|
L'État du
Delaware, le paradis fiscal américain
qui irrite le Luxembourg
Les règles
juridiques et fiscales particulières de
cet État américain attirent de nombreuses entreprises.
Excédé des
attaques portées contre son pays, le premier ministre luxembourgeois
Jean-Claude Juncker, qui préside aussi l'Eurogroupe, a lancé une
contre-offensive sévère : «Le G20 est une entreprise sans
crédibilité si
sur la liste dite “noire” des paradis fiscaux, il n'y a pas le
Delaware, il n'y
a pas le Wyoming, il n'y a pas le Nevada…», a-t-il expliqué mardi.
Est-ce à dire
que les États-Unis cacheraient des paradis fiscaux en leur
sein ?
En fait, la
concurrence entre juridictions pour attirer des résidents et des
entreprises
est une réalité culturelle et politique fondamentale outre-Atlantique.
Imposer des
normes identiques à tous les États, notamment en matière fiscale,
serait
contraire à l'esprit américain. Voilà en partie pourquoi
l'Administration Obama
n'est pas aussi empressée que d'autres de combattre les «paradis
fiscaux».
Différence de
législation suivant les États
Les États-Unis,
comme leur nom l'indique, sont un État fédéral. Les citoyens comme les
entreprises prennent en compte les différences de législation et de
taxation
entre les États lorsqu'ils choisissent de s'y installer.
C'est dans ce
contexte que le petit État du Delaware (870 000 habitants), à
peine plus
grand que la Haute-Marne, est devenu un géant mondial en tant que terre
d'accueil des sociétés. Plus de 40 % des entreprises cotées à
la Bourse de
New York y sont domiciliées.
La fiscalité
particulière du Delaware explique en partie ce phénomène : les
profits que
les entreprises réalisent de leurs activités en dehors de ses
frontières n'y
sont pas taxés. En outre, cet État, dont l'actuel vice-président des
États-Unis, Joe Biden, était sénateur, ne pratique ni l'impôt local sur
le
revenu, ni la «sales tax», sorte de TVA qui s'applique à beaucoup
d'achats de
biens dans les autres États américains.
Le pays du
shopping sans taxe
«Vous entrez
dans le Delaware, le pays du shopping sans taxe», proclament des grands
panneaux au bord des autoroutes à la frontière de l'État. En revanche,
toutes
les taxes fédérales y sont appliquées, y compris les impôts sur le
revenu des
personnes et des entreprises.
La popularité
de cet État auprès des entreprises ne tient pas qu'à des raisons
fiscales. La
législation du Delaware en matière de gouvernance est également plus
avantageuse qu'ailleurs. Les tribunaux, par exemple, y sont
«pro-business».
Beaucoup de litiges sont tranchés dans le cadre de procès sans jurys,
ce qui
donne un avantage aux riches avocats d'entreprises.
Les juges et la
jurisprudence du Delaware sont généralement bien disposés à l'égard de
la
direction des entreprises dans les cas de plaintes d'actionnaires, dans
les cas
d'OPA, ainsi qu'en matière de protection des droits des consommateurs.
À la
notion de «dumping fiscal», on pourrait donc ajouter celle de «dumping
juridique»…
Enfin, les
états financiers d'une société enregistrée dans le Delaware n'ont pas
besoin
d'être physiquement tenus sur le territoire de l'État. Un paradis
fiscal et
juridique, en quelque sorte, qui n'a pourtant rien à voir avec les
notions de
secret bancaire souvent associées aux centres offshore actuellement sur
la
sellette.
Pierre-Yves
Dugua
source
|