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La fin du chef des "taliban" du Nigeria
photo : Utomi Ekpe
L'insurrection
islamiste conduite par Mohamed Yusuf, fou d'Allah "liquidé" le 30
juillet, a mis en évidence la fragilité du géant pétrolier.
Son nom,
Mohamed Yusuf, n'a rien de singulier. Son allure - visage austère et barbiche
noire - pas davantage. Mais la trajectoire du chef spirituel des
"taliban" nigérians sort de l'ordinaire jusque dans son épilogue:
l'épopée du gourou islamiste de 39 ans s'est achevée le 30 juillet sous les
balles de la police. En guise de faire-part de décès, une photo de son cadavre
criblé d'impacts.
Point d'orgue
d'une répression brutale, cette exécution met un terme, au moins
provisoire, à l'insurrection meurtrière - 700 tués environ - déclenchée cinq
jours plus tôt, et qui a endeuillé quatre Etats du Nord: Borno, Bauchi, Kano et
Yobe.
Que sait-on de
Yusuf? Peu de choses. Anglophone, fortuné, pourvu de 4 épouses et père de 12
enfants, le jeune prêcheur a fréquenté un temps l'université saoudienne de
Médine. Au pays, son radicalisme séduit des centaines d'étudiants désoeuvrés,
partisans d'un strict respect de la charia, loi coranique en vigueur dans 12
des 36 Etats du Nigeria, fédération artificielle de 140 millions d'âmes,
chrétiennes pour moitié.
Boko Haram: en
langue haoussa, le nom donné au mouvement apparu en 2004 signifie "l'éducation
occidentale est un péché". Son leader vénère Oussama ben Laden, vomit le
darwinisme, doute que la Terre soit ronde et menace de mort les imams suspectés
de tiédeur, adeptes d'un islam tolérant mâtiné d'animisme. Si ses disciples
revendiquent une parenté avec les "frères" afghans ou pakistanais,
aucun lien organique n'unit Boko Haram à la nébuleuse Al-Qaeda.
"L'éducation
occidentale est un péché"
Reste que la
secte doit son essor au ressentiment des démunis envers des sudistes perçus
comme privilégiés, et qu'elle inscrit son aventure dans une robuste tradition
de soulèvements confessionnels. Depuis celui de la mouvance Maitatsine - 5 000
morts à Kano en 1980 -, des assauts armés embrasent sporadiquement le nord du
pays le plus peuplé d'Afrique, théâtre en 1808 de l'émergence d'un califat
anéanti un siècle plus tard par les Britanniques.
L'épisode de
cet été jette une lumière crue sur la fragilité du président Umaru Yar'Adua, dont l'autorité pâtit aussi de la
guérilla sévissant dans le delta du Niger (Sud). Au coeur de l'éponge à pétrole du 8e
producteur mondial de brut, les insurgés, adeptes du sabotage et du rapt,
exigent un partage équitable du pactole. Inspirée par le djihad ou par l'or
noir, la tentation sécessionniste mine le Nigeria, colosse aux pieds d'argile. Vincent
Hugeux
06/08/09
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