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« Les vestiges du
passé kaf
n’existent presque plus »
Le
sociologue Laurent Médéa animait hier
à Saint-Louis une conférence sur l’évolution sociale économique et
symbolique
des Cafres. Selon lui, la structure socio-économique réunionnaise est
restée
coloniale et empêche le développement d’une identité propre aux “Kaf”.
Qu’entend-on exactement
par le terme « kaf » ?
Laurent Médéa : La
couleur
de peau noire reste associée, de par l’histoire de la Réunion, à
l’esclavage et
les Noirs réunionnais, aujourd’hui, associés à des descendants
d’esclaves, ce
qui n’est pas toujours le cas, car ils sont plus souvent descendants
d’engagés,
c’est-à-dire descendants d’une population arrivée plus récemment et qui
a moins
eu l’occasion de se mélanger, donc de se métisser. Il est important de
prendre
conscience que la culture dont a hérité la population noire aujourd’hui
provient plus d’un héritage de la période de l’engagisme que de
l’esclavage, ce
qui s’explique par le fait que la période de l’esclavage est plus
ancienne et
que l’héritage culturel de l’esclavage a été nié par les autorités, les
propriétaires d’esclaves et les ex-esclaves eux-mêmes, affranchis, dès
l’abolition de l’esclavage.
A l’heure actuelle, où
se situent les Cafres sur l’échelle sociale réunionnaise ?
L’appartenance à une ethnie
joue un rôle majeur dans la position au sein de la stratification
sociale à La
Réunion. Les relations sociales entre les groupes kaf et malbar sont
plus
importantes que celles entre les autres groupes. Les groupes chinois et
les
zarabes sont isolés. Les gros Blancs et les zoreils sont les groupes
les plus
apparentés. Mon analyse sociologique montre que les préjugés coloniaux,
selon
l’appartenance ethnique, font toujours leur effet dans cette société et
sont
hérités directement du système esclavagiste. La structure
socio-économique à La
Réunion est toujours coloniale. Et ceci empêche le développement de
l’identité
de la classe inférieure et en particulier celle des Kaf. Et tout cela
est ancré
dans l’inconscient collectif. La stratification sociale change
également avec
l’apparition du prolétariat urbain dans lequel on retrouve la plupart
des Kaf.
Ce prolétariat est touché par un certain nombre de fléaux sociaux liés
à son
faible niveau de revenus et ses conditions de vie déplorables comme le
chômage,
l’alcoolisme et la violence.
Quels sont les symboles
de l’identité culturelle cafre ?
Utiliser un rouler et un kayam
revêt une dimension symbolique, qui va au-delà de la pratique musicale.
Dans le
servis kaf, ces instruments symbolisent le contact avec le sacré et les
participants amènent ainsi leur propre notion de spiritualité. Ces
symboles
représentent l’Afrique et Madagascar et ont été dévalorisés et cachés
pendant
l’esclavage, le colonialisme et la départementalisation, donc par
extension, on
a dévalorisé et dénigré aussi ses pratiquants. En interdisant le
maloya, on
attaque les symboles africains et malgaches et indirectement on nie le
passé et
l’histoire mais aussi on prive les pratiquants de culture. On a vu
l’éradication du carnaval, on a essayé d’éradiquer le moring, et
actuellement
on essaie d’éliminer la pratique du créole dans l’espace privé. Ainsi,
tout le
savoir, l’histoire, les symboles, les vestiges du passé kaf et surtout
la
religion n’existent presque plus - voire plus du tout pour certains -
dans la
mémoire collective et individuelle des Réunionnais.
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