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KENYA: Le pois
d’Angole, nouveau maïs ?
MBEERE SOUTH, 5 août 2009 (IRIN) - Confrontés à
l’imprévisibilité croissante des pluies, les agriculteurs du district de Mbeere
Sud, dans l’est du Kenya, commencent à remplacer le maïs traditionnel par des
cultures résistantes à la sécheresse, afin de subvenir à leurs besoins
alimentaires et de s’assurer un moyen de subsistance.
« Les pluies se font [rares]… C’est la quatrième année
que les pluies sont insuffisantes », a dit à IRIN Harrieta Nyaga, agricultrice
de la région de Rwika. « Nous nous attendions à ce qu’il pleuve en mars, et il
a plu en janvier. Les gens ne savaient pas quoi faire, certains ont semé,
d’autres non… la récolte a été mauvaise ».
Mme Nyaga, mère de quatre enfants, a raconté qu’elle
avait semé 0,8 hectare de maïs, mais qu’elle n’était pas sûre de récolter plus
de deux sacs de 90 kg. « En temps normal, ça peut aller jusqu’à 20 sacs »,
a-t-elle ajouté.
La baisse du rendement du maïs, due à la variabilité
climatique, ainsi que les coûts élevés des fertilisants, ont provoqué une forte
hausse du prix du maïs. Dans la région, un sac coûte maintenant environ 2 000
shillings (25 dollars), soit deux fois plus qu’avant.
Quatre nouvelles variétés de pois d’Angole (aussi connu
sous le nom de pois cajan) résistantes à la sécheresse font actuellement
l’objet d’un projet pilote à Mbeere, et les spécialistes affirment que ces
plantes sont tenaces et peuvent pousser dans de nombreux types d’environnement
et de systèmes de culture.
L'Institut international de recherche sur les cultures
des zones tropicales semi-arides (ICRISAT) fournit des graines gratuites aux agriculteurs.
« Les spécialistes sélectionnent les variétés et les
tailles les plus adaptées », a expliqué Richard Jones, directeur adjoint de la
région Afrique orientale et australe de l’ICRISAT. La sélection se fait sur des
critères de temps de maturation, de hauteur des plants, d’épaisseur des tiges,
de quantité de feuilles, de susceptibilité aux maladies, de temps de cuisson et
de types de sols.
Des représentants de 30 groupes d’agriculteurs ont été
sélectionnés pour piloter le projet. Au Kenya, les pois d’Angole sont cultivés
sur environ 196 261 hectares, d’après l’ICRISAT. Le Malawi, l’Ouganda, le Mozambique
et la Tanzanie en cultivent aussi des quantités importantes.
« Le rendement varie en fonction des niveaux de
précipitations, mais on peut en théorie récolter 750 kg par demi-hectare », a
indiqué M. Jones. Les nouvelles variétés mûrissent en environ 200 jours, tandis
que les variétés traditionnelles fleurissent à la fin des longues pluies, et
murissent d’octobre à août.
« Ces nouvelles variétés sont très flexibles. Comme
elles mûrissent plus vite, on peut même récolter après les pluies courtes [octobre-décembre]…
[et] si les pluies sont plus importantes [les longues pluies], on obtient une
seconde récolte », a-t-il dit.
« Avec les anciennes variétés, on ne peut pas récolter
avant la fin des longues pluies [avril-juin]. S’il n’y a pas de longues pluies,
il n’y a pas de récolte ».
Selon Mme Nyaga, les nouvelles variétés seraient mieux
accueillies si elles étaient distribuées pendant les premiers semis. « Les
pesticides représentent une grosse dépense pour un agriculteur qui démarre une
exploitation », a-t-elle expliqué. Valeur nutritionnelle
Le pois d’Angole constitue un aliment de base diététique
à forte teneur
en protéines. Dans les régions où il est cultivé de manière extensive
(Inde, Myanmar, Népal, Chine, et sud-est de l’Afrique), il assure 20 à 22 pour
cent de l’apport en protéines.
En plus de cuisiner les pois fendus écossés, on utilise
comme légumes les graines vertes immatures et les cosses.
« Nous avons beaucoup souffert de la faim, et la
première récolte a vraiment aidé ma famille. Je n’avais plus besoin d’aller
chercher des haricots et de les mélanger au maïs pour faire du githeri [un plat
à base de maïs et de haricots] », a témoigné John Ngari, agriculteur dans la
région de Mbita. « Maintenant, j’essaie de convaincre ma femme d’arrêter de
cultiver du maïs. A la place, nous pouvons vendre une partie des pois d’Angole
et acheter du maïs ».
On utilise également des pois d’Angole secs broyés pour
nourrir les animaux, et les feuilles vertes de la plante constituent un
fourrage de qualité. Les tiges sèches servent aussi de combustibles.
Cultures bonus
D’après M. Jones, de l’ICRISAT, le pois d’Angole est une
plante bonus, qui peut être cultivée en complément de céréales à maturation précoce,
et présente l’avantage d’être fixatrice d’azote.
« Je n’ai pas eu besoin d’ajouter du fumier ou des
fertilisants comme j’aurais dû le faire pour le maïs », a dit Carol Maringa,
agricultrice à Gachoka, précisant en outre que cette culture ne nécessite pas
beaucoup de main-d’œuvre. Elle a prévu d’augmenter sa production de pois
d’Angole.
« Même en additionnant les coûts liés au labourage, aux
graines, au désherbage et à l’arrosage, je m’en sors toujours avec des
bénéfices satisfaisants », a déclaré Samuel Mulinge Kyalo, 45 ans, agriculteur
à Riakanau.
D’après Fred Njeru, responsable des cultures pour la
division de Gachoka, la production de la division a chuté : « Aujourd’hui, un
grand nombre d’habitants reçoivent des aides alimentaires pour pallier la
famine, et ça ne peut pas continuer comme ça ».
Les populations les plus touchées, a-t-il dit, vendent
leur bétail et fabriquent du charbon de bois pour subvenir à leurs besoins
alimentaires.
« Nous encourageons les agriculteurs à se mettre à cultiver
des plantes résistantes à la sécheresse, mais cela prendra du temps », a-t-il
dit. « Les agriculteurs devraient planter des espèces résistantes à la
sécheresse non seulement pour subvenir à leurs besoins alimentaires, mais
aussi, à long terme, pour augmenter leurs revenus ».
D’après M. Jones, de l’ICRISAT, il est nécessaire
d’augmenter la proportion de cultures résistantes à la sécheresse.
Dans l’est du Kenya, environ 20 pour cent des
agriculteurs ont adopté les nouvelles variétés de pois d’Angole, qui ont été
obtenues en utilisant les méthodes conventionnelles de reproduction.
Une hausse d’environ 80 pour cent a déjà été enregistrée
dans le district de Makueni, dans l’est du pays. « Il arrive souvent que
l’information ne circule pas bien », a fait remarquer M. Jones. « C’est comme
quand on allume un feu : ça brûle, puis ça s’éteint ; dans ces cas-là, il faut
continuer à allumer plein de petits feux ».
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