Abolition
de l’esclavage à Saint-Martin : un 28 mai...
Photo : Andy
D’aucuns se sont-ils déjà demandé comment la proclamation
d’abolition de l’esclavage prononcée quelque peu dans l’urgence par le
Gouverneur de la Guadeloupe, serait parvenue 250 kilomètres plus au Nord-Ouest,
dans la dépendance de Saint-Martin, en ce même samedi 27 mai 1848 ?
Paradoxalement,
ce sont les Archives de la partie hollandaise conservées à Philipsburg
(Sint-Maarten), qui vont nous livrer la date exacte ; rien n’ayant été
pour l’heure retrouvé aux Archives Départementales de la Guadeloupe et les
Archives Nationales d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence réservant leur réponse...
C’est avec l’aide de M. Alfonso
Blijden, archiviste, que Mme Daniella Jeffry [1963, Année charnière
à Saint-Martin (2003) ... Le
scandale statutaire sur l’île de Saint-Martin (2006)] a récemment fait
toute la lumière sur ces documents.
Le
sujet est connu ; dans sa thèse « Vrije slaven » [Esclaves
libres] publiée en 1993, le Dr A. F. Paula évoque la
situation des esclaves de la partie hollandaise après l’abolition proclamée en
partie française. Il cite notamment une lettre datée du 30 mai 1848, conservée
dans le fonds Ministerie van Kolonien" des Nationaal Archief de
La Haye, où le gouverneur de la partie hollandaise demande au commandant
de la partie française de rendre les esclaves hollandais ayant fui "de
l’autre côté" pour une meilleure destinée ; ce à quoi ce dernier
répondra négativement. Mais Mr Paula évoque le 27 mai pour date de l’abolition
en partie française, sans plus de précision... se référant ainsi à l’arrêt
signé par le gouverneur Layrle en Guadeloupe.
Ces deux
extraits rapportés par Mme Jeffry sont plus précis :
Extrait
d’une lettre adressée par le Commandant de la partie hollandaise de St. Martin
à Monsieur le Commandant Particulier de la partie française :
"N°
11/31 Philipsburg, le 31 Mai 1848
Monsieur
le Commandant !
Mr
Percival propriétaire de la partie hollandaise est venu m'informer que le 29 de
ce mois, le lendemain du jour où l'abolition de l'esclavage a été proclamée
dans la partie française, Vingt-Six nègres, ont quitté son habitation et se
sont réfugiés, principalement sur l'habitation mont fortune appartenant à Mr de
Durat, limitrophe de la partie hollandaise. (...)"
Extrait d’une lettre, datée du 30 mai 1848, adressée en partie
hollandaise par le Commandant à l'Officier Commandant [traduction de
l’hollandais] :
"J'ai
l'honneur de vous informer que le Commandant de la partie française nous a
informé de l'émancipation de la population esclave par proclamation du
Gouverneur de la Guadeloupe et dépendances en date du 27 mai 1848 dans la
partie française dimanche dernier, et voyant que cette proclamation s'est faite
sans compensation aux propriétaires pour la perte de leur propriété, nous
craignons que les esclaves de la partie hollandaise essaient de s'évader à la
partie française et là-bas ils seront traités comme libres.(...)
Cela
mettrait la partie hollandaise dans une situation précaire (...)"
Et Mme Jeffry de conclure :
« nous pouvons affirmer avec certitude au vu de ces courriers
que la date officielle de proclamation de l'émancipation des esclaves à
Saint-Martin est le dimanche 28 mai 1848. Toutefois, d'après notre histoire
orale, je pressens que cette abolition n'a pas été effective immédiatement, en
raison de la cueillette de sel dans la Grande saline de Philipsbourg qui devait
avoir lieu dans les 10 à 12 jours après cette proclamation. Des raisons
économiques ont pu retarder l'application de cette abolition... »
Rappelons
que depuis le 15 juillet 2007, les collectivités de Saint-Martin et de
Saint-Barthélemy ne sont plus des communes du département Guadeloupe ; et
à ce titre, elles ne sont donc plus prises en compte nominativement par la loi
n° 83-550 du 30 juin 1983 (modifiée par l' article
4 de la loi n°2001-434 du 21 mai 2001) et son décret
n° 83-1003 rattaché du 23 novembre 1983, instituant une journée fériée de
commémoration de l'abolition de l'esclavage dans les collectivités
territoriales d’outre-mer.
Rappelons aussi que le Conseil Territorial de la
Collectivité de Saint-Barthélemy a adopté il y a plus de trois mois, et à
l’unanimité, une délibération visant à « solliciter du Gouvernement la
fixation de la date du 09 octobre (au lieu du 27 mai) pour date officielle de
commémoration annuelle de l'abolition de l'esclavage dans la Collectivité
Territoriale de Saint-Barthélemy et à y instaurer dès 2009 une journée de
reconnaissance sur l'île » ; cette délibération 2009-044
CT ayant été transmise au Représentant de l'Etat le 26 juin 2009... sans,
pour l’heure, réponse de l’Etat.
Le 6 mai 2009, par décret
n° 2009-506, le gouvernement prolongeait la mission du Comité pour la mémoire et
l'histoire de l'esclavage non sans avoir rajouté un H pour
« Histoire » dans son intitulé ; une autre nouveauté consistait
à nommer, en plus des membres,
un secrétaire
général ; et pour la toute première fois une adresse courriel
de contact
est même communiquée :
Pour
contacter le CPMHE, vous pouvez écrire à l’adresse suivante :
Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage
Secrétariat d’Etat à l’Outre-Mer
27 rue Oudinot 75007 Paris
Vous
pouvez également contacter le secrétaire général du comité à l’adresse
électronique suivante :
frederic.lazorthes@outre-mer.gouv.fr
Notons néanmoins que le Rapport
pour l’année 2008 n’aura jamais été rendu public, car sans doute jamais rendu
tout court : en totale contravention avec l’article 7 du précédent décret...
devenu article
6 depuis. Par contre, encore une nouveauté : le devoir
de confidentialité est désormais de rigueur ! au même titre que le
devoir de Mémoire... et d’Histoire ?
L’agenda
de notre Secrétaire d’Etat chargée de l’Outre-Mer, Mme Marie-Luce Penchard,
laissait entrevoir le Jeudi 10 septembre, à 17h00, un « Entretien avec
Mme Françoise Vergès, Présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de
l’esclavage » : gageons qu’il ait été là, et entre autres,
question de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy : le 28 mai approche et le
9 octobre... aussi.
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