Le
7 août 1960, la Côte d’Ivoire accédait à l’indépendance. Cinquante
ans ont
passé le
cap des indépendances, vu à l’époque comme une libération, la
terminaison de la
colonisation ayant débuté àfin
du 19 e
siècle. L’Afrique occidentale, enfin respire, enfin se libère du joug
du
colonisateur, enfinle
soleil luit pour
les Africains.
Que
d’espoirs dans les propos de l’époque ;Entendre ces hommes discourant sur la
TSF de leur voix éraillée, que
d’espoirs portaient-ils sur cette Afrique nouvelle et libérée.
Cinquante
ans ont passé, le soleil des "indépendances cha cha" a cessé deluire sur cette Afrique, misère, guerre,
pauvreté, exploitation,
gabegie, corruption,l’Afrique
libérée
est en proie au tribalisme, clanisme, affairisme, libéralisme,
népotisme, despotisme,
l’Afrique libérée a adopté tous les « ISME » se
trouvant dans mon
dictionnaire – une l’Afrique en passe de devenir une insulte, une
Afrique à la
sociologie défaillante…
Pauvre
Afrique !
Si
tout meurt,l’espoir
seul demeure, une
confiance dans l’avenir qui ne saurait souffrir de pessimisme, de
scepticisme
ou pyrrhonisme. L’Afrique s’en sortira, un jour, nul doute n’est
permis. Je le
crois !
Le 7 août 2009, l’Amicale des Ivoiriens,
ivoiriennes et
amis…parson président Charles…m’invita à célébrer avec eux ce moment
de l’histoire, le cinquantenaire
de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.
Le matina vu la
réunion d’un parterre de personnalités ivoiriennes, notamment la
« mère » du président Bagbo qui me parla de sont
fils, docteur en
histoire, qui a parcouru la Caraïbe et futhébergé par Aimé Césaire, c’est ce
qu’elle me dit. La dameme
parla aussi du contentieux historique qui
mine les relations entre Africains et Antillais, défendant bec et
ongles la
déresponsabilisation de l’Afrique dans l’abomination que fut la traite
négrière.
Je
l’écoutais attentivement, le lieu n’était pas propice à un affrontement
d’historiens, j’étais làpoursignifier une présence
antillaise et
accompagner cette manifestation et non pour nous déchirer sur le passé.
Tout
se passa au mieux, et donc le soir nous fûmes invitésà festoyer.
Je
ne me suis pas senti étranger, les gens me ressemblaient,ils étaient beaux et nous
nous
amusions,nous
chantions, nous
dansions,je me
retrouvais avec mes
cousins.
A
minuit une, nous entonnâmes l’Abidjanaise,
Salut ô terre
d’espérance
Pays de l’hospitalité
Tes légions remplies de
vaillance ont relevé ta dignité
Tes fils, chère Côte d’Ivoire
Fiers artisans de ta grandeur
Tous rassemblés pour ta gloire
Te bâtiront dans le bonheur
Fiers Ivoiriens !
Le pays nous appelle
Si nous avons dans la paix,
Ramené la liberté,
Notre devoir sera d’être un
modèle,
De l’espérance promise à
l’humanité,
En forgeant unis dans la foi
nouvelle,
La patrie de la vraie
fraternité !
Avec fierté tu rentres dans le
concert des nations
Une
fois ce fut terminée, les enfants à leur touront chanté la Marseillaise, cela n’avait
rien d’incongru. Ils sont nés en France pour la plupart, endéclamant
l’hymne national Français, ils s’appropriaient leur double culture, alors la main sur
le cœur
nous les accompagnâmes.
C’était
la première fois que je me retrouvaisdans un cadre privé où la Marseillaise
fut chantée, paradoxalement ce
fut lors des cinquante ans de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.
En
les regardant,je
ne pus m’empêcher de
penser que la Côte d'Ivoire de demain ce sera eux !
La
danse succéda auxhymnes.
Je profitais
pour questionner une notabilité, un homme d’un âge certain sur ce qu’il était. Une
grande
pudeur émanait de ses propos, ildélivrait son verbe comme des paroles de
sagesse, avec parcimonie, s’inquiétant à chaque
phrase de l’opportunité de me les transmettre.
Je
perçus un grand traumatisme. La guerre est encore vive dans les
esprits, tout
doit être fait pour conserver cette paix retrouvée.
L’homme
me confia être un Baoulé comme l’ancien président Houphouët-Boigny,une ethnieoriginaire du Ghana et quivit
dans le centre de la Côte d’ivoire. Ils s’apparentent à un sous-groupe
qui lors
de la mort du roi de Koumassi vers 1750, afin d’éviter de sanglantes
rivalités
des prétendants, la princesse ou reine Pokou s’enfuit avec ses suivants
et
suivantes du pays des Agni.
Pourchassée,
elle buta sur un obstacle, le fleuve Bandama. Pour échapper à ses
poursuivants,
elle reçut un ordre intérieur,de
jeterson fils
unique dans le fleuve,dès
que fut accompli le sacrifice,un
grand arbre s’abattit sur les rives du
fleuve lui permettant de traverser.
« l’enfant
était mort, mais l’héritage sauvé »
La
reinefondatrice
des Baoulés est
enterrée à Sakassou, près de Bouaké, en effet c’est par le sacrifice de
l’enfant qu’ils sont devenus Baoulés.
Les
Baoulés sont régis anciennement par un système matriarcal, on hérite
par les
femmes.Dans les
années 50 le roi se
nommait Kouakou Anoublé, résistant à la pénétration occidentale, il fut
ravalé
au rang de chef de canton, sur le papier. Mais le système politiqueperdurent encore. Une
reine est à la tête de
cette communauté, en dessous les princes, me semblent-il sontles chefs de cantons (à
vérifier) et les
chefs de villages, telle est l’organisation politique des Baoulés.
J’ai
malheureusement égaré mes principales notes…
Toutefois,
quelques recherches m’ont permis de lire qu’en 2005 Guillaume Soro a
été
intronisé Roi du Walèbo, et baptisé : Nana Guié Lauzaud,il fut investi à Sakassou
par sa majesté la
Reine Ablah Pokou II.
Le
frère de la Reine vivant aux USA, légitime titulaire de ce titre et de
ce nom,
s’oppose à cette intronisation.
Autrement,
ce peupleest
animiste, chrétien,
rarement musulman. Ce sont des forestiers qui mangent des ignames tous
les
jours, du riz, de la banane plantain, des gombos, de l’arachide, du
gibier, des
antilopes, l’agouti, quelques fois le poisson de rivières.
Me
ressouvenant de la conversation, j’ai comme le sentiment de lui avoir
soufflé
l’ajout du poisson de rivière dans la liste. Je ne suis pas certain
qu’ils
mangent le poisson de rivière à cause du sacrifice de l’enfant, celui
du fils
de la Reine AbrahaPokou.
L’homme
continua à me parler de son ethnie, pas de la situation de la Côte
d’Ivoire ;il
espérait comme tous
ceux présent à la réconciliation avec les musulmans, personne ne
souhaite la
guerre.
Pendant
quele vieux sage
me confiait la clé
pour comprendre les Baoulés, mais pas la Côte d’Ivoire, car entre les
Akans, les
Agnis, les etc, les allégeances des dirigeants aux différents rois de cette
république,
entre ces rois et reines complotant, évinçant, ayant des attitudesde gouvernement
moyenâgeux, tout cela me
semble un bourbier inextricable.
Je
me détournais de cet homme à la voix
inaudible, qui m’obligeait à tendre l’oreille, afin de regarder tout le
monde
se trémousser et reprendre en chœur la mélodie : prudencia !
C’est
ce terme qui qualifie aujourd’hui les Ivoiriens que j’ai rencontré
prudence,
mais comme nous le savons, la prudence bien souvent se confond avec la
méfiance.
Souhaitons
que les Ivoiriens puissent régler
leurs problèmeset
trouver les solutions d’un
vivre
ensemble.