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Cameroun, jeunesse: Partir à tout prix en Occident

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Partir à tout prix en Occident, perdre ses moyens face à un blanc, faire l'apologie de la culture Occidentale tout en déniant la sienne, se sentir bonifié d'une valeur ajoutée pour avoir côtoyé les blancs ou pour avoir foulé leurs terres, être obnubilé par tout ce qui vient du vieux continent ou du pays de l'oncle Sam, autant de réalités non exhaustives qui suscitent des interrogations sur les séquelles des sombres pages de l'histoire qui ont marqué au fer la mémoire de la race noire.

Pour sûr, le plus pertinent atavisme de ce passé traumatisant reste le complexe d'infériorité du noir africain, corollaire du mythe de la supériorité blanche, donc naturelle et engendrant à son tour le mythe de l'Occident. Loin de moi la basse intention que je laisse à d'autres de réveiller les vieux démons de la haine raciale qui n'a que pour piètre conséquence le rétif et vain ressentiment contre la race blanche. Loin de moi encore de me constituer caution de la bêtise qui prône l'oubli synonyme d'une contrainte d'allégeance mal dissimulée.

Loin de moi enfin la naïveté puérile et grotesque de m'associer aux pitoyables revendications passives d'égalité comme si jamais dans l'histoire de l'humanité, des peuples s'étaient vus accorder un quelconque respect sur simples demandes aux allures de mendicités d'une certaine reconnaissance, fussent-elles sensibilisatrices et émouvantes. Il s'agit en revanche d'amorcer une démarche qui se veut lucide et dépassionnée avec la prétention d'aboutir au pire à la prise de conscience des effets obscurantistes d'une divinisation exclusive du blanc et d'une niaise sublimation même de ses tares, et au mieux à une libération complète et définitive des clichés d'une prétendue prééminence d'une race sur une autre, préjugés bien installés dans notre subconscient collectif africain, à la faveur des répercussions de l'histoire et de ses récidives déguisées. Il est question de s'affranchir de nos illusions, coupables des malheurs de l'Afrique, réels ou imaginaires, subis ou voulus, avec en conséquence la même misère, qui est d'abord celle des esprits. En chœur avec Frantz Fanon, "nous ne tendons à rien de moins qu'à libérer l'Homme de couleur de lui-même".

Le vécu quotidien révèle à suffisance et de façon affligeante la présence encore trop vive du complexe entretenu par les noirs africains face aux leucodermes qu'ils n'ont pas fini de glorifier. Le mimétisme dénaturant de la culture Occidentale et la singerie de ses spécificités comportementales pour paraître "évolué" sont d'une imbécillité horripilante et ont pour seul mérite de conforter "le maître" dans son élan de mépris naturel vis-à-vis des africains noirs. Ces derniers se sont mis dans les prédispositions psychiques d'abâtardissement face aux Occidentaux qu'ils parodient machinalement et supplient obséquieusement de les adopter comme des orphelins dépourvus d'amour-propre. Ils deviennent ainsi une pâle copie de l'original, et ne sont finalement personne, ni eux-mêmes, ni ceux qu'ils miment. Ils sont les premiers à s'infantiliser devant le maternalisme Occidental qu'ils sollicitent en assumant leur étiquette d'incapables. L'asservissement mental de l'africain, essentiellement permissif, va jusqu'à s'efforcer de se conformer au portrait dénigré que s'est fait de lui le blanc pour lui faire plaisir, ce qui conforte ce dernier dans son élan hégémonique séculaire.

Outre l'obsession presque naturelle des noirs africains à voir l'Occident et mourir, nous avons droit au quotidien à une palette variée de situations aussi éloquentes qu'affligeantes rappelant avec précision notre obnubilation face au démiurge blanc. Il est par exemple facile de connaître le nombre de dents d'un de nos frères d'épiderme quand il est en présence d'un blanc. Il hoche souvent de la tête en signe de "oui", tellement tout ce qui vient de son interlocuteur est digne de foi. Pour les hommes d'affaires, ils ont désormais compris qu'il suffit de se "doter" d'un blanc, quelque soit son profil, académique, professionnel ou physique pour servir d'interface dans les négociations et transactions pour décrocher n'importe quel contrat. Leurs cibles, Ministres, Secrétaires Généraux ou Directeurs Généraux les reçoivent bien plus facilement même sans rendez-vous et sont toujours prêts à signer. Ils sont blancs ! Aussi, le temps passé en Occident semble nous conférer à nos propres yeux et à ceux restés au pays un peu de l'auréole divine que confèreraient ces pays là. Et si les frères du pays s'accordent implicitement à considérer comme plus évolués ceux des leurs vivant en Occident, ceux-ci ne boudent guère le bonheur que leur défère cette illusion de supériorité du fait de leur situation géographique.

Ils côtoient les blancs. Ils sont donc forcément un peu plus beaux, plus forts et plus intelligents. C'est ainsi que le temps d'une visite "chez nous", ils sortent tout l'arsenal susceptible de les démarquer définitivement de ceux restés sur place, et mettent un accent particulier sur leur dépaysement, preuve ultime de leur transfiguration. Le blanc continue donc d'impressionner l'africain qui le vénère quasiment, même par noir interposé. D'ailleurs en Afrique subsaharienne, quand on veut parler de quelqu'un qui a atteint un niveau de vie sociale enviable on dit qu'" il vit comme un blanc " ou qu'" il a de l'argent comme un blanc ". Ou alors, lorsqu'un africain noir veut se valoriser et se montrer "civilisé", il lance, tout naturellement : " je suis quand même un blanc ! ".

Aussi, lorsque certains de nos chanteurs qui se prennent pour des artistes font des vidéogrammes, ils espèrent être plus crédibles en s'affichant avec des blancs dansants dans des rues Occidentales. Des scènes de camerounais se trémoussant sur un rythme national devant des statues ou monuments rendant gloire à une culture ou une histoire étrangère suggèrent quelque chose de paradoxal et de déshonorant. Non moins pathétique, les noms ridicules que nos clowns musicaux nous sortent comme si le fait d'adopter des pseudonymes aux consonances importées pouvaient changer le fiel en miel. Nos sœurs elles, considèrent encore que le fait de "décrocher" un blanc est une bénédiction descendue tout droit du trône éternel, tandis que nos lions indomptables se verront toujours prescrire un sélectionneur laiteux au mépris des qualités avérées de certains compatriotes, tant qu'il sera inconcevable dans nos esprits étroits qu'un camerounais peut tout aussi bien faire sinon mieux qu'un expatrié défrisé.

Au-delà des signes patents de cette servitude sur un plan individuel, ce sont les conséquences sur le pays tout entier qui devraient le plus nous interpeller. Notre fascination vis-à-vis de l'Occident qui se révèle à travers des faits quotidiens apparemment anodins constitue la principale source de nos maux. Il est impossible de se développer sans être patriote, et on ne peut être patriote quand on est mentalement captifs, et dans cet état, point de liberté de faire valoir sa volonté et ses aptitudes à œuvrer pour la construction de son pays. Comment peut-on prétendre au développement quand on est dépourvu de personnalité propre ? Comment peut-on avancer alors même qu'on s'avoue inapte à déterminer nous-mêmes ce qui est bon pour nous ? Avant de songer à élaborer de grandes théories économiques et sociales, il nous faut déjà impérativement résoudre le problème de notre mentalité qui a été formatée pour entretenir le mythe de notre infériorité. Il n'y a pas de développement sans indépendance, et la véritable indépendance est intellectuelle. Comme depuis toujours, l'esclave n'a droit à rien, encore moins à son essor. Privé de liberté, il est privé de tout. Le développement de l'Afrique noire restera un leurre tant qu'elle ne se sera pas elle-même exorcisée du mythe de l'Occident. Elle en est encore loin, car toujours prisonnière consentante de sa servitude.

Notre dépendance psychique est, à n'en point douter, un réel frein à toute idée de développement en tant qu'individu, pays ou continent. La liberté de penser, la fierté d'assumer ses réalités culturelles, l'appropriation de ses valeurs, l'amour indéfectible pour son pays sont les gages ultimes de réussite et la seule façon d'imposer le respect. Il n'est plus acceptable de subir les conséquences subliminales des messages parfois mélodieux qui nous enseignent qu'une blanche vaut deux noires. Il n'est plus possible d'admettre qu'on nous dicte ce qui est bien pour nous, au nom des "valeurs humaines" dites universelles et curieusement toujours définies et initiées par le même Occident. Il devient inadmissible de continuer à importer servilement ces "valeurs" et de vivre au rythme culturel des autres. Pourquoi les standards et "normes de vie" sont-ils toujours définis par les mêmes ? Pourquoi toujours apercevoir la vie selon des schémas empruntés à d'autres ? Pourquoi toujours concevoir le bonheur sur terre sous le prisme Occidental ? Qui a élu l'Occident comme définisseur des concepts de "valeur" et d'"évolution" ? Les africains ne sont-ils pas assez mâtures pour définir eux-mêmes leurs propres ordres de priorités conformément à leurs réalités ?

Quand est-ce que les africains imposeront ou suggéreront à leur tour leur notion de valeur ? La seule civilisation pour être considéré comme "civilisé" est-elle Occidentale ? Il apparaît plus qu'urgent que les africains, noirs précisément et francophones d'Afrique Centrale notamment, arrêtent de croire naïvement à un quelconque salut dans une certaine "aide" ou dans l'importation systématique et servile des "valeurs" et modèles Occidentaux, s'ils veulent rattraper le retard de cette sous région, l'un des plus importants du continent, voire du monde. Il n'est plus tolérable que les dirigeants de nos pays continuent de nous faire mépriser par le monde entier du fait de leur mendicité permanente et complaisante vis à vis de l'Occident, confirmant ainsi leur statut d'éternels assistés incapables. Qu'il s'agisse d'un niveau individuel ou national, nous ne pouvons plus nous permettre de continuer à jouer au jeu du maître et de l'esclave, dont la version actualisée, davantage pernicieuse est celle de l'esclave consentant magnifiant ses chaînes.

La libération de l'africain noir du mythe de l'Occident passera aussi par sa délivrance de son éternelle victimisation portée par toutes ces antiennes infestées d'imprécations à l'endroit du "monstre blanc". Elle ne se fera guère par les attitudes burlesques que l'on observe ici et là, qui prônent de manger africain, de s'habiller africain, de se donner des noms zoulous ou de guerriers masaï, ni encore par des slogans creux tels que "Noir et fier", "black power" ou encore "Too black, too strong" qui sont de simples vernis sur notre hétéronomie psychique et l'illusion de défendre une cause juste au nom de sa race, combat oiseux au seul mérite d'amuser la galerie Occidentale et d'endormir la conscience africaine.

Inspirons nous des pays asiatiques dont certains, malgré les effets de la colonisation ont pu amorcer le développement pour avoir su se détacher de la domination mentale européenne qui avait pour eux les mêmes desseins hégémoniques. Ils n'ont pas cédé au mirage de la "civilisation", ils ont conservé leur identité et ont ainsi pu organiser librement leur développement. Contrairement aux noirs ils ont su, sans revendications vindicatives, intempestives et surtout passives, déprécier le racisme jaune. Ils ont imposé à l'Occident par le patriotisme et le travail, des relations respectueuses entre nations pendant que nous sommes encore pendus à la mamelle nourricière de l'Occident qui nous berce dans notre léthargie au rythme des tétées mendiées et conditionnées.

En somme, nous n'avons ni à nous avilir en divinisant le blanc, ni à nous dédouaner lâchement en le diabolisant, mais nous nous devons de prendre nos responsabilités qui consistent à penser par nous-mêmes notre développement. Une telle perspective n'est alors envisageable qu'après avoir mis fin à la crédulité naïve et criminelle d'un salut quelconque venu d'ailleurs. Il faut se rendre à l'évidence, nous sommes les véritables responsables de notre condition. Nous devons impérativement nous défaire du spectre Occidental qui hante encore et toujours notre imaginaire collectif et altère notre potentiel créatif. Plutôt que de réclamer des réparations pécuniaires fussent-elles symboliques des crimes inoubliables perpétrés par l'Occident durant les trois principaux traumatismes historiques subis par les noirs, ceux-ci, africains notamment, devraient s'atteler à imposer leur respect par la prise en main de leur destin, depuis trop longtemps maintenant laissés à la merci des intérêts Occidentaux.

Cette prise en main qui passe inéluctablement et impérativement par une démythification complète et radicale du blanc et de son Occident est le seul et unique gage d'accès à la cour des grands de ce monde. L'Afrique, au prix d'une foi inébranlable soutenue par le souvenir de ceux qui ont laissé leurs vies au nom de sa liberté, se doit de penser et de tracer elle-même sa voie pour enfin faire entendre sa voix dans un monde sourd aux jérémiades des faibles. Avec Achille Mbembe, nous martèlerons inlassablement que "l'Afrique se sauvera par ses propres forces, ou elle périra. Personne ne la sauvera à sa place, et c´est bien ainsi".

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