Le Fatah
peut-il se réinventer ? Heather Sharp - BBC News
Les
rutilantes Mercedes, Jaguars et BMW noires sont alignées devant l’église de la
Nativité à Bethléem. A grands coups de klaxon, le convoi de Mahmoud Abbas
glisse majestueusement le long des rues barrées, emportant le président de
l’Autorité palestinienne vers le premier congrès général du Fatah depuis 20
ans.
Le
Fatah n’a plus tenu de congrès depuis 20 ans
Les
quelque 2.000 membres réunis vont des exilés palestiniens plus âgés revenant
après des décennies à l’étranger, aux anciens commandants militaires des camps
de réfugiés de Cisjordanie, jusqu’à M. Abbas et ses contemporains en
complet.
Beaucoup
de gens sont irrités par les coûteuses voitures des dirigeants du Fatah
La
tâche du congrès, telle que beaucoup la voient, est de sauver le Fatah - fondé
par Yasser Arafat il y a cinquante ans pour mener la lutte armée contre
l’occupation israélienne - de la désintégration et du déclin.
Les
critiques du mouvement le voient comme un organisme clientéliste, corrompu et
inefficace dont les dirigeants ont fait beaucoup trop de concessions à Israël
et qui n’a pas réussi à maintenir l’unité palestinienne après la mort d’Arafat
en 2004.
Aux
élections législatives de 2006, quand les électeurs palestiniens ont accordé la
victoire à la faction des militants islamiques du Hamas, cela a largement été
interprété comme étant autant une sanction contre le Fatah qu’une adhésion au
Hamas.
Poursuite
de l’occupation
Il y
a une quinzaine d’années, le Fatah a jeté tout son poids dans les négociations
de paix comme étant la voie vers un Etat palestinien.
Mais
à présent, pour beaucoup de Palestiniens, l’occupation semble plus établie que
jamais, avec des colonies juives toujours en expansion et un gouvernement
israélien de droite traçant une ligne de négociations plus dure que son
prédécesseur.
« Le
Fatah a beaucoup perdu » dit l’analyste et rédacteur palestinien Khalil
Chahine.
Les
observateurs internationaux cherchent maintenant à savoir si le mouvement
révisera sa charte -qui a toujours pour engagement de « liquider l’entité
sioniste » - et passera formellement du mouvement de libération au parti
politique.
« Nous
avons essayé le combat armé, ça n’a pas marché. Nous avons essayé la
négociation, ça n’a pas marché. Peut-être que des gens nouveaux auront des
solutions nouvelles ».
En
supposant que le Fatah pourrait tempérer son langage sur la lutte armée, il est
cependant peu probable qu’il l’abroge complètement.
Car
ce serait « perdre le peuple palestinien » dit M. Chahine,
faisant allusion au risque que les électeurs frustrés ne soient poussés vers la
résistance « violente » embrassée par le Hamas - un souci en
particulier au cas où les pourparlers unitaires menaient à des élections,
actuellement prévues en janvier prochain.
Conflits
internes
Mais
en tout cas, selon lui, la lutte entre personnalités semble éclipser les
questions cruciales qui sont en jeu.
Une
des tâches essentielles du congrès est de réélire les 21 membres tout-puissants
du Comité central de l’organisation, un certain nombre d’entre eux étant morts
en fonction au cours des 20 années qui se sont écoulées depuis le dernier
congrès.
La
ligne de bataille au sein du Fatah a longtemps été caractérisée par une lutte
entre les idéologues fondateurs âgés en exil, et les pragmatiques nés au pays
qui ont soutenu les négociations de paix.
Mais
les membres de la génération plus jeune encore, ceux qui ont grandi pendant les
deux Intifadas - ou soulèvements - des décennies récentes, rivalisent également
pour s’exprimer.
« Basse,
sale et mesquine »
Le
sujet du jour est d’apporter du sang neuf, de maîtriser les conflits internes
et d’éradiquer la corruption.
Mais
on s’inquiète déjà de savoir qui sont les 700 délégués supplémentaires ajoutés
à la liste du congrès et à qui leur vote ira.
Et
la course préparatoire au congrès a connu d’amers auspices lorsque le président
en exil du Fatah âgé de 78 ans, Farouk Kaddoumi, qui s’oppose aux pourparlers
de paix et refuse un retour qui fonctionnerait sous occupation israélienne, a
accusé M. Abbas d’avoir conspiré avec Israël pour assassiner Yasser
Arafat.
Marwan
Barghouti est vu comme quelqu’un pouvant unifier les Palestiniens
« Ils
combattent vraiment leurs rivaux d’une manière basse, sale et mesquine »
dit la journaliste palestiniennne senior Wafa Amr ; « la nouvelle
génération est plus unie ».
Il y
a deux personnages plus jeunes qui sont considérés comme de bons candidats à un
siège au comité central.
L’un
est Marwan Barghouti, le populaire dirigeant actuellement détenu dans une
prison israélienne avec cinq peines pour meurtre.
L’autre,
Mohammed Dahlan, est l’ancien chef d’une importante force de sécurité à Gaza.
Mais c’est un personnage qui divise et est souvent considéré comme corrompu.
Alors
que tous deux en tiennent pour la position générale du Fatah soutenant la
solution biétatique, avec la résistance armée retenue comme option si les
pourparlers échouent, ils divergent sur la ligne à tenir avec le Hamas.
M. Barghouti,
un dirigeant militant de la Deuxième Intifada qui se dit opposé aux attaques
contre les civils, a longtemps été vu comme la seule figure susceptible de
s’approcher de la puissance d’unification qu’avait Arafat.
En
2006, avec des prisonniers d’autres factions, notamment le Hamas, il a préparé
un document ébauchant une plateforme de principes unifiée.
Mohamed
Dahlan nie les accusations de corruption
Kaddora
Fares, un militant du Fatah proche de M. Barghouti, le décrit comme
« le seul document global » existant sur l’unité palestinienne.
« Nous
devons être réalistes, pour reconnaître la vérité - à savoir que le Hamas
représente une vaste communauté ... Nous devons cesser de croire qu’il sera
possible de démanteler un mouvement » dit-il.
M. Dahlan
par contre, en tant que chef des forces de sécurité à Gaza pendant les combats
de rue avec le Hamas en 2007, est au premier plan de la querelle entre les deux
factions.
Ses
forces de sécurité étaient soutenues par les USA, justifiant ce qui selon
certaines preuves démontre une tentative approuvée par Washington d’éliminer le
Hamas du pouvoir.
Et
bien auparavant, il avait été honni par le Hamas pour son rôle dans les coups
de force portés par l’AP contre des militants islamiques.
« Personne
comme Arafat »
Dans
les rues animées à l’extérieur du cordon de sécurité, il n’y a guère d’espoir
que quiconque puisse unir les Palestiniens divisés.
« Ni
Hamas ni Fatah - pas bons » marmonne un homme portant un plateau de verres
de thé.
M. Fares
dit que le Fatah devrait tendre la main au Hamas
« Si
je souffre du lever au coucher du soleil, qui vais-je élire ? Ces gens qui
roulent dans des jeeps qui valent 50.000 shekels israéliens (87.000 €) ou qui
ont des villas à un million de dollars ? Ce sera lui qui me
représentera ? » demande l’agent de voyages Khalil Salahat (50), la
voix pleine de colère.
Attallah
Awwad (17 ans), devrait avoir sa première occasion de voter, l’an prochain.
« Nous
avons essayé le combat armé, ça n’a pas marché. Nous avons essayé la
négociation, ça n’a pas marché. Peut-être que des gens nouveaux auront des
solutions nouvelles ».
Mais
qui ? Son regard est vide. « Il n’y a personne comme Arafat ».
4 août 2009 - BBC NEWS - Vous pouvez consulter cet
article ici :
http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/2/...
Traduction de l’anglais : Marie Meert
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