Dans les bidonvilles d'Haïti, après
la pluie, les ouragans menacent
PORT-AU-PRINCE
- Inondations, coulées de
boue, maisons enfouies sous les gravats, la saison des pluies a déjà
fait de
nombreuses victimes en Haïti qui redoute maintenant l'arrivée des
ouragans à
partir de juin.
Après
deux jours de pluie, la ville de
Léogane, à une trentaine de kilomètres au sud de la capitale
Port-au-Prince,
est complètement inondée, et les habitants manifestent dans la rue pour
condamner "le laxisme" des autorités.
A
Désermithe, un bidonville situé dans la
banlieue chic de Pétion-ville, à l'est de la capitale haïtienne, des
maisons
ont été enfouies sous des coulées de boue.
"Regardez,
là il y avait trois
maisons, elles ont disparu. Un pylône électrique est enterré sous plus
de deux
mètres" de boue, explique Gérard, un habitant du bidonville.
Des
maisons construites dans une ravine
ont été pratiquement englouties, recouvertes d'alluvions de toutes
sortes
charriés par les eaux des dernières pluies.
"A
chaque pluie, c'est le même drame.
L'eau dévale le morne, où les arbres ont totalement disparu pour faire
place à
des constructions en béton, et emporte tous nos biens", raconte Marie
Duprévil, 69 ans.
Vendeuse
de charbon, cette femme vit avec
ses enfants dans un réduit situé près d'un pont. Le vieil ouvrage
complètement
obstrué sert de dépôt d'ordures aux dizaines de milliers d'habitants du
bidonville.
"Il
faut drainer, construire des
canalisations et ériger des murs secs", estime-t-elle. "Sinon, à la
prochaine pluie, que va-t-il en être de ma maison?",
s'interroge-t-elle,
soutenue par des voisines.
Le
bidonville de Désermithe s'élève en
flèche jusqu'au sommet du morne appelé "Tchétchénie" par ses
habitants. Tout près, des constructions en béton plus ou moins
coûteuses
abritent des dizaines de milliers de personnes.
"Nous
sommes des oubliés du pouvoir.
Personne ne nous rend visite ici sauf quand les politiciens ont besoin
de nous
pour voter", se plaint Gérard, la cinquantaine et au chômage.
"Je
me suis adressé à la mairie de
Pétion-ville, pas de réponse. Alors nous sommes à la merci des
intempéries", se résigne ce père de 4 enfants.
Paul
Evens, 13 ans, montre du doigt les
maisons enfouies, leurs toits émergeant à peine de la boue. Témoin et
victime,
l'adolescent s'inquiète de la fragilité de l'environnement où il vit
avec ses
parents.
"Après
la pluie, je ne peux pas aller
à l'école", se plaint-il. Souvent, la route qui débouche sur la ville
est
impraticable, elle est couverte de boue", raconte-t-il.
Quelques
mètres plus loin, un autre
bidonville surpeuplé, baptisé "Jalousie", a grossi au fil des années
sur un morne totalement déboisé.
Les
autorités paraissent bien impuissantes
face à la naissance de ces bidonvilles. Des tentatives pour déloger
leurs
habitants tournent parfois à l'affrontement.
Des
centaines de manifestants en colère
ont récemment incendié un tracteur et des équipements lourds envoyés
par les
autorités pour détruire des constructions anarchiques sur un autre
flanc de
morne de la capitale.
Selon
le ministère haïtien de l'Environnement,
près de 1,5 million de personnes vivent dans la trentaine de
bidonvilles qui
entoure la capitale.
La
saison des ouragans dans l'Atlantique
débute le 1er juin et s'étend jusqu'au 30 novembre.
(AFP / 04 mai 2009 22h32)
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