Les significations des couleurs

Photo : ViaMoi Les parfums,
les couleurs et les sons se répondent. Après
des années de travail sur ce thème, il faut souligner la nécessité et
la
difficulté d’une synthèse chromo-symbolique, ainsi que le danger des
chromo-thérapies fondées sur une simplification bijective.
Le printemps éclate comme un feu d’artifice et il n’est spectacle plus
hypnotisant qu’un magnolia rose aux pétales étoilés disséminés comme
pluie de
confettis sous le vent. Les fleurs nous font vibrer, font naître une
dépendance
à la lumière propagée par les couleurs.
Au pied d’une cascade, irisée par un arc en ciel, baignée par des
chants
d’oiseaux, on se sent bien. Par contre, allez vous rencogner sous la
roche,
vous finirez par sortir, car vous avez froid, vous êtes mal à l’aise.
Instinctivement l’ombre nous attire – comme les cafards – pour nous
protéger,
nous garder du soleil, mais aussi de la vie. Qui n’est pas tenté de se
fondre
dans la masse lorsqu’il ne voit pas la vie en rose ou par peur de se
distinguer, d’être remarqué ou noirci par l’opprobre publique avant
d’être
blanchi par la critique. La couleur de peau n’a rien à voir avec ce
thème. Elle
m’est chère quelle que soit la chair pigmentée ou non avec ses
variations au
fil des générations aussi subtiles que les êtres qui les portent. Pour
la doxa,
la locution « mener le monde » accepte deux sujets : l’argent ou le
sexe. Mais
l’argent est (aussi) une couleur et le sexe renvoie (aussi) aux fleurs
(qui
étalent leurs organes sexuels). « Tout ce qui n'est ni une couleur ni
un parfum
ni une musique, c'est de l'enfantillage » disait Boris Vian.
Le mot couleur (bizarrement car elle s’affiche voire s’exhibe) est issu
de
color, qui se rattache au groupe de celare « cacher/celer » trahissant
ainsi
les secrets et les charmes dont elle est dépositaire.
Allons voir ses dessous pour éclairer notre lanterne et en faire voir
de toutes
les couleurs à ce monde !
La vie est l’ensemble des couleurs
Les couleurs sont les mobiles affleurant de la vie. Sans elles, elle
serait
terne. On a rarement vu des peintres exalter la vie en noir et blanc
même si
leurs gris sont infinis de subtilité. Le dis fractionnement de la
lumière
génère une répercussion qui fait vibrer et murmurer l’ensemble des
cellules et
le noyau initial par amplification comme un cri, comme des exhortations
permettant le réveil des autres. Cette vibration va faire éclore et
éclater
tout ce qui forme la vie, les couleurs et le monde des vivants aussi
bien
animal que végétal. Pourquoi les fleurs sont-elles aussi expressives,
aussi
jolies ?
La vivacité d’un lys, d’une rose, d’une orchidée exhale l’harmonie, la
coquetterie, l’exubérance. La fleur « un port retentissant où mon âme
peut
boire à grands flots le parfum, le son et la couleur » selon Baudelaire
offre à
la vue, donne à l’homme son expression de bonheur et de beauté. Le
coloris fait
résonner l’ensemble des différents corps pour faire évoluer, exploser
la vie.
On associe les humeurs et les couleurs. Ne dit-on pas : avoir une peur
bleue,
être vert de rage ou rouge de colère, rire jaune, avoir une mine
rayonnante ou
au contraire terne comme une citerne, une voix blanche, une humeur
noire.
Rimbaud dans son célèbre poème Voyelles – à prendre au pied de la
lettre ? –
peint chacune d’entre elles selon son cryptogramme. Il ose une
voix/voie
singulière pour une clé chromatique à son seul usage : « A noir, E
blanc, I
rouge, U vert, O bleu : voyelles, Golfes d'ombre ; E, candeurs des
vapeurs et
des tentes, Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles
; I,
pourpres, sang craché, rire des lèvres belles, O l'Oméga, rayon violet
de Ses
Yeux ! ».
Le noir Le noir – le coloris tendance – est-il une couleur ? Pour les
historiens – dont Michel Pastoureau – oui, mais il ne l’était ni pour
Isaac
Newton (qui a mis en évidence le spectre des couleurs à la fin du
XVIIIe
siècle) ni pour Léonard de Vinci qui affirmait qu’elle n’existait pas.
Nous
l’associons spontanément aux peurs, aux ténèbres. Dans la Bible le noir
est lié
aux funérailles, aux défunts, au péché et, dans la symbolique des
couleurs
propres aux quatre éléments, il est associé à la terre, à l'enfer, au
monde
souterrain. Un noir a été plus respecté, celui de la tempérance, de
l'humilité,
de l'austérité.
Il est porté par les moines et imposé par la Réforme qui déclare la
guerre aux
tons vifs et professe une éthique de l'austère et du sombre qui nous
influence
encore. Il s'est converti en noir de l'autorité et de nos jours le noir
est
marque de chic et d’élégance. C’est aussi un excitant sexuel, qui
condamne les
fétichistes au dilemme et les partage en deux camps (irréconciliables
?) : les
amateurs de dessous « noirs » vs « blancs ».
Teintes de désir et de pouvoir. Dans la main de la belle qui le porte
ou de
celui qui la veut ? Pour ne pas être soupçonnée de mauvaise foi en
raison
d’inventaire incomplet, je n’oublie pas le défilé de mode
ecclésiastique dans
Fellini Roma et évoquerai plus loin les couleurs dans cet univers. Mais
pourquoi diable la gent religieuse a-t-elle souvent adopté le noir, le
gris, le
marron, le blanc ? On est dans le mal-être ou on se cache, on cache le
besoin
de la vie.
Le vocabulaire courant assume cette version mélancolique en parlant de
jeudi
noir, série noire – pimentant les polars. Les couleurs dépendent du
pouvoir.
Les teintes agréables sont interdites par périodes pour prôner la non
vie. On
en est même venu dans certaines religions à édicter que la femme ne
devait plus
vivre. Vous allez m’opposer que je digresse, certes un peu bougresse,
mais je
tiens à montrer que le symbole mortifère est une bombe à retardement et
que les
pratiques encouragées par les dogmes religieux ancestraux subsistent en
filigrane dans les psychés pour favoriser ces attitudes contre-nature.
Une
étude publiée en 2006 (The Lancet) a montré que ces vingt dernières
années, dix
millions de fœtus féminins auraient été victimes d'avortement, cent
millions si
l'on ajoute Chine, Afghanistan, Pakistan Corée du Sud. Amartya Sen
appelait ces
filles jamais nées « missing women ».
L’Europe n’échappe pas à la règle qui stérilise plus de soixante mille
femmes
entre 1935 et 1975 afin de créer « une race suédoise ». Ajoutons que
ces dames
ont développé des stratégies pour ne pas être oubliées ou prendre le
pouvoir
sous forme interposée, plus ou moins discrète ou efficace. Elles
peuvent être
partie prenante de cette ignominie comme en témoigne l’affaire récente
de
Samira Djassim, mère de six enfants, arrêtée au nord de Bagdad pour
avoir
entraîné une trentaine de femmes à commettre des attentats suicides et
organisé
des viols pour mieux recruter car violée signifie condamnée. Puis elle
réconfortait les victimes en les persuadant que l’unique voie pour
laver leur
honneur était d’être kamikazes.
Le blanc
Le blanc aussi est utilisé par la religion pour signer le refus de vie.
On
efface, on s’efface. Autrefois les « vierges », les nonnes du monde
romain
étaient offertes aux dieux parées de blanc. Nul ne pouvait s’en
approcher,
hormis les prêtres. En Mésopotamie les grands prêtres avaient le
privilège
d’être les seuls à pouvoir les engrosser. Immaculée comme la neige est
la
vêture de la mariée a-t-on inoculé au XVIIIe siècle – au motif qu’elle
doit
être vierge le jour de ses noces – l’église et la révolution française
prônant
de concert l’équivalence virginité/absence de relation sexuelle. En
français
vierge signifie « n’a pas servi » et nuptial « noces ». Comment s’élire
si on
ne s’essaie pas ?
En latin, vierge se dit virgo proche de virga : « petite branche,
verge,
baguette» et nuptial appartient à la famille de nubere : « prendre le
voile
(pour quelqu’un) ». De quoi être verte d’assimiler virginité et
blancheur !
Quand on choisit un voile ou des chaussures, on les essaie avant. « Il
ne s’est
rien passé » (entre deux êtres) veut dire : ils n’ont pas eu de «
rapport
sexuel », comme si, hors le sexe, l’être-avec se réduisait à « rien »,
comme si
le sexe était « tout ». De quoi protester, ou, au contraire, entériner
cette
manière de voir (dans la Bible, le verbe « connaître » veut dire
coïter). En
tous cas au Moyen-âge, comme à l’époque Athénienne ou Romaine, on se
paraît de
ses vêtements les plus somptueux, les plus chamarrés pour ses
épousailles. Dans
l’Antiquité, les temples étaient en couleurs contrairement à l’idée
actuelle
que sérieux rime avec noir ou blanc. Les couleurs dépendent du pouvoir
de
l’époque.
Le blanc est aussi le symbole du paraître. Les souverains détenant leur
autorité du pouvoir divin – disaient-ils – optent pour la couleur
blanche qui
les distingue dans les armées très colorées : ainsi sont blancs
l'étendard et
l'écharpe royaux, la cocarde de Louis XVI, le panache et le cheval
d'Henri IV…
Porter la couleur blanche/beigeasse est aussi la marque d’un être
hésitant. Je
ne parle pas du blanc à visée virginale, mais de celui qui rend
invisible pour
se dissoudre tout en se faisant remarquer. Dès l'Antiquité romaine
jusqu’aux
BD, les fantômes sont en blanc. On ne vit pas, on est dans le paraître.
Le gris
La richesse économique va souvent de pair avec la couleur noire, la
couleur
grise, les teintes métalliques, cendrées – comme l’argent. Le costume
cravate
sombre, est l’uniforme de circonstance – comme on parle de mine
d’enterrement –
dans les milieux où l’on prône le pouvoir, une forme d’étroitesse,
d’asservissement. Magritte dans Golkonda ou Golconde (peint en 1953) y
figure
de manière obsédante par une symétrie de marbre, un homme très
impersonnel,
d’une rigidité presque mortuaire, qui « pleut/pleure » sur la ville aux
fenêtres aveugles. Les couleurs déclinées sont le blanc, le bleu, le
gris et le
beige.
Les hommes sont autant de taches noires en apesanteur. Cette « pluie »
d'hommes
au chapeau melon, vêtus de gris foncé, est devenue une métaphore de la
condition humaine au XXe siècle, de la perte d'identité individuelle et
de la
banalité quotidienne en Occident. Par contraste, les pays d’Asie ou
d’Afrique,
au niveau de vie très bas, offrent pourtant l’image d’une vitalité,
d’un
chatoiement, d’une mosaïque bigarrée de motifs et de teintes où
l’imagination
souffle un cortège d’odeurs et d’impressions sensorielles ravigotantes
voire joyeuses
malgré la misère.
Le noir, le blanc, le gris sont donc des teintes disponibles pour le
pouvoir.
On parle d’éminence grise.
Le pouvoir, le noir, le blanc, les couleurs
Ainsi certains religieux ont émis l’idée que les hommes, les femmes –
surtout
elles – doivent être enturbannées de noir. Le noir absorbe, le blanc
rejette,
dit-on. C’est vrai et c’est faux. Le noir engloutit la vie, empêche de
penser,
de s’ouvrir. Le noir rapetisse non seulement l’homme mais la pensée de
l’homme.
Le blanc – érigé en couleur –, n’en est pas une. On essaie de se
protéger, de
s’abriter de ce qui est chaud, comme du soleil. Mais c’est aussi une
manière de
momifier, de codifier la vie car si les sujets restaient dans leurs
propres
mélanges, les tonalités de leur palette, ils seraient exubérants. Pas
obligatoirement affables, peut-être dotés d’une humeur violente, mais
ardente.
Porter toujours une couleur uniforme, assèche. La mode édicte des
tendances,
des lois, un paraître, in fine une manière d’être. Le pouvoir s’octroie
ainsi
une manière de sectoriser, de rabaisser. Plus le pouvoir religieux
s’impose,
plus la masse s’uniformise, plus l’intégrisme conceptuel se développe.
Le
panurgisme chromatique « spontané » de la foule s’en donne à cœur joie,
serf
volontaire de cette réduction des têtes manichéenne et machiavélique.
Poussent
alors comme des champignons, les chanoines et les nonnes au mépris de
la vie, à
toutes les époques, dans toutes les religions, sur toute la planète.
Jeunes, les religieuses sont bien jolies, mais plus leur beauté se
défraîchit,
plus leur tête se calcifie. Les moines attifés de vêtements terreux
pour avoir
l’air miséreux, sont souvent intransigeants. L’inquisition portait ce
type de
parure couleur de glaise. Par contre au sommet de la pyramide on
retrouve ceux
qui adorent le rouge et l’or – le pape, les cardinaux, les évêques –
arborent
la pourpre et le vert.
Les couleurs sont un moyen très important de juguler, de contrôler,
d’administrer une masse pour les besoins de ceux qui le souhaitent. Un
pouvoir
royal ou religieux est établi pour que les gens soient à sa botte. Dans
cet
objectif il doit être éblouissant car tout se polarise sur lui (le Roi
Soleil).
Par contraste la masse est sombre, homogène. Peuple, métayers, paysans
portaient la couleur grise, une teinte boueuse, rien d’attractif.
Marquis,
ducs, dignitaires étaient vêtus de soieries et velours richement
décorés. Le
peuple fasciné, attiré, se met à ses pieds. Plus le pouvoir est riche
en
couleurs et brillant, mieux il se voit. Ce peut-être une débauche de
couleurs
sans harmonie. Le luxe débridé impose, marque la servitude. La haute
couture
parfois si bariolée, si extravagante ou au contraire très monochrome
crée des
sentiments mêlés, ambigus d’admiration et de rejet. Les couleurs mènent
le monde,
mènent l’homme.
L’influence des couleurs
La couleur c’est l’heure qui coule avec fluidité, vivacité, nous inonde
de
vitalité, d’intensité. Si une auberge s’habille de couleurs
délassantes, elle
sera calme, les tenanciers plaisants, les hôtes paisibles. Pas de mot
plus haut
que l’autre, pas de bataille, pas de saoulerie. Dans les auberges
sinistres ou
basses, les tenanciers seront moins amènes, amers, le regard fuyant,
les pattes
crochues. Les attablés goguenards se balanceront leurs choppes pour
passer le
temps.
Une boutique aux robes affriolantes, aux mousselines virevoltantes de
couleurs,
excite les petites cellules avides d’une profusion de sensations. Le
marchand
sera avenant, très négociant, sans souci pour ses fins de mois. Une
demeure
peut favoriser la déprime ou l’épanouissement. Pour la transformer à
peu de
frais sans déplacer aucun meuble, il suffira de l’éclairer en la
peignant de
couleurs ravigotantes. Une couleur suffisamment chaude va refléter la
lumière.
Dans une pièce très sombre, on fatigue. Il faut apposer une nuance de
sorte que
la luminosité ne soit ni absorbée, ni rejetée, ou disposer quelques
bougies.
L’obscur, le noir refroidissent. La vitalité des couleurs est synonyme
de vie,
d’échange.
Imaginons un jeune homme et une jeune fille élégants vêtus de noir.
Certes le
mâle ne va pas rester insensible, surtout si la séduisante muse porte
des
dentelles très ajourées sur une chair bien dorée, mais il va vouloir
s’accoupler sans tarder, sans prendre de gants. Alors que si la belle
porte de tendres
couleurs pastel, il aura l’honneur de lui faire la cour
(érotique/chromatique,
coloration/sublimation). Une bonne teinte influence le comportement,
les
humeurs et la vitalité. Un orangé – dit chaud – peut être glacial, un
bleu ciel
–considéré froid – une tonalité chaleureuse. Il faut savoir agencer les
nuances. Une maison claire, aux couleurs pimpantes, sera vive non par
son
agressivité mais par son éclat. Elle donnera envie d’y rester, de se
laisser
aller, d’être cordial. Le sourire, une forme de jovialité se
communiqueront,
des sens et des touchers perdus revivront. La couleur nous bat chaud ou
froid.
Affinités et répulsions avec les couleurs
On dit que le rouge est la couleur du sang, signe d’agressivité. Il est
l’expression d’une vitalité, éventuellement d’un problème lié au sang.
Nos
préférences seront variables au gré de notre sensibilité et cette
dernière est
strictement personnelle. On se sent en affinité avec une couleur
particulière.
Cette attirance s’effectue par ressenti. Certains, me direz-vous,
préfèrent le
noir ou le blanc. La gent religieuse s’emmitoufle de noir ce qui la
rend triste
et la met en deux positions : maigre comme un échalas ou grasse comme
un porc,
dans les deux cas « réglistes » sachant que toute règle a ses
exceptions.
Dans certains corps on a l’obligation du port des couleurs : la
restauration,
la religion, l’armée ou la police, l’hôpital… mais une fois son travail
achevé
on a le choix. Porter le noir ou le blanc, c’est l’art d’être soumis.
La
couleur est un viatique pour s’ouvrir et s’épanouir, s’extérioriser
dans sa
propre teinte. Une demeure sans couleur dominante mais où toutes seront
harmonisées, procurera une détente. On se crée sa bulle. Certaines
personnes
vont aimer le rouge, le noir, qui pourtant ne vont pas leurs convenir,
voire
les faire dépérir. S’entourer de rose et d’orange produit une asphyxie
sans
couleurs complémentaires procurant respiration. Trop de bleu peut
isoler,
insensibiliser.
Maladies ou harmonies créées par les couleurs
La vie est un ensemble de couleurs non infligées. Le noir signifie « je
m’enferme ». Le blanc traduit « je reste prisonnier de cela et j’y
reste ».
Vivre dans la couleur pourpre est étouffant. S’enfermer dans une seule
couleur
peut devenir maladif. On ne soigne pas avec une seule couleur mais par
un
ensemble. Si une jeune femme porte du vert et du rouge pour se soigner
alors
qu’elle déteste l’un et l’autre, elle va se dessécher si on lui impose
ces
teintes. C’est la conjugaison des couleurs qui amène une action
bénéfique ou maléfique.
Si un sujet porte du bleu puis du rouge, les deux composent du violet
et
peuvent engendrer un malaise. Les couleurs se mélangent pour former une
dominante non obligatoirement visible à l’œil nu mais ressentie (en
infra ou
supra). Imaginons moissonner sous un soleil éclatant et un magnifique
ciel
bleu. Le matin, on se sent en pleine forme, le soir bien fatigué. Usé
par le
travail certes, mais aussi par l’azur et le soleil. Le bleu a la
faculté de
donner vitalité mais aussi de la soustraire. Par temps gris, la fatigue
est
encore plus intense.
On adore voir la neige tomber mais au bout d’un moment on est las de
cette
blancheur, envieux d’un bon feu, de bien manger. Le vert est signe
d’espérance,
mais si le porteur n’a pas appréhendé ce fondement comment y
réagira-t-il ? Un
groupe de soldats en uniforme chamarré a de l’allure, mais sur le champ
de
bataille seront-ils à même de penser – surtout si on ne leur demande
pas – car
la couleur portée a pu les racornir.
L’harmonie des couleurs tisse le lien entre les diverses harmonies ; le
concentré de quelque couleur fait glisser un pan entier d’humeur vers
une
dérive sectaire, par excès ou par carence. S’habiller d’orange, de
jaune en
toute saison, va finir par brûler, ronger le sujet porteur. Plus la
couleur est
agréable, harmonieuse, plus la vie sera respirante, chauffante avec
délicatesse.
Un intérieur tout blanc ou tout noir – comme les décorateurs l’ont
imposé un
temps – glace. Les couleurs franches, les couleurs douces vont donner
la vie,
amener la vie, aider la vie. Une personne constamment habillée de noir
dans un
endroit noir – court le risque de ne pas être vue – mais le vrai péril
sera de
la rendre morne avec des propos, morbides, maladifs. Les Gothiques
adorateurs
de Marilyn Manson habillés, maquillés de noir, visage blafard et
cheveux aile
de corbeau, présentent un taux de suicide important. Au delà du message
lancé,
du rejet, rester trop longtemps dans cette nébuleuse aura des
conséquences.
Les règles, la mode et le bien-être
La vie n’est pas une soumission mais un combat pour évoluer. Le
découpage
bien/mal, blanc/noir, comme a pu l’évoquer la chrétienté, n’a aucun
lien avec
cette lutte pour avancer, pour se créer. Certains êtres moulés par
l’éducation,
l’opinion, ont été façonnés dans un chemin de soumission où ils se sont
cloîtrés.
Il n’est pas de bon ton de porter ci ou çà. Ce n’est pas un hasard si
les mots
se rapportant à la musicalité et aux couleurs sont identiques. À chaque
instant, les valeurs cultuelles, culturelles, évoluent. Les années 1970
ont vu
l’effervescence des couleurs acidulées - l’orangé, le vert flashy- dans
une
période en pleine mutation, en rejet des carcans. La vie est une
recherche
perpétuelle, un effort constant pour se développer.
Notons qu’en général, les femmes aiment bien les rituels qui les
rassurent.
Avoir les mêmes couleurs, les mêmes façons de vivre est confortable.
Mais les
repères changent. La mode est une façon subtile d’induire une
subordination de
la part de ceux qui la suivent sans apporter leur coloration
particulière, leur
personal touch. Qu’il est doux de porter de beaux atours, de belles
couleurs.
Si votre homme aime les tulles légers, si vaporeux qu’ils créent
l’impression
de ne rien avoir sur soi, il aura l’avantage de vous caresser des yeux.
Pourquoi
être toujours en jean, en soie ou en coton ? La mode impose mais il
faut
pouvoir s’habiller comme on le souhaite. Et s’il me plaît que dans mon
logis
mon déshabillé turquoise frôle le ras des fesses, cela ne regarde que
mon
chéri.
Christine
Herzog.
Psychanalyste.
29.03.2009
source
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