Les
victimes de Katrina de nouveau à la rue
Hébergés dans des caravanes depuis que
l’ouragan Katrina a dévasté La Nouvelle-Orléans, en août 2005, de nombreux
rescapés vont bientôt être expulsés sans avoir nulle part où aller.

A Port Sulphur (Louisiane), des familles vivent dans des
caravanes pourvues par la FEMA
Tout en prenant son traitement contre le diabète,
Belinda Jenkins, 53 ans, exprime son inquiétude d’être expulsée du mobil-home
dans lequel elle vit depuis que le cyclone Katrina a détruit sa maison.
Craignant que l’Agence fédérale de gestion des urgences (FEMA) ne manigance de
la priver de cet abri précaire, elle a placardé sur sa porte un message
demandant de la prévenir sur son téléphone portable pour qu’elle puisse
récupérer ses biens. Et elle a conclu par ces mots : "Merci. Bonne
journée."
La FEMA n’est peut-être pas aussi sournoise, mais elle a incontestablement des
visées sur la caravane de Belinda. Plus de deux ans et demi après le passage du
cyclone, l’Agence s’apprête à mettre un terme au programme d’hébergement
d’urgence le plus coûteux et le plus mal conçu de son histoire. Les autorités
fédérales, qui ont reporté l’échéance à plusieurs reprises, ont finalement fixé
au 30 mai la date-butoir pour libérer les 4 600 caravanes de la FEMA encore
occupées en Louisiane et dans le Mississippi.
Belinda Jenkins, comme les autres occupants des caravanes, a récemment reçu un
courrier de l’Agence l’informant que le programme d’hébergement prendrait fin
le 1er mai. La lettre la menace d’une action en justice si elle ne vide pas la
caravane avant la fin du mois.
Belinda et son compagnon, un ouvrier du bâtiment, n’ont pas les moyens de payer
les loyers demandés à La Nouvelle-Orléans, car ceux-ci ont beaucoup augmenté
depuis le passage du cyclone. A l’intérieur de sa maison dévastée, située juste
derrière sa caravane, Belinda montre un sommier que son ami vient d’apporter.
Il parle de dormir là. "Je n’ai aucun autre plan pour le moment, dit-elle
en sanglotant. Je ne sais pas où je vais aller."
La FEMA a été critiquée pour le temps qu’elle a mis à fournir les caravanes,
puis en raison des niveaux dangereusement élevés de formaldéhyde [une substance
toxique] relevés dans beaucoup d’entre elles. Mais l’envergure de son action
n’en est pas moins remarquable : après le passage des cyclones Katrina et Rita,
l’agence a fourni plus de 143 000 caravanes. Clark Stevens, un porte-parole de
la FEMA, souligne que cette solution a toujours été envisagée à titre
temporaire. Et un certain nombre d’habitants de la Louisiane semblent d’accord
avec la décision de l’Agence de mettre fin au programme. Billy Griffin, un
entrepreneur de 47 ans, soupçonne certains sinistrés de s’être habitués à vivre
aux frais de la princesse. "D’une façon ou d’une autre, il fallait les
faire sortir", dit-il. Mais les partisans du droit au logement affirment
qu’un nombre important de sinistrés sont victimes de l’incompétence des
fonctionnaires et d’un marché immobilier qui continue à poser des problèmes
pour les pauvres.
Selon le bureau du gouverneur du Mississippi, le républicain Haley Barbour, 53
% des occupants des caravanes déployées par la FEMA dans son Etat gagnent moins
de 20 000 dollars [14 700 euros] par an. En Louisiane, les associations de
défense du droit au logement font valoir que les programmes publics n’ont pas
été d’une grande utilité. A commencer par le fameux plan de construction des
"pavillons Katrina", des logements modestes mais permanents dans
lesquels l’Etat devait investir des millions, qui est finalement resté dans les
tiroirs.
14.05.2009 | Richard Fausset | Los Angeles Times
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