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Sur les plages de Gaza, les baigneurs doivent se
rhabiller

Le Hamas a mis en place une police des mœurs qui surveille
sévèrement la tenue des jeunes Gazaouis. Alors que les femmes étaient déjà
contraintes de se baigner habillées, la restriction s’applique désormais aussi
aux hommes
Lorsqu’il a plongé pour aller chercher un baigneur en difficulté, Samir ne
s’attendait pas à être réprimandé par la police du Hamas. « Les policiers m’ont
demandé pourquoi je ne portais pas de tee-shirt. J’ai répondu que c’est plus
difficile de nager avec un tee-shirt, mais ils ne voulaient rien savoir »,
raconte ce maître nageur sur une plage du nord de Gaza. « Les barbus ont
interdit d’être torse nu sur la plage. Ils le disent une fois, deux fois, et
après ils cognent », dit-il, pointant les policiers en patrouille le long de la
plage.
Déambulant parmi les vendeurs à la sauvette et les nombreuses familles venues
profiter d’une journée à la plage, les militants islamistes aux aguets veillent
au respect des nouvelles règles. Si, à Gaza, les femmes se baignent depuis
longtemps habillées, cet été, depuis le début des baignades, la même rigueur
s’impose désormais aux hommes.
« Une campagne de la vertu » lancée par le
Hamas
« La plage est ouverte à tous et les hommes
ne doivent pas être torse nu devant les femmes. Ce n’est pas conforme à la
religion », lance Abou Abdallah, une jeune recrue de la police maritime. Il
détaille la tenue appropriée: un short au-dessous du genou et un tee-shirt pour
les hommes et un jilbab (longue robe ample qui couvre tout le corps) pour les
femmes. « Si elles portent un voile sur leurs cheveux, c’est mieux », précise
le jeune militant du Hamas.
Les jeux de cartes et le narguilé sont mal vus. « Les jeux de cartes sont
interdits pendant l’heure de la prière. Les jeunes jouent aux cartes au lieu
d’aller prier. Ce n’est pas bien », prévient Abou Abdallah. Dans les groupes de
jeunes qui tuent le temps sur la plage, le tour de vis moralisateur agace. «
C’est une question de liberté personnelle. Je veux pouvoir faire ma prière
quand je veux et jouer aux cartes si j’en ai envie, peste Khalil, un étudiant
du camp de réfugiés voisin de Jabaliya. Avec la guerre et le blocus, on n’a que
la mer pour respirer à Gaza et ils viennent nous étouffer encore ici ? C’est
trop ! »
Ces patrouilles, semblables aux polices religieuses d’Arabie saoudite et
d’Iran, font partie d’une « campagne de la vertu » récemment décrétée par le
Hamas. Les commerçants ont été priés d’enlever les mannequins en lingerie dans
leurs vitrines. Le président de la Haute Cour de justice a édicté un code vestimentaire
à l’intention des avocats selon lequel les femmes doivent porter une robe
sombre et un voile sous peine de ne pas être autorisées à plaider.
« Depuis la guerre, le Hamas s’est durci »
« Nous devons encourager les gens à être
vertueux et à se tenir éloignés du péché », a commenté le ministre adjoint des
affaires religieuses de Gaza, Abdallah Abu Jarbou. Cette « campagne de la vertu
» est la première tentative franche du Hamas d’imposer un agenda islamiste
depuis qu’il est maître de la bande de Gaza.
« Depuis la guerre, le Hamas s’est durci et tente de prendre davantage de
contrôle sur la vie des gens et la société. En tant que modérée, je suis triste
de voir cette interprétation de l’islam que je crois beaucoup plus libéral
qu’ils ne le disent », note Esma El Ghul, une journaliste de Gaza, convaincue
que le Hamas va vouloir peu à peu appliquer la charia (loi islamique) à Gaza.
Cette jeune femme de 27 ans, non voilée, a eu maille à partir avec des
policiers sur une plage de Gaza. Les islamistes lui reprochaient, à elle et son
amie, d’être accompagnées de garçons et de rire trop fort lorsqu’elles étaient
dans l’eau. Depuis l’incident, la jeune femme a préféré ne pas retourner à la
plage.
Karim Lebhour, à Gaza
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