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L’afghanisation
à marche forcée
Attentats
kamikazes et attaques terroristes se succèdent en Somalie, où les islamistes
radicaux soutenus par Al-Qaida sont sur le point de faire tomber le
gouvernement islamiste modéré du président Sharif Ahmed.

Que vaut encore
une vie humaine en Somalie, où des factions islamistes, véritables branches
armées d’Al-Qaida délocalisé, sèment la terreur et la mort, avec pour objectif
final de s’emparer du pouvoir ? En tout cas, la vie humaine en Somalie ne vaut
même plus une pièce trouée de 1 shilling somalien. En atteste l’attentat contre
Omar Hashi Aden, ministre de la Sécurité, mortellement fauché le 18 juin
dernier par une voiture piégée, du fait des shabab, ces islamistes
radicaux. Le ministre somalien est loin d’être la seule personnalité accrochée
à leur tableau de chasse ; mais il a le privilège post mortem d’être le plus
haut responsable somalien tué dans les violences en Somalie depuis l’élection,
fin janvier, du président Sharif Ahmed, considéré comme un islamiste modéré.
Dire que l’espoir était grand de voir s’estomper l’ardeur meurtrière des
islamistes quand l’un des leurs a pris les rênes du pays, instaurant même la
charia sur une partie du territoire ! C’était crier victoire trop tôt car,
entre les islamistes radicaux et les modérés, il y a un fossé que les shabab
et miliciens de la même trempe ne sont visiblement pas prêts à combler. Depuis
mai, la Somalie continue d’égrener le long chapelet de ses morts, près de 300,
qu’ils soient tombés au champ de bataille ou qu’ils soient des victimes
ciblées, comme en Irak, en Palestine, en Iran ou en Afghanistan. Le décompte
macabre s’alourdit de jour en jour, du fait que l’Union africaine et l’ONU ont
presque capitulé, impuissantes dans une Somalie où la violence se conjugue au
quotidien. Même les Etats-Unis, le tout-puissant gendarme, ont mordu la
poussière dans cet Etat de non-droit et n’osent plus s’y hasarder. Et, comme
Peshawar, Téhéran ou Kaboul, Mogadiscio et d’autres villes somaliennes vivent
désormais au rythme des attaques de kamikazes qui, au sacrifice de leur propre
vie, endeuillent à la pelle des familles innocentes.
Malgré toute la détermination dont il a fait montre dans la lutte engagée
contre le terrorisme, le pouvoir en place ne parvient pas à déjouer les pièges
mortels des islamistes radicaux. Sharif Ahmed, animé de sa plus belle foi,
peut-il réellement barrer la route à des “s’en-fout-la-mort”, comme on pourrait
les qualifier trivialement ? Pis, face à son courage se dresse la témérité des shabab
et de la milice Hezb Al-Islamiya, qui ont juré de renverser l’actuel homme fort
de Mogadiscio. D’ailleurs, le gouvernement, sans grands moyens de lutte et
presque sans soutien de taille, ne contrôlerait plus que quelques quartiers de
la capitale. Le reste est aux mains “des djihadistes étrangers et des
insurgés islamistes”, pour emprunter les mots du Premier ministre
somalien.
Au dire d’observateurs avisés, les Somaliens sont incapables de perpétrer ces
actes de lâcheté, marque déposée des “terroristes liés à Al-Qaida”. Pour avoir
le champ libre, les shabab et leurs semblables ont du reste interdit
aux pays voisins et à toute puissance étrangère de venir en aide au
gouvernement somalien en sursis. Qui sauvera la Somalie de ce chaos qui prend
inexorablement racine ? Tout est en lambeaux dans ce pays où l’Etat est quasi
inexistant. C’est probablement le seul pays en Afrique où, en dehors des
islamistes radicaux, le pouvoir est fui comme la peste. Ce ne sont pas les
pirates qui s’en plaignent, eux dont les razzias, en haute mer et même sur les
côtes, se multiplient. Seul le dialogue autour d’une table de négociations, et
ce par tous les moyens, pourrait mettre fin à cette afghanisation qui se
profile dangereusement à l’horizon. Morin
Yamongbe
Source
25.06.2009
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