Dieudonné
présente sa «liste antisioniste»
Lorsque
Dieudonné débarque dans cette banlieue du
nord de Paris, des jeunes l'acclament, se font prendre en photo avec
lui.
Dieudonné
ignore ceux qui
le traitent de "raciste". (Photo: AP Photo)
L'humoriste,
en campagne pour sa sulfureuse "liste antisioniste" aux européennes,
serre les mains, sourit, ignore ceux qui le traitent de "raciste".
Condamné à plusieurs reprises depuis le début des années 2000 pour des
propos
sur les Juifs et la Shoah, l'humoriste d'origine camerounaise est
désormais
considéré comme ouvertement antisémite par la classe politique
française --à
l'exception de l'extrême-droite, dont il s'est spectaculairement
rapproché ces
dernières années.
Il est
aujourd'hui en campagne à Bobigny pour présenter une liste sans
précédent aux
européennes, dont le seul et unique programme est "d'éradiquer le
sionisme" en France et dans le monde.
Le scrutin du 7 juin n'est d'ailleurs qu'un prétexte pour Dieudonné et
ses
colistiers, qui reconnaissent volontiers que les européennes offrent
une
"tribune" à leurs thèses particulièrement radicales.
Ce jour là, dans cette banlieue à forte population d'origine africaine
et
maghrébine, Dieudonné savoure sa popularité et évite la provocation. Il
ne
réagit pas lorsque certains crient "la honte" ou "raciste"
à son passage.
Mais le
dérapage guette toujours. Un commerçant appelle la police, affirmant
s'être
fait traiter en arabe de "sale juif" après avoir refusé le tract que
lui tendait une des colistières de Dieudonné.
L'équipe de campagne dément l'incident. Officiellement, il n'est
question que
d'"antisionisme", d'"anticommunautariste" et de
"liberté d'expression".
Mais la littérature
distribuée sur le marché est moins équivoque: on peut y lire des
phrases telles
que: "les juifs n'ont pas l'exclusivité de la malfaisance", ou
consulter une "liste des sionistes médiatiques français" qu'il est
"fondamental de boycotter ou d'empêcher de nuire".
Face à des
discours d'une virulence rarement entendue depuis des décennies en
France, pays
d'Europe qui compte la plus importante communauté juive, les autorités
ont
envisagé début mai une interdiction de la liste Dieudonné, mais n'ont
pas avancé
de pistes juridiques précises.
Cette annonce a
remis Dieudonné au centre des projecteurs, une aubaine dont s'est
félicité
l'humoriste, interdit de nombreuses salles de spectacles. Et elle a a
renforcé
le sentiment de ses militants d'être les "victimes" d'un système qui
les musèle et les persécute. Ce sentiment semble être le ciment de la
troupe
hétéroclite venue soutenir l'humoriste à bord du bus servant à la fois
de
véhicule de campagne et de salle de spectacle ambulante.
"Franchement,
sur le plan politique, je suis dans un flou artistique", reconnaît
Pascale
Le Coarer, une mère de deux enfants sans emploi, nouvelle recrue. Elle
a
rejoint la mouvance Dieudonné après être tombée par hasard en surfant
sur
internet sur des sites d'adeptes de la théorie du complot. "J'ai
découvert
que le 11 Septembre n'était pas ce qu'on nous disait, je me suis
renseignée sur
la franc-maçonnerie... Je suis contre l'ordre mondial", explique la
jeune
femme.
"Nous
sommes un parti d'"anti": anti-système, anti-sioniste", opine
Paolo, un ingénieur de 32 ans, tandis que Francis, qui se présente
comme un
"étudiant chrétien", avoue "ne plus se retrouver dans les
valeurs de la société française" et aborrher "le
multiculturalisme". "J'ai été au parti socialiste, au parti
communiste, mais avec Dieudonné, c'est une vraie soupape, on peut se
défouler.
On a enfin l'impression d'avoir la possibilité de s'exprimer sans être
jugé", explique-t-il.
Pour autant, le programme de Dieudonné laisse perplexe sur le marché de
Bobigny
-- "vous êtes de gauche ou de droite ?", "c'est quoi,
l'antisionisme?"--, interrogent des commerçants, provoquant la fureur
d'une des colistières, qui maugrée contre "ces gens qui n'y connaissent
rien, qui sont manipulés".
Source: AFP
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