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Femmes
: Le langage des Foulards
Je suis visible au milieu des autres
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Les bons jours ou les mauvais se lisent
à travers la manière de nouer le «moussoro»
La grande majorité des maliennes toutes ethnies confondues s'habillent
en traditionnel africain. L'habit ne fait pas le boua, le soninké, le
kassonké, le maure, le tamasheq, le sonrhaï, le sénoufo le bambara, le
minianka, le dogon, le peul, l'arabe. Mais les tenues traditionnelles
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de chacune de ces communautés
soulignent à la perfection la beauté de la femme noire. Certaines maliennes
prennent plaisir de nos jours à alterner au cours de la semaine le port de
nos vêtements traditionnels. Gloire à ces maliennes de la ville et du village
qui tiennent encore le drapeau de la défense de l'authentique mode
vestimentaire malien. Cette authenticité est encore soulignée davantage par
des styles très particuliers de nouer les mouchards de tête.
Aujourd'hui beaucoup de gens pensent que le foulard est lié à l'islam. Ce
carré de tissu servait à protéger la chevelure des femmes avant la
pénétration islamique, selon certaines personnes âgées.
Dans notre tradition, ils protégeaient les cheveux contre les intempéries
naturelles. En réalité le foulard dans notre cosmogonie était perçu comme un
moyen de protection divine, explique Facoh Diarra sociologue à l' Institut
des Sciences Humaines. On disait qu'une femme mariée attirait beaucoup
d'esprits, beaucoup de génies des eaux ou de la brousse. Ces êtres
surnaturels étaient surtout attirés par les nouvelles mariées. La tête dans
toutes nos cultures locales constitue la partie "supérieure" de la
femme. Paradoxalement elle constitue aussi une porte d'entrée de tous les
mauvais sorts qui s'abattent sur une personne. En plus de protection le foulard
devenait un moyen de séduction par la manière de l'attacher. L'adresse des
épouses à souligner la beauté de leurs visages fait la fierté des maris.
Le "moussouro" (foulard en bamanan) serait dérivé du mot français
"mouchoir" même si l'appellation vernaculaire authentique semble
avoir disparu. Selon les témoignages du sociologue, il serait appelé
"Kouna -dia-la" c'est- à- dire "le bandeau qui serre la
tête" en bambara. D'où le concept actuel de "Demba diala", un
foulard symbolique et hautement distinctif que portent exclusivement les
beaux-parents des mariés lors des
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Les anciens styles reviennent à la ode
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cérémonies
de mariage. Les styles portent des noms en fonction de l'ethnie tels que
Moussoro ou missoro chez les(Bambara et peul,) gnoubouholo (chez les
senoufo), K'sa (Touareg), Bissoro ou Yipanado (en soninké). Le foulard
autrefois marquait
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le passage de la jeune du célibat au grade
supérieur et plus honorable de femme mariée. Les jeunes filles d'autrefois
rêvaient du jour où elles porteraient sur leur tête "le mouchoir"
symbole de la femme accomplie. Le foulard en ces temps traduisait la fière
d'être devenue une mariée. L'utilisation du foulard était liée au mariage. Il
marquait une différence une sorte de distinction entre une jeune fille et la
femme mariée dans la tradition Bamanan.
Ce trait culturel se retrouve dans les autres ethnies. Ce que confirme aussi
la vieille soninké Sira Dembaga. Dans leur région la mariée était tout de
suite reconnue à travers leurs "Nbissoro"(prononciation soninké).
Sur ce plan toutes les ethnies se retrouvent dans le port du foulard. Toutes
les familles maliennes conservent la présence du foulard parmi les quatre
vêtements qui définissent la féminité: le pagne , le petit pagne (le
pintelou), la camisole, le mouchoir ou foulard. Dans la société bamanan
traditionnelle on reconnaissait le foulard rouge qui tranchait avec le
cotonnade blanc et le pagne noir. Le veuvage s'identifiait par la couleur
noire.
Depuis toujours les femmes dans les maisons recouvrent leur chevelure. C’est
plus pratique au moment de faire le ménage pour vous protéger de la
poussière, dans la cuisine contre les projections de sauces. Le foulard garde
les cheveux propres et jolis longtemps. Les femmes adorent l’élégance et même
la séduction, tout autant qu'elle aiment la fonction domestique souligne le
doyen M. Diarra. Chez l'ethnie sénoufo une croyance est liée au port de
foulard. Mais ici c'est l'homme qui porte le mouchoir. Selon la coutume, le
doyen de la famille est tenu de s’habiller dans un accoutrement spécial du
matin au soir.
L' accent est alors mis sur le port du foulard de couleur rouge. Il est serti
de cauris au cours d'une séance où des incantations sont dites sur le
foulard. Il devient magique. Il sera attaché par un géomancien sur la tête du
patriarche.
Les sénoufos désignent cette cérémonie sous l’expression « mi towi canni
canha » où "le jour du marché de mon père". Ce jour est consacré
aux mânes des ancêtres. Personne dans la famille ne doit cultiver la terre
pendant cette journée au risque de se voir punir par les génies de brousses.
Ces esprits sont chargés de la protection des membres de cette famille.
Le courroux de ces génies se manifeste généralement à travers de graves
maladies, la sécheresse ou des endommagements des champs. L’enfant qui naît
ce jour sacré portera le nom Docanha. Il est supposé être un
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"le volant" exprime la fierté de la femme mariée
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cadeau
spécial des ancêtres morts à leur progéniture. Il est vrai que dans nos
familles "les morts ne sont pas morts" commente Nafogo Coulibaly
archéologue à l'Institut des Sciences Humaines. C'est pour dire combien le
foulard était ancré dans la tradition.
L'EFFET DE LA MODE- Le port traditionnel du foulard africain
est majestueux. Qui n'a pas envié ces femmes
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si joliment parées de leur foulard minutieusement
posé en équilibre sur leur tête.
Les boubous tout comme les foulards sont vendus sur les marchés et dans les
boutiques et salons spécialisées. Les tendances ont changé. Elles sont
nombreuses aujourd'hui les femmes qui confectionnent elles-mêmes leur
"moussoro". Elles adorent assortir leur foulard à leur boubous
surtout lors des manifestations et défilés officiels. Et même à la maison.
Les modèles varient suivant les régions et les usages.
Le goût prononcé des jeunes filles et les femmes pour le foulard, traduit un
réflexe plus identitaire que religieux, explique le sociologue Facoh Diarra.
La mode a pris le pas sur la tradition. En effet l'épouse portait tous les
jours le même foulard. Les mouchoirs de certaines élégantes bamakoises
d'aujourd'hui remplissent un placard entier. Ce stock recèle toutes sortes de
foulard. De nos jours il existe plus d'une centaine de styles de nouer le
foulard explique Christian Ntoutoume, propriétaire du salon de beauté "
Élégance". Les plus connus sont "mon mari est capable",
"Babaguida" le "melekeni", "la jamaïcaine".
Dans les années soixante, le "Nefertiti" a rendu hommage rendu à
l'historique reine d' Égypte. Les mouchoirs sont aussi noués selon des
figures géométriques. Mais au cours des oppositions entre femmes, les
foulards sont tout de suite enlevés de la tête pour ceindre la taille des
adversaires. Paradoxe! Dans l'accomplissement d'un effort intense les
"nyéleni", les femmes courage attachent fortement leur mouchoir
autour de la taille.
La gent féminine salue le savoir de celles qui sont créatives et ont une main
fine pour réussir les techniques du noeud. "J'attache mes foulards d'une
façon ordinaire. Mais quand il s'agit de mariage ou d'événements spéciaux je
fais appel à une spécialiste confesse Sira Touré.
Le style du foulard traduit une certaine complicité dans le dialogue entre
l'homme et son épouse. Dans le couple le message transmet un message codé au
mari dans certaines situations. Ce canal est préconisé par les personnes
âgées surtout quand il y a mésentente entre les époux. N'est-ce pas les
foyers maliens craignent les échanges dans la colère entre le mari et sa
femme. "Kouma magni. Kouma yé tô den yé. Ni yé n'do ta, n'do bé bo fiein
la".( "Apprenez à contenir votre courroux. Les paroles qui blessent
s'oublient difficilement".) Alors les sages enseignent aux hommes
d'accorder une attention particulière au foulard de leur femme tous les
matins. Les mères ou les "mayan baga" ont donc la mission
d'enseigner aux nouvelles mariées le langage codé du mouchoir de tête. Les
bons jours ou les mauvais se lisent à travers la position du foulard. Il
traduit aussi la bonne humeur ou le mécontentement à l'égard de l'homme.
UN MOYEN D’éMANCIPATION. Le
mouchard a traduit les velléités d'indépendance de l'Afrique au cours de la
lutte anti-coloniale. De l'Afrique de l'Est jusque' en Afrique de l' ouest ,
en passant par l'Afrique centrale, le foulard, était devenu le flambeau de
l'effervescence émancipatrice partout en Afrique. Il était lié aux politiques
démobilisation sociale des dirigeants de l'époque. Aux premières heures de
l'indépendance le mouchoir de couleur rouge blanc, une hirondelle volant
tenant une enveloppe entre le bec symbolisait le mouchoir de l'intégration
africaine.
Le Mali Le Burkina et la Guinée et la Côte d’Ivoire partageaient cette étoffe
de belle couleur. Elle avait aux yeux des ces nations une signification
particulière : "Nous irons ensemble à l'indépendance" gage de la
renaissance et de l'émancipation africaine.
Les femmes de la sous-région ouest-africaine étaient conscientes de leur rôle
dans la lutte pour l'indépendance et l'intégration de leurs pays. Cette
solidarité autour du foulard a marqué son époque.
Ces femmes ont mené une lutte farouche rien qu’en utilisant le foulard,
devenu un symbole pour toute une nation. Je suis certaine que les mouchoirs
de la solidarité vont refleurir sur l'ensemble du territoire malien au cours
de l'année 2010. Les femmes fêteront ainsi de façon éclatante le
cinquantenaire de l'indépendance de MALIBA.
Hadeye TRAORÉ
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Le port du foulard traduit coquetterie d'une épouse.
Mais le mouchoir sert de remède. Le "tarwon" ou
"mélékeni" en bambara est un moyen de prévention des maux de tête
violents. Ce port particulier à usage uniquement
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LE TARWON OU
"MELEKENI"
médical est tombé dans le domaine ordinaire de la
mode. Le tarwon (mot peul) fait allusion aux ondes concentriques provoquées
dans l'eau quand on y laisse tomber un objet.
Une autre version historique soutient que le "mélékeni" a été
inspiré par un tambour original et rudimentaire utilisé lors des cérémonies
traditionnelles. Les groupes de femmes qui ne disposent pas d'un orchestre
pour animer leur assemblée, ont recours à une baignoire remplie d eau. Elles
posent une calebasse renversée sur la surface du liquide. Elle obtiennent un
"djidounou" c' est -à- dire un tambour d'eau. Elles tapent sur ce
montage avec deux baguettes. La calebasse en bougeant dans l'eau provoque des
ondes qui s'entrechoquent dans la baignoire. Le mouvement de ses ondes crée
un roulis continu. Ce spectacle selon certaines sources ont inspiré la femme
qui a créé le "mélekeni". L'usage de ce mouchoir entortillé est
courant dans la société traditionnelle pour soulager des maux de tête, les
femmes et les hommes. Le foulard est attaché très serré autour du front. Une
manière de maintenir la circulation au niveau de la tête. Il est accompagné
d'incantations ou prononcé par un initié.
H. TRAORÉ
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l'Essor
n°16511 du - 2009-08-21
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