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A la frontière entre la Birmanie et la Chine, des réfugiés traumatisés

refugies birmansNANSAN, Chine — De nombreux réfugiés qui ont traversé par dizaines de milliers la frontière birmane pour fuir combats et exactions et trouver refuge en Chine ont peur de rentrer dans leur pays, même si les armes se sont tues, selon Rangoun.

Lundi, la situation revenait à la normale après plusieurs jours de troubles, selon les autorités chinoises. Mais si la Chine et la Birmanie parlent de retour au calme, les réfugiés, eux, sont encore craintifs.

"Ils (l'armée birmane) tiraient sur les civils, je l'ai vu de mes propres yeux. Je n'ai pas confiance dans ce qu'ils disent. Nous avons peur de rentrer", déclare Li Jun, un paysan de 24 ans, qui vit avec ses parents à Kokang.

"Ils disent qu'ils ne vont plus tirer, mais je suis sûr qu'ils le feront encore", ajoute-t-il, à l'extérieur d'un camp de réfugiés installé à Nansan, dans les montagnes escarpées et luxuriantes du sud de la Chine.

Quelque 2.600 des 37.000 réfugiés qui avaient fui Kokang, une région majoritairement peuplé de Chinois dans l'Etat Shan (centre-est de la Birmanie), étaient repartis chez eux à la mi-journée, a déclaré à l'AFP Li Hui, porte-parole du Bureau des affaires étrangères du Yunnan, province méridionale chinoise jouxtant la Birmanie.

La veille, la télévision publique birmane avait annoncé la fin des combats, qui ont fait officiellement 34 morts -- 26 membres des forces de sécurité et huit rebelles des forces Kokang, connus également comme l'Armée de l'alliance démocratique nationale birmane.

Ce groupe, qui se battait pour une autonomie, avait conclu en 1989 avec la junte birmane un accord de cessez-le-feu, qui aurait volé en éclat début août après un raid de l'armée sur une usine d'armes illégale.

Les Chinois installés dans l'Etat Shan semblent avoir été la cible de violences de l'armée birmane, selon plusieurs témoignages recueillis par l'AFP. "Nous avons entendu dire que nos magasins ont été pillés et qu'ils s'en prenaient aux magasins des Chinois", dit le propriétaire d'une boutique de vêtements de Kokang, Chen.

"L'armée birmane est venue et a commencé à tirer sur les rebelles... elle a aussi attaqué les commerces des Chinois", affirme de son côté Yao Fu, un médecin de 46 ans qui a ouvert un hôpital à Kokang il y a une dizaine d'années.

"Et quand les Chinois ont fui Kokang, les Birmans ont commencé à piller les commerces et les propriétés des Chinois", ajoute-t-il. "Quand les Birmans voyaient que vous étiez Chinois, ils vous attaquaient", témoigne le médecin.

A Nansan, les réfugiés sont abrités dans des rangées de tentes de couleur bleue, mais aussi dans des maisons à moitié construites. Le parking adjacent est occupé par des voitures aux plaques minéralogiques de Kokang.

Les journalistes de l'AFP n'ont pas été autorisés à entrer à l'intérieur d'un des camps, gardé par la police, mais ont pu interviewer les réfugiés à l'extérieur. Au total, sept camps de réfugiés ont été installés dans le Yunnan, dont quatre à Nansan.

Mais une partie des réfugiés vivent chez des parents ou des connaissances, selon les autorités locales, du côté chinois d'une frontière traditionnellement très poreuse.

Vendredi, la Chine avait enjoint son allié birman de régler "de manière appropriée" la situation et de protéger les ressortissants chinois. Lundi, un éditorial publié par le quotidien chinois Global Times, tout en prenant soin de ne pas nommer la Birmanie, s'inquiétait des "gouvernements impopulaires" dans les pays frontaliers de la Chine.

"Les pays voisins instables de la Chine posent un grand risque aux frontières. Dans certaines situations extrêmes, l'impact peut être désastreux", a jugé le journal.

De Robert SAIGET (AFP)