A
Aïda, le pape face aux cris des enfants réfugiés
Au
pied du mur de séparation, Benoît XVI a passé une heure mercredi 13 mai
au
coeur du camp de réfugiés palestiniens d’Aïda. À cette occasion, le
président
Abbas a lancé un appel direct aux Israéliens pour la paix

Benoît
XVI dans le camp de réfugiés
palestiniens d'Aïda, à Bethléem (Photo Cito/AP).
Sofia a 16 ans, de grands yeux verts. Pour l’occasion, elle a mis une
magnifique robe traditionnelle palestinienne, rouge et or. Sofia danse
devant
Benoît XVI, dans la cour de l’école des Nations unies. Que voudrait
dire au
pape cette jeune Palestinienne, née ici, dans le camp d’Aïda ?
« Que nous sommes des enfants, et que nous voulons avoir la même vie
que les
enfants du monde entier. » La réponse fuse, un peu vite sans doute,
comme une
phrase bien apprise. Mais Sofia regarde ensuite d’un air sincère le
mur,
construit par les Israéliens, qui se dresse, avec son imposant mirador,
à
quelques mètres de l’école qui accueille le pape. Cette école qui
accueille
Benoît XVI se trouve tout près du check-point. Plusieurs fois détruite,
elle
est devenue l’un des endroits les plus dangereux du camp.
Sofia ne connaît pas la terre de sa famille, en Israël, de l’autre côté
de
Jérusalem : « Je ne peux pas y aller. Je veux être journaliste, pour
pouvoir
raconter », affirme-t-elle avec ses grands yeux décidés. Sa copine
préférerait,
elle, devenir ingénieur : « Oui, pour construire des maisons. »
"Un
avenir possible"
«
Nous voulons leur montrer qu’il y a un
avenir possible, explique Mokacem, leur maître de danse, que l’on peut
sortir
des idées toutes faites sur la violence et l’horreur. » La musique
mélange
Beethoven, puis le son du muezzin et des battements de cloche : « Pour
montrer
que nous pouvons vivre ensemble, musulmans et chrétiens. »
Devant le pape, les jeunes danseurs virevoltent, portant au-dessus de
leurs
têtes des clés géantes, symboles, pour les réfugiés, des maisons
perdues. La
famille de Mokacem est dans l’autre camp, celui de Deiheisha, où
Jean-Paul II
s’est rendu en 2000.
« La visite du pape, les vieux nous en ont parlé pendant longtemps,
c’est
important », explique le jeune homme, musulman comme tous les habitants
du
camp. Mokacem n’attend rien de « magique » de la venue de Benoît XVI.
Simplement, le geste lui fait plaisir : « Un homme aussi grand dans la
religion,
qui prend de son temps pour venir nous voir, c’est une marque de
respect et une
chance, on lui montre un peu de notre vie et de ce que l’on est. »
"Etre
des gens ordinaires"
À
quelques mètres de là, tout contre le mur,
Sofia montre l’emplacement de la première estrade, celle que les
responsables
du camp avaient d’abord prévue pour le pape, et qu’ils ont dû enlever,
à la
demande des Israéliens, car elle était trop collée au mur.
L’emplacement est
cependant resté, symbolique, avec ces quelques mots « Welcome Pope in
Aida camp.
Les
témoignages se succèdent
devant le pape, dans ce pauvre décor, détaillant les difficultés de la
vie au
camp. Benoît XVI écoute, attentif, touché. Entre deux saynètes avec des
enfants, un responsable cite le poète Mahmoud Darwich : « Nous ne
voulons plus
être des victimes, mais seulement des gens ordinaires. »
Des ballons noirs, portant le nom des villages abandonnés en 1948 à la
création
de l’État d’Israël, sont lâchés. Abirtad, une croix autour du cou,
brandit le
portrait de son mari, Fadi, 29 ans, arrêté par l’armée israélienne il y
a trois
mois. « Nous ne savons même pas quelles sont les charges retenues
contre lui.
Peut-être que le pape peut nous aider », veut-elle croire. Puis Benoît
XVI a
échangé quelques mots avec deux familles de prisonniers palestiniens.
Isabelle DE
GAULMYN et Karim LEBHOUR, à Bethléem
source
|
|