zones
régionales.
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