Les castes continuent de régir la société indienne
Par
Antoine Corta

Qu'en est-il
du système de castes en Inde, à l'ère de la Nano et de l'informatique ? Une étude de l'école de
droit de Bangalore révèle que, si la situation a évolué depuis l'indépendance,
les inégalités restent vivaces dans les campagnes indiennes.
Le fossé entre
les castes supérieures et les dalits ou « intouchables » se rétrécit,
mais la ségrégation n'appartient pas encore au passé en Inde. Ces derniers sont
encore victimes de discriminations concernant l'accès à l'eau et les lieux de
cultes, dans les écoles ou encore lors des festivités ou des cérémonies
religieuses, à en croire une étude réalisée par l'école de droit de Bangalore,
publiée la semaine dernière.
Sur un
échantillon de 648 dalits interrogés dans 24 villages répartis sur six Etats
indiens, 516 ont déclaré avoir interdiction de pénétrer dans les temples
hindous. 7% ont rapporté avoir interdiction de marcher dans les rues
principales de leur village, ou devant un brahman (membre d'une caste
supérieure).
18% des personnes
interrogées ont également affirmé qu'elles n'étaient toujours pas invitées aux
mariages de familles de castes supérieures. Et dans le cas contraire, les
inégalités de traitement et de comportement persistent.
29% des dalits
ayant participé à l'étude ont confié qu'ils attendaient que les convives de
castes supérieures finissent de manger avant de toucher à leur nourriture. Chez
les non-dalits interrogés, 20% ont affirmé qu'ils s'attendaient à ce que les
membres de castes inférieures nettoient leurs assiettes après le repas. Enfin,
18% des dalits interrogés ont affirmé avoir toujours l'interdiction de pénétrer
dans les foyers de non-dalits.
Des dalits
élus à des responsabilités politiques
Officiellement
aboli en 1950, le système de castes fait, au même titre que la pratique de la
dot, de facto toujours partie intégrante de la société indienne.
« Il y a
une amélioration depuis l'indépendance, mais il reste encore beaucoup à
faire », estime le docteur Udit Raj de l'ONG Dalit International
Foundation. Il considère par ailleurs l'émergence de plusieurs dalits à des
postes clés en politique -Mayawati Kumari à la tête de l'Etat d'Uttar Pradesh
ou Meira Kumar, nommée présidente du Parlement indien en mai dernier- comme une
avancée symbolique, peu représentative de la réalité sur le terrain.
« L'intouchabilité
existe encore mais sa forme la plus brute est sur le déclin », assure pour
sa part Chandra Bhan Prasad, auteur d'un livre sur les dalits et premier
« intouchable » à être publié régulièrement dans un journal indien.
Reste que la
plupart des dalits occupe les professions les plus ingrates et leurs enfants
sont encore victimes de discriminations à l'école. L'enquête révèle que les
enfants dalits sont souvent contraints de s'asseoir au fond de la classe pendant
les cours et que leurs repas du midi sont servis à part des autres élèves.
L'éducation,
précisément, est un des enjeux principaux pour les dalits, selon Udit
Raj : « Ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants dans les écoles
privées et, par la suite, dans les univesités anglaises ou australiennes. Nous
sommes dans une économie du savoir dans laquelle l'éducation est cruciale et
les dalits n'y ont pas accès », explique-t-il.
100 000 dalits
convertis au boudhisme
Les conversions
sont fréquentes depuis quelques années chez les intouchables, qui cherchent à
échapper à leur statut inférieur, prédéterminé par la religion hindoue.
« En 2001, près de 100 000 dalits se sont convertis au boudhisme pour
échapper au système de castes », affime Udit Raj. En Orissa, les
conversions de dalits au christianisme sont à l'origine de violents
affrontements entre chrétiens et militants hindous.
Chandra Bhan
Prasad prédit cependant une amélioration progressive de la condition des
dalits, convaincu que le développement et la libéralisation de l'Inde leur
seront bénéfiques sur le long terme. « La caste ne sera plus un facteur
déterminant dans 50 ans », explique t-il, ajoutant que « l'économie
de marché servira de niveleur social ».
Udit Raj livre
cependant une vision beaucoup plus pessimiste, assurant que si les castes sont
remplacées par des classes, la roue ne tourne pas pour autant. « Le succès
économique de l'Inde ne profite pas aux dalits, la richesse est concentrée dans
les mains des castes supérieures », assure-t-il.
« La modernisation contribuera à diluer les
divisions entre castes mais je ne pense pas que le système sera éradiqué. Même
les indiens modernes, éduqués, vivant à l'étranger, perpétuent ce système. Tant
que ce sera le cas, le développement de l'Inde en sera affecté. »
Source 09/08/2009
|