Les
Africains se sentent assiégés à Moscou
Près
de 60% des habitants noirs vivant dans la capitale russe ont déjà été
victimes
d’aggressions ou d’insultes racistes. C’est ce que confirme une étude
sociologique sur le sujet.
De
plus en plus d’Africains étudient ou travaillent a Moscou. Et la
plupart y
vivent avec la peur constante des attaques.
C’est
ce que démontre une étude réalisée par l’Aumônerie Protestante de
Moscou, une
organisation anglophone chrétienne interconfessionnelle, qui prend en
charge
les membres des communautés étrangères de Moscou depuis 1962.
Un quart des 200 personnes
interrogées ont déclaré
avoir été agressées plus d'une fois, tandis que 80% d'entre elles ont
déjà été
agressées verbalement.
Les
conclusions de l'étude montrent que les Africains vivant en Russie
ressentent
une peur permanente d'être attaqués ou agressés.
Ils
évitent de prendre le métro, fréquentent peu les endroits publics
bondés et
sortent le moins possible les jours fériés ou les jours où se tient un
match de
football.
La
violence peut être extrême
Le
nombre d’attaques contre des résidents africains de Moscou a tout de
même
diminué par rapport aux résultats du précédent sondage réalisé par
l’Aumônerie
Protestante de Moscou, en 2002.
Mais
le rapport de 2009 conclut malgré cette baisse que les Africains de
Russie
vivent comme des « assiégés », un sentiment que confirme le
correspondant de la
BBC à Moscou, Rupert Wingfield Hayes.
Car
d’après le rapport de l’Aumônerie Protestante de Moscou, beaucoup
d'attaques
contre les personnes noires sont préméditées et extrêmement violentes.
Un
Nigérian interrogé par la BBC a relaté avoir été poignardé dans le dos
à
plusieurs reprises et s'être fait tirer dessus.
Un
autre homme a confié qu'un agresseur avait essayé de le scalper.
Il
y a officiellement 10.000 Africains à Moscou, sans compter les nombreux
clandestins qui y vivent, pour des motivations avant tout économiques.
Nombreux
étrangers rapportent qu’ils ont du quitter Moscou après la répétitions
des
attaques racistes et menaces de groupes nationalistes ou néo-nazis.
Svetlana,
jeune Moscovite, constate elle-même que ses compatriotes traitent les
étrangers
avec suspicion, et les Africains, moins nombreux, comme des personnes
exotiques.
«
La plupart des Africains se promènent toujours en groupe à Moscou »,
raconte-t-elle, « pour éviter d’être surpris seuls, car de nombreux
jeunes
Russes pensent qu’ils n’ont pas leur place en Russie et n’hésitent pas
à le
faire savoir ».
A
Moscou, les autorités ignorent le problème du racisme
Sydney
Ocran est Libérien, il vit à Moscou depuis 11 ans, et travaille pour
l’Aumônerie Protestante de Moscou. Il
a été interrogé par la BBC, sur son ressenti personnel par rapport au
racisme
ambiant.
Mon
expérience personnelle confirme totalement le ressenti que décrit le
rapport ;
j’ai été attaqué physiquement au moins six fois depuis que je vis en
Russie,
trois fois, j’ai même dû être hospitalisé", a affirmé Sydney à Network
Africa.
"Je
me fais insulter régulièrement aussi, presqu’à chaque fois que je
prends les
transports publics, mais aussi dans la rue, parfois je m’organise pour
éviter
de croiser des gens, et les Africains vivant à Moscou constatent tous
que cette
violence est partout", explique-t-il.
"Le
problème pour ces Africains, c’est que nombre d’entre eux ne peuvent
pas
repartir, souvent ils sont là illégalement et n’ont pas les papiers qui
leur
permettraient de rentrer chez eux sans danger, et puis ils viennent de
situations encore plus désespérées et n’ont plus le choix", ajoute
Sydney.
Mais
il constate surtout que les autorités russes ignorent allègrement le
problème
du racisme.
"Si
les autorités faisaient des efforts pour lutter contre cette situation,
on
entendrait plus parler des violences racistes, mais ce n’est pas le
cas, elles
ferment totalement les yeux sur ce fléau", conclut le jeune Libérien.
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