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Lynchage de Santo Domingo : Emotions et indignation en Haïti

haitien à saint domingue photo de Michelle Brea

Des parlementaires, dont le président du Sénat, Kély Bastien, réclament une réponse ferme du gouvernement et du Président Préval contre l’inacceptable.

Le président du Sénat, Kély Bastien, a souhaité lundi le rappel de l’ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine, Fritz Cinéas, en protestation contre le lynchage, dans une ambiance festive, d’un compatriote samedi dernier à Santo Domingo, un événement qui soulève l’indignation et la colère dans différents secteurs.

Condamnant énergiquement ce crime barbare, à l’instar de plusieurs de ses collègues, le parlementaire a estimé que face à la gravité de l’acte, la réaction du gouvernement devait être ferme. Elle doit aller au-delà des notes de protestation suivant généralement les atrocités dont sont victimes des ressortissants haïtiens en territoire voisin, a dit le Sénateur Bastien en déplorant la passivité de l’Exécutif sur un dossier aussi urgent.

« Tant et aussi longtemps que les autorités resteront indifférentes vis-à-vis des actes inacceptables dont sont victimes les haïtiens de la part des dominicains, nous devrons nous attendre à plus de massacres, d’assassinats et d’humiliations », a laissé entendre le président du Sénat.

Plus loin, il a indiqué que le minimum pour le gouvernement aujourd’hui est d’élever des protestations officielles à la face de l’opinion publique nationale et internationale. Une façon de rompre avec les « situations indécentes » où des gouvernements étrangers sont plus enclins qu’Haïti à dénoncer les graves violations des droits de nos compatriotes en république voisine.

Au final, Kély Bastien appelle le Président René Préval à user de ses relations personnelles avec son homologue dominicain, Leonel Fernàndez, en vue de restaurer le principe de la dignité des ressortissants haïtiens, de quelque niveau social qu’ils soient, de l’autre côté de la frontière.

Autre réaction au Sénat, celle de Youri Latortue. Le président de la commission justice et sécurité de la Chambre haute, également dirigeant d’Ayiti Ann Aksyon (AAA), est favorable au rappel à Port-au-Prince de l’ambassadeur Cinéas pour des consultations appropriées sur l’odieux assassinat de Santo Domingo.

Soupçonnant une collusion entre les forces de l’ordre et la bande de criminels ayant mis à mort l’haïtien, en plein jour, sur une place publique où des spectateurs se délectaient, le Sénateur Latortue trouve impensable que la police dominicaine, si prompte à intervenir, ne soit pas arrivée sur le théâtre de l’événement plus d’une heure après le meurtre.

Le parlementaire juge incontournable une ferme condamnation haïtienne afin que les dominicains sachent que personne n’est prêt à accepter l’existence, en République Dominicaine, d’un « Etat délinquant ».

Même ton à la Chambre basse où plusieurs élus n’ont pas caché leur indignation. Le Député Pierre Jérôme Valciné (Cabaret, Ouest), président de la commission des droits humains, dénonce les pratiques de l’Etat dominicain consistant à violer les droits des haïtiens présents sur son territoire, dont le droit à la vie. La communauté internationale devrait placer le pays voisin sur la liste noire des Etats impliqués dans la violation systématique des droits les plus élémentaires, a déclaré le Député Valciné.

Les Députés Patrick Domond (Jacmel, Sud-Est) et Joseph Nelson Pierre-Louis (Port-Salut, Sud) ont aussi exprimé leurs préoccupations et leur désir de voir l’Exécutif se mettre à la hauteur de ses responsabilités. Le premier exhorte les expatriés établis en terre dominicaine à revenir au pays tandis que le second exige que justice soit accordée à l’haïtien massacré.

Ce véritable martyr accusé à tort d’avoir exécuté son patron dominicain, a été décapité à coups de hache sous les vivats d’une foule dans laquelle se trouvaient de jeunes dominicains qui n’avaient pas hésité à immortaliser ce spectacle d’horreur à l’aide de la caméra de leurs portables.

Le ministre haïtien des affaires étrangères, Alrich Nicolas, a énergiquement condamné ce lynchage qui, selon lui, a plongé la République Dominicaine dans une « barbarie indigne des valeurs humaines ».

De nombreux haïtiens sont régulièrement victimes d’incidents meurtriers ou sanglants en territoire voisin où ils sont des centaines de milliers chassés de leur pays par l’insécurité économique et le chômage de masse.

spp/Radio Kiskeya

lundi 4 mai 2009,



Le Nouvelliste publie une liste non exhaustive des victimes d'actes d'assassinats, de tentatives de meurtres et de violences de toutes sortes subies par des ressortissants haïtiens en territoire voisin. Jusqu'à présent, le gouvernement tarde à utiliser les mécanismes internationaux pour forcer les autorités dominicaines à respecter le droit à l'intégrité physique, voire le droit à la vie, inaliénables et imprescriptibles au genre humain.


8 mars 2009 : Assassinat du docteur Lapointe Milot, 35 ans, un professionnel haïtien pratiquant en République dominicaine ;

5 novembre 2008 : Meurtre par balles du ressortissant haïtien, Judelin Jeune, 18 ans, dans la localité de « Los Planitos », proche de la rivière Massacre, par le militaire dominicain dénommé Martin Pérez Rosso ;

28 octobre 2008 : Plus de 476 Haïtiens pris en chasse par des Dominicains en furie ont sollicité leur rapatriement « volontaire » au pays natal pour échapper à la mort. L'incident a eu lieu suite aux informations selon lesquelles un Dominicain aurait été tué par un présumé ressortissant haïtien qui aurait, par la suite, volé sa bicyclette. Et c'est en représailles que des Dominicains sont partis, le soir même, à l'assaut de tous les compatriotes haïtiens retrouvés sur leur chemin ;

2 août 2008 : Vers 7 heures du soir, Frantzy Grand-Pierre, 23 ans, originaire de Belladère, a été abattu à bout portant, par des militaires dominicains en uniforme, dans une station à essence de la province frontalière d'Elias Pina, où il venait de s'approvisionner. Le sergent Enrique Pérez Castillo et le lieutenant Franklin Terrero sont cités comme les présumés auteurs de ce meurtre ;

25 Juin 2008 : Un ressortissant haïtien a rendu l'âme après qu'un chauffeur dominicain l'eut blessé á l'arme blanche, au portail frontalier de Carrizal (Belladères). Ce facteur originaire de Saint-Marc réclamait des explications du chauffeur au sujet d'une somme d'argent qu'il lui avait confiée pour des Haïtiens résidant à Santo Domingo, et qui ne serait pas arrivée à destination. Les pièces d'identité de la victime auraient été subtilisées avec le sac qu'il transportait. Le cadavre est resté entre les mains des autorités dominicaines ;

14 mai 2008 : Nerlande François, une commerçante haïtienne, a retracé, avec amertume et la mort dans l'âme, le film de l'assassinat de son mari, Mésadieu Oblien, par le chauffeur d'un autobus qui les conduisait vers Santo Domingo. Ce dernier, avec insistance, lui réclamait son passeport muni d'un visa régulier, qui avait été préalablement visé à un poste de contrôle militaire. Face au refus du ressortissant haïtien, le chauffeur s'est emporté, l'a frappé et l'a abattu de plusieurs balles en présence de plusieurs témoins haïtiens et dominicains ;

1er avril 2008 : A la frontière d'Anse-à-Pitres/Pédernales, Lionel Momplaisir, 28 ans, a été la cible de Julio César, un agent du Corps dominicain Spécialisé (CESFRONT). Le ressortissant haïtien avait refusé une fouille irrégulière effectuée par le militaire dominicain qui a tiré en sa direction l'a atteint au cou ;

24 mai 2008 : Deux ressortissants haïtiens sont tués par la police dominicaine à Dajabón. Selon des sources officielles, ces Haïtiens âgés respectivement de 35 à 39 ans ont été tués après une tentative de vol dans une ferme située dans cette zone frontalière. En putréfaction avancée, les cadavres ont été enterrés par les policiers dominicains ;

Mars 2008 : En l'espace de 4 jours, deux Haïtiens ont été abattus par des membres de la force publique dominicaine à Dajabon, ville frontalière limitrophe de Ouanaminthe. Il s'agit d'Anite Joazard, tuée le 24 mars et d'Antoine Jean, abattu le 28 mars ;


27 mars 2008 : Antoine Jean, un ressortissant haïtien accusé à tort d'avoir ouvert le feu sur une patrouille frontalière à Dajabòn, a été tué par balles, par des agents de la Police dominicaine et de la Direction nationale de contrôle des drogues (DNCD). Deux autres hommes auraient lancé l'attaque contre la patrouille militaire pendant qu'elle participait à une opération en coordination avec l'organisme anti-narcotique ;

22 janvier 2008 : Vers 9 heures du matin, un agent de la Police dominicaine, en poste à Elias Pina, a tiré dans le dos Iloxène Antoine, 50 ans, un cultivateur haïtien. Ce dernier a rendu l'âme, laissant une progéniture de 4 enfants. Le policier, Franklin Terrero, est le même qui a été pointé du doigt dans le meurtre perpétré le 2 août 2008, sur le jeune Haïtien Frantzy Grand-Pierre ;

17 septembre 2007 : Jeannette Ortega, une adolescente haïtienne, a été tuée dans la province dominicaine de Puerto Plata (nord) par des motards qui, selon la police dominicaine, seraient de nationalité haïtienne. Une enquête a été ouverte sur ce crime dont le mobile restait inconnu ;


Juillet 2007 : Deux ressortissants haïtiens, Joël Tio Jean, 20 ans, et Isma Daï, 50 ont été tués en juillet 2007 en République Dominicaine dans deux incidents séparés. Le premier a été tué avec de multiples blessures au cou lors d'une dispute à Barahona, une ville dominicaine proche de la frontière avec Haïti. Dans la même ville de Barahona, le corps du second, un travailleur agricole haïtien, a été découvert dans un canal. Il a été asphyxié avant d'être noyé, a révélé le rapport d'autopsie d'un médecin légiste dominicain. Une enquête a été ouverte sur ce double meurtre ;

27 mai 2007 : Les autorités policières dominicaines annoncent avoir découvert le cadavre de l'Haïtien Juan Pablo Isabel de Leòn, 29 ans, dans le batey Lecherìa, dans une localité de la province de Santo Domingo. Le rapport d'un médecin légiste précise qu'il a été abattu de plusieurs balles. Le même jour, un autre ressortissant haïtien, Francisco Mella, 23 ans, a été retrouvé mort de quatre projectiles logés dans différentes parties de son corps. Après le constat légal, le cadavre de cette victime a été transféré à l'institut de pathologie pour les formalités d'autopsie ;

5 avril 2006 : Alexo Pierre, 26 ans, un jeune ressortissant haïtien, a été tué. Un autre, Elie Filigel, 24 ans, a grièvement été blessé dimanche après être tombés dans une embuscade tendue par des bandits dominicains, selon des déclarations de la Police Nationale Dominicaine. Les deux victimes avaient été poignardées par Danny et Osvaldo ainsi connus qui les ont dépouillés de la modique somme de 1.700 pesos dominicains (environ 50 dollars américains). Alexo Pierre et Elie Filigel habitaient respectivement à Ceibita et à Pekìn, deux quartiers de la deuxième ville dominicaine, Santiago (nord).

Soulignons que ces cas correspondent à certains crimes constatés, médiatisés et perpétrés devant témoins, en divers points frontaliers, et sont loin de la réalité des la violences de toutes sortes subies par des ressortissant (e) s haïtien (e)s, loin des regards. La non-publication des rapports d'enquêtes par la justice dominicaine, voire l'absence de poursuites véritables, ne font que conforter les auteurs de ces actes dans l'impunité dont ils sont les grands bénéficiaires.

S. B.





Un van de liberté un esprit insoumis