«
Terre de résistance », « Cité Charlemagne Péralte », « zone stratégique
pour le
combat », ces qualificatifs, tous vraisemblables, font néanmoins
abstraction du
contraste qui caractérise la ville de Hinche aux yeux de toute personne
qui s’y
aventure pour la première fois.
Les bâtiments qui perchent sur la route à l’entrée de Hinche, chef lieu
du
département du Centre, étonnent les voyageurs habitués à de grands
buildings.
Ces constructions sont, pour la plupart, des réduits d’une à deux
pièces, en
toit de chôme ou en tôle. Le flanc des mornes offre un tableau
davantage
désolant. Cette situation traduit un niveau économique relativement bas
de la
population.
Les infrastructures de base : eau potable, assainissement, électricité,
services
de base, etc., font défaut à la ville qui tarde, comme le reste du pays
d’ailleurs, à entrer dans l’ère de la modernisation et du
développement. En
dépit d’une absence de bidonvilles à Hinche, les mornes arides
renvoient à des
espaces de misère. « On dirait des gens qui survivent mais qui ne
vivent pas »,
dirions-nous.
Les
routes manquent énormément. Défoncées, rocailleuses, bref impraticables
en
temps de pluie, les voies qui mènent à la Cité Charlemagne Péralte, du
nom du
chef des résistants haïtiens ayant combattu l’Occupation américaine
(1915-1934),
découragent les visiteurs. La construction du tronçon
Port-au-Prince/Hinche,
débutée sous le régime de transition, atteint à peine Mirebalais. Il
est vrai
que, actuellement, des travaux sont entrepris en vue de casser les
pentes
raides qui rendent quelque peu difficile la tâche à la firme
d’exécution,
toujours est-il que l’accès demeure pénible dans ce coin du pays.
Dans cette commune, chef-lieu du Centre, on trouve seulement quelques
mètres de
routes asphaltées à l’entrée de la ville située à plus de 125
kilomètres au
Nord’Est de la capitale. Pour le reste, les autres sont en terre
battue. D’un
autre côté, le cimetière de Hinche qui salue les voyageurs à l’entrée
de la
ville, constitue également un sujet de curiosité. « Pourquoi a-t-on
choisi ce site
? On aurait pu le placer quelque part d’autre. Car les morts qui y sont
inhumés
sont matière à hanter les esprits », commente une visiteuse toute
apeurée.
De tout ce dénuement total et de cette absence d’infrastructures,
heureusement
il y a la nouvelle cathédrale Immaculée de Marie qui se distingue du
lot. Motif
de fierté pour une population, somme toute peu exigeante, l’édifice est
caractérisé par son architecture moderne, sa taille géante et sa vue
surprenante sur le reste de la ville. Côté esthétique, l’immeuble
surclasse
celui de Port-au-Prince. « C’est la principale construction de la ville
»,
s’enorgueillit une dame dans la trentaine.
De potentialités énormes inexploitées !
Les
potentialités de la zone contrastent farouchement à l’image d’indigence
que
reflète la commune. La chute de Bassin Zim à quelque pas de Papaye, la
grotte
Layaye située à proximité de Pandiassou, la grotte Soltadère qui, de
l’avis des
riverains, libère des eaux chaudes et froides, constituent des atouts
générateurs de revenus.
« Pourquoi tant de manques au bord de ces possibilités énormes ?
L’indulgence
qui caractérise la vie des démunis à Hinche, est comme mourir de soif
au bord
d’une fontaine », déplore une visiteuse. Néanmoins, la valeur de ces
sites
naturels et touristiques, imprégnés d’une rare verdure, reste à
estimer.
Les Hinchois foncièrement solidaires
La
pauvreté qui caractérise à première vue, la commune est loin d’être un
facteur
de découragement pour la population. Chacun vit-il pour soi ? Loin s’en
faut.
Le dénuement n’empêche pas la solidarité. Et si modeste que soit la
contribution, chaque personne, association ou groupe de personnes
apporte son
soutien aux plus démunis.
L’expérience du Mouvement des paysans de Papaye (MPP) n’est plus à
démontrer
tant cette organisation, vielle de 36 ans environ, s’implique dans
l’avancement
de la communauté. Il y a, par ailleurs, la congrégation des Petites
Sœurs de
Sainte-Thérèse qui fait un travail tout aussi remarquable. Établie dans
la
localité de Papaye, il y a un peu plus de 60 ans, la congrégation,
purement
haïtienne, s’implique dans l’éducation et la promotion sociale.
D’ailleurs, la
philosophie de l’ordre, fondée en 1948, est : « Aller dans les
montagnes, là où
les autres n’arrivent pas », souligne sœur Eumanie Alcide, responsable
de la
région. L’on comprend pourquoi, en mission, les adeptes grimpent des
montagnes
pendant plusieurs heures pour porter secours à ceux qui en ont besoin.
La
religieuse qui compte 40 ans de service à la communauté de Papaye,
explique que
l’organisation est aujourd’hui présente dans les dix départements.
L’alphabétisation, la formation professionnelle, l’éducation, la
catéchèse, la
santé, l’agriculture constituent les principaux domaines d’intervention
des
Petites Sœurs de Sainte-Thérése. La production agricole demeure la
priorité de
la congrégation. On cultive notamment le maïs, le petit-mil en grande
quantité,
les haricots. On fabrique le miel, le rapadou, la Dous Madan Michelot.
En 60 ans d’existence, les
religieux ont créé 28 écoles à travers les dix
départements du pays dont une dizaine à Hinche, deux hôpitaux, 16
dispensaires,
deux asiles pour les personnes âgées, un sanatorium pour les
tuberculeux, un
orphelinat, deux fermes dont une à Papaye, laquelle contient, entre
autres,
institutions scolaires, pension, dispensaire, centre de formation et
centre de
distribution de fruits. « Elle est établie sur 100 carreaux de terre »,
apprend
la religieuse. Ajoutées à cela, 40 maisons construites un peu partout
dans le
pays. De l’avis de sœur Eumanie Alcide, il semble qu’aujourd’hui le
financement
constitue la principale préoccupation de cette organisation sociale.
Malgré tout, la vie
fonctionne tant bien que mal dans la ville et la population locale en
trouve
matière à réjouissances. « La présence des casques bleus stimule la vie
nocturne très pimentée, par moments », apprend Fred Lacroix,
propriétaire d’un
night club dans la région. Cinq boîtes de nuit : Zénith night club, La
Détente,
4 Coins bar, Le Récif night club, Le Gassy fonctionnent
quotidiennement. Des
groupes musicaux comme Kreyòl la, Djakout mizik, Sweet Miky, Tropicana
d’Haïti,
Septentrional, etc., font danser à leurs heures, les mélomanes les
mieux
nantis.
Pour le reste, les salles de ciné, la chaîne de télévision locale Seven
Stars
ou les 9 stations de radio locale dont une extension de la radio de
Port-au-Prince MBC, offrent des espaces de loisirs aux jeunes,
majoritaires
parmi les plus de 60 000 âmes qui vivent à Hinche. La place publique
appelée
Place Charlemagne Péralte, ou encore les bibliothèques scolaires
peuvent être
considérées comme une alternative, par les moments d’évasion qu’elles
procurent.