Huile de palme contre forêt tropicale : l'enjeu du
contrôle des exploitations

Des dizaines de Penan armés de sarbacanes et de lances ont
érigé des barrages sur les routes construites par les compagnies forestières au
coeur de leurs forêts, au Sarawak, dans la partie malaisienne de l'île de
Bornéo. Ces chasseurs-cueilleurs veulent empêcher la destruction des parcelles
qui constituent leurs derniers territoires de chasse, rapportait fin juillet Survival
International. Cette ONG soutient les revendications des peuples indigènes
confrontés à l'arrivée des grandes entreprises industrielles attirées par
l'exploitation du bois de valeur et la possible conversion de vastes surfaces
en culture de rente - comme ici le palmier à huile. Depuis quelques
années, des histoires comme celles du peuple penan alimentent la chronique
quotidienne du pays qui, avec l'Indonésie, concentre 85 % de la production
mondiale d'huile de palme. Début juillet, Greenpeace, avec une quinzaine
d'autres ONG, a lancé une campagne contre l'entreprise indonésienne Astra Agro
Lestari pour qu'elle renonce à étendre sa production de palme dans les forêts
primaires d'Aceh (Sumatra), où vivent d'importantes populations
d'orang-outangs.
Jusqu'à
présent, ces protestations n'ont eu qu'un effet marginal sur les pratiques d'un
secteur porté par l'explosion de la demande mondiale. La production destinée à
80 % à l'alimentation a doublé en moins d'une décennie, pour atteindre 40
millions de tonnes en 2008. Le palmier à huile fournit un tiers des huiles
consommées dans le monde. Il offre à l'hectare les plus gros rendements parmi
les plantes oléagineuses.
"Les
pays occidentaux consomment environ 55 kg d'huiles et de corps gras par
habitant et par an, les Chinois 22 kg, les Indiens 12. En prenant pour
hypothèse que les pays en développement auront rattrapé les Occidentaux en 2030
et qu'il y aura 8,3 milliards d'habitants sur la planète, il faudrait pour
satisfaire ces besoins convertir 22 millions d'hectares en palmier à huile,
soit deux fois plus que les surfaces actuellement plantées", calcule Hubert Aumont, du Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) .
Où trouver ces
terres ? Le palmier à huile, originaire d'Afrique de l'Ouest, trouve ses
meilleures conditions de croissance dans les zones tropicales humides. Celles
qui abritent les derniers grands bassins forestiers primaires. Si on ajoute le
fait que l'huile de palme est aussi une plante prisée pour produire des
agrocarburants, on comprend l'insistance des ONG à voir encadrée son
exploitation.
Cette situation
a poussé Rainforest Alliance à sortir du chemin "balisé" de la
certification qu'elle pratique sur le cacao, le café, la banane et le thé
depuis une quinzaine d'années. En avril, à l'issue de deux ans d'évaluation,
l'ONG américaine a ajouté l'exploitation du palmier à huile sur la liste des
cultures qu'elle juge pouvoir être pratiquées en respectant des critères de
développement durable.
"La
certification, en permettant de distinguer ceux qui produisent en étant
soucieux de l'environnement et des droits sociaux, peut contribuer à lutter
contre la déforestation, même s'il faut rester modeste. Les Occidentaux ont peu
d'influence. L'Europe achète seulement 9 % de l'huile de palme indonésienne.
L'essentiel part en Chine et en Inde", explique Chris Wille, responsable de l'agriculture durable au sein
de Rainforest Alliance.
De nouveaux
critères ont été introduits dans son processus de certification : interdiction
de labéliser toute exploitation ayant coupé des arbres après 2005, pratiqué le
brûlis, utilisé des herbicides ou des pesticides, converti des forêts primaires
ou secondaires. Rainforest exigera aussi que l'exploitant reconstruise les
corridors biologiques qu'il aurait pu détruire...
"Nous
jouons une partie sensible, la culture du palmier à huile en Asie se déploie
dans un contexte politique et institutionnel peu lisible. Il n'est pas question
pour nous de récompenser quiconque aurait pris récemment part à la
déforestation", insiste
Chris Wille en estimant que les premiers certificats devraient être délivrés en
Amérique du Sud plutôt qu'en Asie.
Cette prudence
se justifie. La première tentative de certification lancée à partir de 2004 n'a
jusqu'à présent pas réussi à trouver sa place. Créée à l'initiative du WWF,
elle réunit pourtant tous les acteurs de la filière : producteurs, raffineurs,
distributeurs, ONG... Si le WWF reste engagé, d'autres comme Greenpeace ou les
Amis de la Terre se sont éloignées.
"Les
critères ne sont vraiment pas suffisants. Ils assurent à peu près la protection
d'espèces emblématiques comme l'orang-outang mais restent laxistes sur
l'utilisation d'herbicides interdits en Europe et aux Etats-Unis, ou la
destruction des forêts secondaires...", note Sylvain Angerand, des Amis de la Terre.
Face à la
pression de la demande, tout le monde s'accorde cependant sur la nécessité de
trouver une réponse qui permette à la fois de satisfaire les besoins
alimentaires des pays du Sud et la protection des dernières forêts. Après
l'Asie, le front de développement du palmier à huile pourrait rapidement
revenir dans son berceau d'origine : de grands projets sont déjà à l'oeuvre au
Cameroun. D'autres sont en discussion au Congo.
Laurence
Caramel
40
millions de tonnes, une production doublée en dix ans
Utilisation
80 % de l'huile
de palme sont destinés à l'industrie agroalimentaire. 19 % sont utilisés par
les secteurs de la chimie et des cosmétiques. Les agrocarburants
n'absorberaient que 1 % de la production, une évaluation controversée, mais les
raffineries se multiplient.
Utilisateurs
La part de la
production mondiale consommée par les Etats-Unis et l'Europe n'est que de 15 %
: l'essentiel du marché se trouve dans les pays du Sud. Cela relativise le
poids que peuvent avoir les pays industrialisés sur les producteurs de palme.
Source
05/08/09
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