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Haiti: transformer son toit en jardin


haiti jardin urbainTraditionnellement, des familles haitiennes font du jardinage dans la cour de leur maison. D’autres citoyens, armés d’idées novatrices, se tournent vers le toit de leur maison pour planter des fleurs et même des légumes. Ingénieux !

Par Jonas Laurince

Magda, habitant à Diquini, dans la commune de Carrefour, fait du jardinage sa passion. Toute sa maison est bordée de fleurs et des plantes qui lui donnent des airs d’un petit Eden. Cependant, une chose attire la curiosité de tous : les plantent poussant à même le toit de sa maison. Ce ne sont ni des fleurs ni aucune autre plante décorative, mais tout simplement des légumes.

Tout comme pour les fleurs, elle plante dans des sacs de riz et dans des « pots spéciaux » (fabriqués à partir des barils d’huile ou « droum » en créole) toutes sortes de légumes allant de la carotte aux tomates, des épinards aux brocolis en passant par du citron. Elle a même des bananiers qui sont sur le point de produire des régimes de bananes.

« J’ai commencé cette expérience avec les épinards, raconte fièrement Magda, et cette elle m’a permis de cultiver d’autres espèces de légumes. » Pour le matériel, il suffit d’avoir des sacs de riz, ou encore de vieux barils d’huile découpés, un peu de terre et les semences. Pour la croissance des plantes, il faut les arroser deux fois par jour (en saison sèche), et une fois par jour en saison pluvieuse. Puis on laisse à la nature le soin de faire son travail.

« Je consomme les légumes de mon toit pendant plusieurs jours», déclare cette quinquagénaire qui invite les riverains de son quartier à suivre son exemple.

Esther, une autre cultivatrice dans la trentaine, suivant les conseils de sa voisine, a commencé avec les patates douces. Dans des petits sacs de riz, elle les dispose comme si c’étaient des fleurs. « Ce mois de mars j’ai consommé des patates douces que j’ai planté depuis le toit de ma maison, se réjouit cette disciple de Magda qui envisage d’élargir son « champs » et invite d’autres personnes à l’imiter. « C’est très intéressant comme travail et le résultat est très fructueux » soutient-elle.

Esther et Magda reconnaissent toutes les deux qu’il existe un certain sentiment de paresse chez beaucoup d’Haïtiens. « Souvent on entend des gens dire que la terre ne produit pas de fruits (« latè pa bay »), regrette Esther en montrant une très grosse igname qu’elle a pu récolter dans la cour de sa maison. «Si seulement les gens retournaient à l’agriculture il y aurait moins d’affamés. »

Magda explique qu’un de ses neveux ayant travaillé au Tchad en Afrique Subsaharienne comme médecin lui raconte que le gouvernement de ce pays a encouragé les habitants à faire ce genre de culture pour leur survie. Elle pense que cette alternative servirait à s’investir dans l’agriculture urbaine, à faire des économies et à aimer la nature. « Si chaque Haïtien plantait au moins une plante chez lui, nous ne connaitrions pas cette vie chère que nous vivons actuellement ! » conclut-elle.

jonaslaurince@yahoo.fr

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