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Les violences se poursuivent au Gabon


Des soldats patrouillent dans les rues de Libreville, vendredi, au lendemain d'une série de violences après l'annonce du résultat de la présidentielle.
Des soldats patrouillent dans les rues de Libreville, vendredi, au lendemain d'une série de violences après l'annonce du résultat de la présidentielle.

La victoire d'Ali Bongo à la présidentielle a été entérinée vendredi par la Cour constitutionnelle. Mais l'opposition appelle à la «résistance» et les pillages et les incendies ont repris vendredi à Port-Gentil, où un commissariat a été entièrement saccagé.

La Cour constitutionnelle gabonaise a confirmé vendredi après-midi la victoire d'Ali Bongo Odimba à l'élection présidentielle, lors d'une cérémonie télévisée.

Mais cette victoire reste cependant contestée par l'opposition et les violences se poursuivent. Le parti de l'opposant Pierre Mamboundou, arrivé troisième du scrutin, a appelé vendredi à la «résistance». Il assure aux Gabonais qu' «ensemble, nous vaincrons» et promet de s'inspirer de la «déclaration des droits de l'homme et du citoyen» pour résister au pouvoir. Le sort de Pierre Mamboundou, disparu depuis deux jours, est toujours incertain.

À Port-Gentil, deuxième ville du Gabon, où la matinée avait été calme, des renforts de police sont arrivés alors que de nouveaux incidents ont éclaté vendredi après-midi. Un commissariat a été saccagé puis brûlé, des magasins pillés et des tirs d'armes automatiques ont été entendus dans la ville. La veille, des manifestants ont déjà attaqué la prison de la ville et libéré les détenus, avant d'incendier le consulat général de France.

Des installations du groupe pétrolier français Total et du groupe franco-américain Schlumberger ont également été prises pour cibles et trois femmes ont été blessées. Autant d'incidents qui ont entraîné le départ du gouverneur de la région, démis de ses fonctions jeudi par le gouvernement gabonais. Aucune raison officielle n'a été donnée mais, selon un haut responsable de l'administration, on lui reproche de ne pas avoir fait intervenir les forces de l'ordre. «Il a laissé les gens casser».

Dispositif sécuritaire allégé

À Libreville, en revanche, aucun incident n'a été signalé. Les activités ont repris sans toutefois connaître leur rythme habituel. Jeudi, des troubles ont eu eu lieu dans de nombreux quartiers populaires alors que le bord de mer, où se situent la présidence, les principaux ministères et des commerces, faisait l'objet d'une protection particulière. Lors de ces échauffourées, des jeunes tenaient des discours hostiles à Ali Bongo et à la France. «On en a marre de ces Français, il faut les chasser, les tuer!», menaçaient-ils. Jeudi soir, la télévision publique RTG1 a fait état de l'interpellation de plusieurs jeunes impliqués dans les incidents.

Selon des résultats officiels, Ali Bongo, 50 ans, a remporté l'élection à un tour du 30 août avec 41,73% des suffrages, devant l'ex-ministre de l'Intérieur, André Mba Obame (25,88%) et Pierre Mamboundou (25,22%).

Le nouveau président a invité ses adversaires à «accepter le verdict des urnes» et à ne pas «prendre en otage» le peuple gabonais. «Il existe des institutions devant lesquelles on peut porter des réclamations et des recours», explique-t-il dans un entretien accordé à plusieurs journaux dont Le Monde. André Mba Obame rejette les résultats et continue de s'affirmer vainqueur. Mba Obame, Mamboundou comme Ali Bongo avaient revendiqué chacun précédemment leur victoire à la présidentielle.

De son côté, la France, visée par les manifestants de jeudi, a précisé vendredi matin par l'intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qu'elle accepterait le résultat de l'élection, une fois les éventuels recours examinés. Comme la veille, le ministre français a nié sur RTL toute ingérence dans les affaires gabonaises. Il a une fois encore recommandé aux 10.000 expatriés français de «rester chez eux» tout en écartant pour l'heure toute évacuation.

Le groupe français Total, présent au Gabon, assure avoir pris des «mesures de sécurité» pour protéger ses employés, mais ne compte pour l'instant pas les exfiltrer, selon son PDG, Christophe de Margerie.

J.B. et C.J. (lefigaro.fr) avec AFP et AP
04/09/2009