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L’Afrique,
berceau de la diversité génétique
La plus vaste
étude menée en Afrique sur le génome humain retrace les origines de l’humanité
et pourrait permettre d’élaborer des traitements contre certaines maladies.

Nos origines
Un nouveau
fossile de primate découvert au Myanmar renforce la théorie selon laquelle
l’ancêtre commun que nous partageons avec les singes, les gorilles et les
lémuriens serait originaire d’Asie et non pas d’Afrique. L’étude
paléontologique, réalisée par une équipe internationale, a été publiée dans la
revue Proceedings of the Royal Society B : Biological Sciences.
Les restes de ce spécimen, baptisé Ganlea megacanina – du nom de
Ganle, le petit village à proximité duquel il a été trouvé – sont vieux de
38 millions d’années. Selon les scientifiques, Ganlea megacanina
appartiendrait à un genre très primitif de primates anthropoïdes et aurait vécu
dans un environnement tropical proche de celui du bassin amazonien actuel.
Voilà
200 000 ans que l’Homo sapiens vit en Afrique et ce n’est
que 100 000 à 150 000 ans plus tard qu’il s’est mis à
conquérir le reste la planète. Les hommes du continent noir possèdent donc une
avance évolutionnaire considérable sur les autres et celle-ci se traduit par
une grande diversité culturelle et linguistique. L’Afrique compte près de
2 000 ethnies différentes et regroupe un tiers des langues du monde. Et
cette diversité s’observe également dans les gènes : nulle part ailleurs
on ne trouve autant de variété dans le génome humain.
Une étude à grande échelle sur le sujet a été menée par une équipe de
généticiens américains, africains et européens. Ces résultats sont parus
récemment dans la revue Science. “Parmi les découvertes les plus
importantes que nous ayons faites, on peut citer cette immense diversité
génétique que l’on retrouve non seulement au sein des ethnies, mais également
entre les ethnies”, confie Sarah Tishkoff, de l’université de
Pennsylvanie à Philadelphie. “Il n’existe pas de groupe ‘africain type’ qui
serait représentatif de tous.”
Pendant près de dix ans, Sarah Tishkoff et son équipe ont collecté des
échantillons d’ADN auprès de 121 groupes ethniques répartis dans toute
l’Afrique. Ils ont ensuite étudié 1 327 marqueurs génétiques. Il
s’agit de séquences du génome humain présentant de très nombreuses variantes.
Les similitudes qu’ils ont découvertes permettent de supposer que les tout
premiers hommes ont vécu dans le sud-ouest du continent, notamment dans la
région délimitant la Namibie et l’Afrique du Sud. C’est dans cette zone que vit
aujourd’hui le peuple des San (Bochimans), dont le génome présente le plus
grand nombre de variations. On peut ainsi supposer qu’ils seraient les
descendants des premiers représentants du genre humain.
Partant du sud, les hommes auraient ensuite colonisé le reste du continent
africain – en emportant leur langue et leur culture avec eux. On peut
aujourd’hui classer les langues africaines en quatre familles : les
langues khoisan, aux clics caractéristiques, les langues nigéro-congolaises,
les langues nilo-sahariennes et les langues afro-asiatiques. “Pour qu’une
langue arrive dans une nouvelle région, il faut au minimum deux locuteurs”, explique
Christopher
Ehret, de l’Université de Californie à Los Angeles. “Or, dans le cadre
de migrations, on a souvent un grand nombre de locuteurs qui s’installent
simultanément dans une nouvelle région. Il est donc normal que les déplacements
de population s’accompagnent également d’une circulation des langues.”
On peut aussi reconstituer des événements récents
Les chercheurs ont toutefois trouvé des cas où le génome ne correspondait pas
au modèle linguistique. “Dans le nord du Cameroun et au Tchad, il y a des personnes
qui parlent une langue afro-asiatique mais ressemblent sur le plan génétique à
des locuteurs de langue nilo-saharienne. Ces populations ont donc dû changer de
langue à un moment de l’Histoire”, confie Sarah Tishkoff. C’est ce qu’ont
dû faire les Pygmées d’Afrique centrale. Ils parlent aujourd’hui la langue des
ethnies voisines, une forme de bantou. Or l’analyse génétique montre que les
Pygmées partagent des ancêtres communs avec des ethnies qui vivent à des
milliers de kilomètres de là.
Sarah Tishkoff et son
équipe ne se sont pas seulement intéressés aux ancêtres communs des populations
africaines, ils ont également étudié les origines d’autres populations humaines
du globe. Il y a 50 000 à 100 000 ans, les hommes sont
partis du nord-est de l’Afrique, au niveau de la mer Rouge, pour conquérir le
reste du monde. Ils ont d’abord colonisé le Proche-Orient et l’Europe. A chaque
vague d’émigration, la diversité génétique s’est peu à peu amenuisée. Les
chercheurs appellent ce phénomène l’effet “goulot de bouteille.” “Ce sont
les populations les plus anciennes qui présentent la plus grande diversité
génétique”, précise Sarah Tishkoff.
L’étude du génome africain permet également de reconstituer des événements
historiques plus récents. D’après leur matériel génétique, les
Africains-Américains, par exemple, viennent essentiellement de l’Afrique de
l’Ouest.
Cette étude, la plus grande jamais réalisée à ce jour sur la diversité génétique
en Afrique, pourrait apporter bien plus que de nouveaux éléments sur les
origines géographiques de l’homme. Pour Scott Williams, de l’université Vanderbilt de Nashville
(Tennessee), elle constitue aussi une base pour de futures recherches
médicales. “En retraçant ces variations de génome dans les populations
humaines, nous pourrions identifier des variantes génétiques responsables de
pathologies particulières ou trouver des moyens de protection contre certaines
maladies.” Les Africains de l’Ouest, par exemple, présentent une
prédisposition particulièrement élevée au cancer de la prostate et à
l’hypertension artérielle, alors que les Kényans et les Tanzaniens ont une
capacité à digérer le lait que l’on ne trouve chez aucun autre peuple africain,
ajoute-t-il.
Tinka Wolf 09.07.2009
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