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AFRIQUE DU SUD: Un homme sur quatre a déjà violé
JOHANNESBURG, 19 juin 2009 (IRIN) - Plus de 25 pour
cent des hommes sud-africains ont déjà commis un viol ; parmi eux, près de la
moitié déclarent avoir violé plus d’une personne, selon un nouveau rapport
publié par le Medical Research
Council (MRC).
Cette étude, menée dans les provinces du Cap Oriental et
du KwaZulu-Natal, repose sur un système de sondage utilisé par Statistics South
Africa, dans le cadre duquel un homme est sondé sur 1 738 foyers appartenant à
tous les groupes raciaux, et à divers milieux socioéconomiques, à la fois dans
les régions rurales et dans les zones urbaines. La moitié des hommes sondés au
cours de l’étude avaient moins de 25 ans et 70 pour cent d’entre eux, moins de
30 ans.
Selon l’étude du MRC, intitulée Understanding Men's
Health and Use of Violence: Interface of Rape and HIV in South Africa
Comprendre la santé des hommes et leur recours à la violence : Interface entre
le viol et le VIH en Afrique du Sud, tous les hommes sondés ont fait un test de
dépistage du VIH/SIDA, et étaient « un peu plus jeunes que les hommes de
l’ensemble de la population » ; l’étude a révélé que « les hommes qui ont
recours à la violence physique envers leur partenaire intime sont plus
susceptibles d’être séropositifs ».
Sur les 27,6 pour cent d’hommes qui ont commis un viol,
« 23,2 pour cent ont déclaré avoir violé deux ou trois femmes, 8,4 pour cent
quatre à cinq femmes, 7,1 pour cent six à 10, et 7,7 pour cent ont confié
qu’ils avaient violé plus de 10 femmes ou filles », selon le rapport.
« Interrogés sur l’âge qu’ils avaient la première fois
qu’ils ont forcé une femme ou une fille à avoir des rapports sexuels, 9,8 pour
cent ont déclaré qu’ils avaient moins de 10 ans, 16,4 pour cent, qu’ils avaient
entre 10 et 14 ans, 46,5 pour cent entre 15 et 19 ans, 18,6 pour cent entre 20
et 24 ans, 6,9 pour cent entre 25 et 29 ans, et 1,9 pour cent 30 ans ou plus ».
Selon les estimations, 500 000 viols sont commis chaque
année en Afrique du Sud, et sur 25 hommes accusés de viol, un seul est
condamné. L’Afrique du Sud compte également l’un des plus grands nombres de
personnes atteintes du VIH/SIDA au monde : 5,5 millions de personnes sur une
population d’environ 48 millions d’habitants.
« Les hommes ayant déclaré
avoir commis des viols étaient bien plus susceptibles d’avoir eu divers
autres comportements sexuels à risque. Ils étaient également plus
susceptibles d’avoir eu plus de 20 partenaires sexuels, d’avoir eu recours au
sexe transactionnel, d’avoir eu des rapports sexuels avec une prostituée, de
consommer de grandes quantités d’alcool »
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Le taux de prévalence, au sein de l’échantillon,
était « frappant ». « Chez les hommes âgés de 25 à 45 ans, [il] s’élevait à
plus de 25 pour cent, et chez ceux âgés de 30 à 39 ans, à plus de 40 pour cent.
En fonction du facteur viols, toutefois, aucune différence globale n’a été
constatée en termes de prévalence du VIH entre les hommes qui avaient violé des
femmes et ceux qui n’avaient jamais commis de viol », indique le rapport.
« Les hommes ayant déclaré avoir commis des viols
étaient bien plus susceptibles d’avoir eu divers autres comportements sexuels à
risque. Ils étaient également plus susceptibles d’avoir eu plus de 20
partenaires sexuels, d’avoir eu recours au sexe transactionnel, d’avoir eu des
rapports sexuels avec une prostituée, de consommer de grandes quantités
d’alcool, d’avoir eu recours à la violence physique envers un de leurs
partenaires, d’avoir violé un homme, et de ne pas avoir utilisé le préservatif
de manière systématique au cours de la dernière année ».
Plusieurs facteurs importants contribuent à la fréquence
élevée des cas de viol : l’absentéisme des parents, les traumatismes subis dans
l’enfance, les brimades, les taquineries, et « les idées profondément ancrées,
relatives à la virilité de l’homme sud-africain ... qui peuvent, pour la plupart,
être traitées par le biais de stratégies visant à appréhender et à poursuivre
en justice les violeurs », selon le rapport.
L’avantage aux violeurs
Or, « la loi est du côté des violeurs, pas des victimes
de viol », a dit à IRIN Nhlanhla Mokoena, coordinatrice chez People Opposing Women Abuse
(POWA), une organisation non-gouvernementale (ONG) spécialisée dans la lutte
contre les violences sexistes.
Comme d’autres affaires criminelles, les affaires de
viol se heurtent en effet à des retards, à la perte des comptes-rendus des
jugements et des preuves médico-légales, et à la surcharge de travail des
procureurs ; les plaignantes sont en outre accablées par le poids de la «
société patriarcale », qui fait porter à la plaignante la charge de la preuve,
en mettant en cause son style vestimentaire et les raisons pour lesquelles elle
se trouvait dehors la nuit, selon Mme Mokoena. Il faut noter qu’il n’y a
presque aucun moyen de transport public en Afrique du Sud.
En Afrique du Sud, un taux de criminalité élevé accable
les procureurs, qui n’ont parfois que quelques minutes pour consulter leurs
clients avant un procès ; les avocats de la défense, en revanche, peuvent
passer plusieurs jours à préparer leurs dossiers avec leurs clients.
Selon Mme Mokoena, la police ne prévient pas les
victimes de viol qu’elles peuvent effectuer leur déposition à un moment où
elles ne sont pas complètement traumatisées, ni qu’elles peuvent modifier leurs
déclarations le lendemain ; en outre, plusieurs années s’écoulent souvent avant
qu’une affaire de viol ne soit portée devant les tribunaux, et tout cela nuit à
l’aboutissement des procédures engagées à l’encontre des violeurs.
En effet, les retards incitent souvent les plaignantes à
retirer leurs plaintes, comme l’a illustré concrètement le procès de « Buyisiwe
».
Buyisiwe a été victime d’un viol collectif en 2005 :
huit hommes se sont introduits chez elle par effraction, à Tembisa, un quartier
pauvre de l’est de Johannesbourg. La jeune femme a ensuite été exhibée nue dans
les rues, avant d’être victime d’un deuxième viol collectif, près d’une latrine
à fosse. Les hommes, tous âgés de 17 à 20 ans au moment des faits, se sont
défendus en affirmant que Buyisiwe était une professionnelle du sexe.
Le procès a été reporté une vingtaine de fois par un tribunal spécialisé
dans les crimes sexuels avant que POWA ne dépose une demande pour que l’affaire
soit jugée devant la Haute Cour de Johannesbourg. Finalement, sept inculpés ont
été condamnés par la Haute Cour, mais le huitième est toujours en liberté.
Leurs peines doivent être prononcées en juillet 2009.
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« La réputation de tous les
hommes est entachée [par la fréquence des cas de viol en Afrique du Sud] .
Cela veut dire qu’ils ne peuvent même pas jouer avec leurs nièces sans
éveiller les soupçons »
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Une virilité préjudiciable
Selon l’étude du MRC, pour lutter contre le viol, la
société doit avant tout lutter contre « des idées de la virilité [fondées] sur
une hiérarchie des sexes marquée et sur un droit sexuel conféré aux hommes » ;
le MRC recommande « d’axer la prévention des viols sur l’évolution des normes
sociales relatives à la virilité et au droit sexuel ».
Mogomotsi Mfalapitsa, porte-parole EngenderHealth, une
ONG internationale qui promeut la santé sexuelle et reproductive dans les
communautés pauvres, les jeunes garçons sont bombardés depuis le berceau de
messages « préjudiciables sur la virilité », du pistolet en plastique à la
croyance selon laquelle les hommes devraient avoir « simultanément plusieurs
partenaires sexuelles », et l’homme a « le droit d’avoir des rapports sexuels
».
Les traditions culturelles, telles que les classes de
circoncision, ont été gagnées par la corruption : les initiés commettent
désormais des viols pour « tester le nouveau matériel », en prétendant que
leurs crimes sont « dans la culture » ; quant aux victimes, elles ne portent
pas plainte car « cela fait partie de la culture », entendent-elles.
Faire évoluer une société profondément imprégnée de ces
perceptions en ciblant les jeunes garçons et en prônant les vertus de l’égalité
des sexes permettrait de réduire les cas de viol, selon Mme Mfalapitsa.
Depuis 1996, EngenderHealth s’est lancé dans des
programmes de sensibilisation aux spécificités des sexes dans les écoles et
autres milieux majoritairement masculins tels que les forces de sécurité, et
organise des manifestations « pas en notre nom » auxquelles participent les «
75 pour cent » d’hommes qui ne violent pas.
« La réputation de tous les hommes est entachée [par la
fréquence des cas de viol en Afrique du Sud] », a déploré Mme Mfalapitsa. «
Cela veut dire qu’ils ne peuvent même pas jouer avec leurs nièces sans éveiller
les soupçons ».
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