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« Les vestiges du passé kaf n’existent presque plus »

Fête des Cafres 2008 à Saint-Denis (La Réunion) 22

Le sociologue Laurent Médéa animait hier à Saint-Louis une conférence sur l’évolution sociale économique et symbolique des Cafres. Selon lui, la structure socio-économique réunionnaise est restée coloniale et empêche le développement d’une identité propre aux “Kaf”.

Qu’entend-on exactement par le terme « kaf » ?

Laurent Médéa : La couleur de peau noire reste associée, de par l’histoire de la Réunion, à l’esclavage et les Noirs réunionnais, aujourd’hui, associés à des descendants d’esclaves, ce qui n’est pas toujours le cas, car ils sont plus souvent descendants d’engagés, c’est-à-dire descendants d’une population arrivée plus récemment et qui a moins eu l’occasion de se mélanger, donc de se métisser. Il est important de prendre conscience que la culture dont a hérité la population noire aujourd’hui provient plus d’un héritage de la période de l’engagisme que de l’esclavage, ce qui s’explique par le fait que la période de l’esclavage est plus ancienne et que l’héritage culturel de l’esclavage a été nié par les autorités, les propriétaires d’esclaves et les ex-esclaves eux-mêmes, affranchis, dès l’abolition de l’esclavage.

A l’heure actuelle, où se situent les Cafres sur l’échelle sociale réunionnaise ?

L’appartenance à une ethnie joue un rôle majeur dans la position au sein de la stratification sociale à La Réunion. Les relations sociales entre les groupes kaf et malbar sont plus importantes que celles entre les autres groupes. Les groupes chinois et les zarabes sont isolés. Les gros Blancs et les zoreils sont les groupes les plus apparentés. Mon analyse sociologique montre que les préjugés coloniaux, selon l’appartenance ethnique, font toujours leur effet dans cette société et sont hérités directement du système esclavagiste. La structure socio-économique à La Réunion est toujours coloniale. Et ceci empêche le développement de l’identité de la classe inférieure et en particulier celle des Kaf. Et tout cela est ancré dans l’inconscient collectif. La stratification sociale change également avec l’apparition du prolétariat urbain dans lequel on retrouve la plupart des Kaf. Ce prolétariat est touché par un certain nombre de fléaux sociaux liés à son faible niveau de revenus et ses conditions de vie déplorables comme le chômage, l’alcoolisme et la violence.

Quels sont les symboles de l’identité culturelle cafre ?

Utiliser un rouler et un kayam revêt une dimension symbolique, qui va au-delà de la pratique musicale. Dans le servis kaf, ces instruments symbolisent le contact avec le sacré et les participants amènent ainsi leur propre notion de spiritualité. Ces symboles représentent l’Afrique et Madagascar et ont été dévalorisés et cachés pendant l’esclavage, le colonialisme et la départementalisation, donc par extension, on a dévalorisé et dénigré aussi ses pratiquants. En interdisant le maloya, on attaque les symboles africains et malgaches et indirectement on nie le passé et l’histoire mais aussi on prive les pratiquants de culture. On a vu l’éradication du carnaval, on a essayé d’éradiquer le moring, et actuellement on essaie d’éliminer la pratique du créole dans l’espace privé. Ainsi, tout le savoir, l’histoire, les symboles, les vestiges du passé kaf et surtout la religion n’existent presque plus - voire plus du tout pour certains - dans la mémoire collective et individuelle des Réunionnais.

CLICANOO.COM | Publié le 24 mai 2009







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