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Afrique
du Sud :
Les défis de Jacob Zuma

Photo :Pan-African News Wire
Ainsi, l’ANC du sulfureux
Jacob Zuma a remporté les dernières
élections générales de l’Afrique du Sud postapartheid, mercredi passé,
avec
65,9% des suffrages, moins donc des 70% sentis trop tôt par Zuma,
contre 16,68%
pour l’Alliance démocratique (AD) d’Helen Zille, la maire du Cap, 7,42%
au
COPE, parti dissident de l’ANC emmené par Mosiuo Lekota, qui, bien que
lancé il
y a seulement cinq mois, arrive en deuxième position dans quatre des
neuf
provinces du pays, etc., selon les décomptes finals.
Des
élections qui se sont déroulées dans le calme, sans heurts, pas même au
Natal-Kwazulu, où l’armée avait été préventivement déployée, et à très
forte
participation, supérieure à celle du dernier scrutin de 2004 d’au moins
7
points aux alentours de 77%.
Le
journal sud-africain Bild a même comparé l’affluence à ces
consultations à
celle des premières élections multiraciales de 1994. Alors que les
bureaux de
vote devaient fermer à 21h, les élections ne se sont-elles pas
poursuivies
au-delà, 6 heures après dans le Kwazulu-Natal jusqu’à ce que les
électeurs
patientant dans les files d’attente aient voté, la Commission
électorale
s’étant trouvée, entre-temps, à court de bulletins et d’urnes ?
Si,
par son raz-de-marée, l’ANC a confirmé l’ampleur de son soutien, en
n’obtenant
plus la majorité des 2/3 nécessaire pour modifier la Constitution, le
parti par
excellence de la lutte contre l’apartheid ne confirme pas moins son
recul
politico-électoral : la création du COPE, la percée de l’AD,
issue de
l’opposition blanche au système raciste, de 4 points de plus qu’en 2004
avec
16% des suffrages et, surtout, sa victoire dans la province du Western
Cape,
ainsi que les doutes sur l’intégrité de Zuma, qui a bénéficié plutôt
d’une
annulation politique ?
Des
poursuites engagées contre lui pour corruption que d’un blanchiment
judiciaire
à l’issue d’un procès en bonne et due forme, y sont pour quelque
chose ;
sans oublier que, au fur et à mesure du temps, le mérite qui vaut le
plus aux
yeux de l’électeur n’est pas tant d’avoir éradiqué son mal passé, en
l’occurrence l’apartheid, que d’éradiquer celui qu’il vit ici et
maintenantt,
la pauvreté en ce qui concerne l’Azanie : 43% d’individus
vivent en
dessous du seuil de pauvreté, et 40% survivent dans le chômage, dans ce
pays
paradoxalement la première puissance économique du continent
noir ; des
statistiques susceptibles d’empirer, le pays s’apprêtant à entrer en
récession.
Autre défi à relever dans ce pays riche qui n’est pas à un paradoxe
près :
faire face au Sida notamment au profit du plus grand nombre de
séropositifs au
monde avec 5,5 de ses 48 millions d’habitants porteur du VIH.
Et
là, ce n’est pas la douche de Zuma après son viol non protégé d’une
séropositive ni la consommation d’oignons préconisée par une trop peu
éclairée
ministre de la Santé de M’Béki, plutôt de la non-Santé, qui y pourront
quoique
ce soit. Et ce n’est pas tout, la criminalité, son taux le plus élevé
au monde
a été enregistré à Johannesbourg, est un autre des périls que le
président à
élire le 6 mai doit vaincre pour ne pas avoir triomphé sans gloire.
"S’il
(NDLR : Zuma) n’est pas encore effrayé par l’ampleur du
chômage, de la
pauvreté et de la criminalité, ni par les faiblesses des systèmes
d’éducation
et de santé, il le sera bientôt" (l’éditorialiste du Business
Day ?).
Qui est ce Jacob Zuma ? Selon Nicolas Champeaux, premier
dirigeant de
toute l’histoire de l’ANC à ne pas être issue de la classe moyenne, il
est
orphelin de père et fils d’une femme de ménage, Zuma a gardé les vaches
dans
les gorges du Kwazulu-Natal avant de se frotter aux mouvements
syndicaux.
Arrêté
pour complot par le régime de l’apartheid en 1963, il a été incarcéré à
Robben
Island comme Mandela, a gravi les échelons de l’ANC durant ses dix
années de
détention, et en a profité pour apprendre à lire et à écrire en
anglais. Il a
vécu par la suite en exil au compte du mouvement, entre autres, comme
chef du
contre-espionnage et du renseignement.
Il a
prouvé ses talents de conciliateur, en mettant fin spécialement aux
massacres
dans sa province, le Kwazulu-Natal, et en tant que médiateur au
Burundi. Il a
survécu à un procès pour viol et a des inculpations pour corruption.
Que le
MBDHP et l’UIDH le sachent si ce n’est déjà fait, Zuma ne ferme pas la
porte au
rétablissement de la peine de mort, et il lui arrive de tenir des
propos
homophobes ou sexistes. Polygame, il a entre quinze et dix-huit enfants.
Si
tout comme il y a des doutes sur son intégrité, il y en a quant au
nombre exact
de ses rejetons, la transparence, ce n’est vraiment pas le fort de
Zuma. Il a
fait en sorte de s’identifier aux pauvres, marginalisés, selon
l’hebdomadaire
sud-africain Mail and Guardian, et, avec l’ANC, ils ont mené une
brillante
campagne et réussi à faire passer les élections de 2009 pour un duel
entre
minorité riche, noire comme blanche d’un côté et supermajorité noire,
pauvre de
l’autre.
Donc
Zuma "a fait de sorte à s’identifier aux pauvres, margilasités, ils se
retourneront contre lui s’il échoue à répondre à leurs attentes",
prévient
le journal. Malheureusement pour Zuma et l’ANC aussi peut-être, selon
le
Business Day, "...la réalité est que l’Etat postapartheid n’est pas en
mesure de répondre à leurs aspirations dans un futur proche"./
L'Observateur.
Source
27/04/2009
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