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La Martinique indépendantiste et les Martiniquais
qui ne le sont pas

Cela
nous a conduits à la situation ubuesque que nous connaissons
aujourd’hui, où
toutes nos institutions sociales, politiques, médiatiques et
administratives
développent la même idéologie et le même discours de rupture dans un
pays où la
population est fondamentalement attachée à la France.
Combien d’hommes politiques y
a-t-il dans les pantalons ?
Entre deux portes, des élus
dits modérés, de droite ou de gauche, confient :
« les électeurs que
je rencontre ne me parlent jamais de statut », … « je
suis contre le
74 et je sais que ça ne passera pas, mais comme je suis de gauche je
vote pour
cet article au congrès », … « je suis un homme de
droite, donc opposé
à l’autonomie de l’article 74, je m’abstiens donc au
congrès ». Et tous
susurrent que le jour du referendum : « je ne voterai
pas contre
moi-même (sous-entendu, pour la disparition des conseillers généraux).
C’est
une façon déguisée, à l’inverse du discours convenu, de souhaiter que
rien ne
change : ni collectivité unique, ni assemblée unique. Dans ce
camp se
trouve le gros des partisans du statu quo qui ne souhaitent qu’une
seule
question soit posée : le 74 moribond ou rien. Le scénario est
pratiquement
le même qu’en 2003. Tout le monde est
« progressiste » devant les
caméras de télévision. Mais tous sont déjà prêts à trahir les bras
levés du
Congrès. Ah ! si on avait pu procéder à un vote à bulletin
secret !
Au début des années 40, en haut de page du Canard
déchaîné, journal
satirique édité en Martinique, la question se posait déjà
: « nous
avons beaucoup de pantalons à la Martinique, mais combien d’hommes y
a-t-il
dans ces pantalons ? ».
« Le président des
indépendantistes n’est pas indépendantiste »
Au lendemain des dernières
élections
cantonales, la droite s’était trouvée en situation d’arbitrer entre le
RDMIM et
le PPM. Les voix des élus FMP et UMP pouvaient faire basculer la
majorité d’un
côté ou de l’autre. Il leur était alors possible de donner la majorité
au
groupe qui s’engagerait à un minimum de respect des valeurs de leur
camp.
Aussi, le renoncement à remettre le statut sur la table pouvait être la
condition de leur soutien. Mais la perspective d’exister a sans doute
effrayé
certains hommes de droite, mais plus encore le déplaisir de s’opposer
aux
présidents du RDMIM. L’intérêt collectif ne fut donc que de peu de
poids au
regard des petites ambitions que le Président Lise n’eût aucun mal à
flatter.
Que dit-on du président du MIM pour justifier l’incohérence
politique ?
Que celui-ci s’affirme indépendantiste, mais qu’il ne le serait pas
vraiment.
Cependant voilà ce que me disait M. Marie-Jeanne à la veille des
élections
législatives de 2007, au cours d’un bref et insolite entretien qui
s’est
déroulé dans les locaux d’une station de télévision.
Le Président se situe au
niveau
des grands hommes de pouvoir comme Fidel Castro, Bolivar,
Toussaint-Louverture
…
Je lui dis :
« Contrairement à ce que disent souvent vos partisans, j’ai la
conviction
que vous êtes vraiment indépendantiste ».
« Oui », m’avoua-t-il.
« Mon opinion,poursuivis-je, est
que vous
estimez avoir rendez-vous avec l’Histoire et qu’à cette échelle, votre
adversaire ne serait pas Serge Letchimy, mais Aimé Césaire, avec qui
vous
seriez en concurrence devant l’Histoire. Vous vous situez, vous-même,
au niveau
des grands hommes de pouvoir comme Fidel Castro, Bolivar,
Toussaint-Louverture... (Dans cette situation
inattendue, seuls ces
trois noms m’étaient venus en mémoire). Il me
répondit sans hésitation
par l’affirmative. Mieux, il m’avoua qu’il
s’accommoderait
parfaitement que son nom soit attaché un jour à l’indépendance de la
Martinique, même si celle-ci « devait déboucher sur
un échec pour son
pays, comme à Haïti, ou que sa propre famille devait en
souffrir ». A
ma question, il répondit par un« oui »
bref mais déterminé. Je
lui demandai enfin d’avoir un jour à poursuivre notre franche
conversation. « Il n’y a aucun problème,
c’est quand tu
voudras », m’a-t-il répondu. Son accord me
fut confirmé lors
d’une rencontre fortuite à Paris, au lendemain du cyclone Dean. Il me
disait
avoir été convoqué par le Président de la république.
« Invité », lui
suggérai-je. « On ne convoque pas le Président de la région
Martinique…».
« Oui, invité », préféra-t-il, avant de me dire
quelques mots sur les
fonctionnaires. Mais ayant pris contact avec son cabinet au mois de
février
2008, il me fut alors demandé de lui adresser un questionnaire écrit.
Après une
vaine insistance pour que l’échange fût direct, j’ai accepté cette
proposition
avec regret et mes questions lui furent adressées par
courriel.
La part d’héritage d’Alfred
Marie-Jeanne
Finalement l’échange n’eut pas
lieu. « Ce n’est pas possible » : ce fut,
dans sa sécheresse, la
réponse du Président que me rapporta sa secrétaire. Il est vrai que la
quinzaine de questions que je lui avais posées n’avait rien de
complaisant.
Ainsi en fut-il de la suivante : « Lors de
votre dernière élection
à la présidence de la région, vous avez, à plusieurs reprises répété la
phrase : « Je suis Président ».
Pourquoi ? Par ailleurs, au
cours des dernières élections législatives, lors d’un débat télévisé où
votre
adversaire vous a désigné sous l’appellation de « Roi de
Plateau-Roy », vous avez révélé sur les ondes que cette image
vous
plaisait bien. Ne craignez-vous pas que ces deux exemples donnent prise
à ceux
qui vous accusent de vouloir exercer le pouvoir
absolu ? »
J’en ai la conviction, ces
vérités ne sont pas loin de la vraie Vérité d’AMJ qui est l’un des
rares hommes
politiques qui soit vraiment dans son pantalon et même, le cas échéant,
à
porter celui des autres. Ainsi il n’est pas de ceux qui en viendraient
à
contester les déclarations rapportées ci-dessus. Surtout qu’au moment
où il
donne l’impression d’être déstabilisé par le collectif de février et
par une
opinion réticente, seules la force et la permanence de ses idées ainsi
qu’une
certaine ambition pour la Martinique semblent pouvoir constituer sa
part
d’héritage à léguer au pays.
Tiens, on parle déjà
d’héritage ?
Yves-Léopold
Monthieux
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