L'affaire du chlordécone vu
par Harry Durimel
L’audience de la chambre de
l’instruction de la Cour d’Appel de Paris du 3/09/09 , énième péripétie de la
guérilla procédurale qu nous livrent ceux qui sont censés nous protéger, et les
commentaires diffamatoires publiés sur Caribe Créole par un certain « simion »,
me donnent l’occasion de faire le point sur l’affaire dite « du
chlordécone », dans l’attente d’éventuelles poursuites judiciaires pour
diffamation.
En
effet, en commentaire d’un reportage de « Caribe Créole » suite à la
conférence de presse des Verts du 28/08/09, on a pu lire ceci :
«
2 - Du rimel pour maquiller
Par
simion 31.08.2009 l 23h28
Les association se sont bien faites
rouler dans la farine, par le super récupérateur!.....
oui, oui! c'est moi qui ai tout
fait!.... tout seul, les associations se sont bien faites gruger par leur
avocat, qui s'est approprié la paternité dossier Chlordécone,
qui as payé la consignation??..
c'est! ASSE, (par souscription populaire)
qui as battu le pavé pour motiver la
population, C'est ASSE,
qui à versé 3170€ au super
récupérateur, C'est encore ASSE (sous prétexte que son cabinet ne pouvait plus
honorer les salaires de ses collaborateurs) enfin comme on dit, "tout
précheur vit au dépends de celui qui l'ecoute. » (NDLR :les fautes ou coquilles sont de l’auteur)
Ce
sont les Verts-Guadeloupe, n’en
déplaise à nos détracteurs, qui ont été les premiers à porter avec véhémence, sur la place publique, la problématique
de la pollution de nos sols et de la chaîne alimentaire par le chlordécone.
Sachant
que la campagne que nous allions mener concernerait l’agriculture, nous avons
rencontré Georges Magdeleine, secrétaire générale de
l’Union des Producteurs agricoles de la Guadeloupe
(UPG), courant 2005, dans nos locaux à Morne-à-l’eau. Il nous a assuré de l’implication
de son organisation dans le combat que nous allions mener.
De
réunions en réunions, nous avons donné la voix ensemble et, lors d’un
rassemblement qui s’est déroulé à la salle des fêtes de Goyave, que le Maire de
l’époque, Jean Laguerre, avait gracieusement mise à notre disposition, je
proposais d’officialiser le groupe que nous avions créé, nous les Verts
Guadeloupe et l’UPG, sous l’appellation : Agriculture - Santé -
Environnement (ASE).
Alain
Gayadine, de l’UPG, proposait d’y
adjoindre un autre « S » pour Société, considérant que cette affaire
posait un problème de choix de société qui dépassait le simple cadre de
l’environnement, de l’agriculture et de la santé.
Ainsi
prenait naissance, sur le parvis de la salle des fêtes de GOYAVE, le collectif
ASSE (AGRICULTURE –SOCIETE - SANTE – ENVIRONNEMENT).
Le
30/12/2005, au terme d’une réunion
dans le bureau de l’UPG, sis dans l’enceinte de l’ancienne chambre
d’Agriculture à Destrellan, BAIE-MAHAULT, ce groupe devenait une association
régie par la loi de 1901. Malgré le
rôle éminent que j’avais joué dans sa création, je refusais d’en embrasser la
présidence, préférant mon rôle d’avocat dans la défense de cette noble cause.
C’est
ainsi qu’un syndicaliste, Monsieur Alain SIMION, qui avait rejoint le groupe
entre temps, se proposait pour une courte présidence « d’une année seulement », car,
disait-il, il était « surbooké ».
Aux
termes de plusieurs réunions et palabres qui avaient tendance à émousser notre
mobilisation, je proposais, pour la pérenniser, de déposer une plainte pénale,
en parallèle à notre action sur le terrain.
Il
m’a fallu plus de trois mois pour effectuer, généralement la nuit, hors de mes
horaires de travail, entre 22 heures et 2 heures du matin, les recherches
juridiques nécessaires pour rédiger cette plainte, sur laquelle je travaillais
déjà, au nom de notre association, « SOS ENVIRONNEMENT GUADELOUPE ».
Une
fois cette plainte finalisée, il a fallu s’assurer de la « qualité pour agir » des
personnes morales qui la porteraient.
Connaissant
la rigueur de la loi et de la jurisprudence à cet égard, je proposais
d’adjoindre à SOS ENVIRONNEMENT GUADELOUPE, « bras associatif » des
VERTS-GUADELOUPE, une autre association, à créer et vouée spécifiquement à
cette cause, aux côtés du syndicat UPG, pour nous assurer que notre plainte
serait recevable.
C’est
ainsi que, le 23 Février 2006, les
associations SOS ENVIRONNEMENT GUADELOUPE (dont je suis le Vice-président, et
Michèle MAXO, la Présidente), UNION REGIONALE DES CONSOMMATEURS (URC, présidée
par Judes GRIFFARD), AGRICULTURE – SANTE – SOCIETE – ENVIRONNEMENT ( ASSE,
présidée par Alain SIMION), et le syndicat UNION DES PRODUCTEURS AGRICOLES DE
LA GUADELOUPE (UPG, représenté par Georges MAGDELEINE), ont déposé plainte
contre X, devant Monsieur le Doyen des Juges d’Instruction près le Tribunal de
Grande Instance de BASSE-TERRE, afin
que les responsables de la pollution au chlordécone qui affecte les sols de la
GUADELOUPE et la chaîne alimentaire, soient identifiés et sanctionnés.
Aux termes de trois ordonnances en date du 6 décembre 2006, le Doyen des Juges d’instruction au Tribunal de
Grande Instance de Basse-Terre a déclaré recevable l’action des associations
suivantes :
- L’UNION
DES CONSOMMATEURS
- SOS ENVIRONNEMENT GUADELOUPE
Par
contre, ce magistrat déclarait irrecevable
l’association AGRICULTURE, SOCIETE, SANTE, ENVIRONNEMENT dite ASSE, faute
d’agrément spécifique et eu égard au fait que ses statuts n’avaient été visés
en Sous-Préfecture que le 23 Février
2006, le jour même du dépôt de la plainte;
Mais
le Procureur de la République a cru devoir frapper d’appel lesdites ordonnances
de recevabilité. L’UPG et ASSE, pour leur part, interjetaient appel de
l’ordonnance du juge d’instruction qui les avait déclarés irrecevables.
Me
Tania BANGOU, deux autres avocats de mon cabinet, et moi même, ainsi que Me
Sarah ARISTIDE, avons rédigé des mémoires pour démontrer que non seulement les
trois associations susvisées, mais aussi le syndicat d’agriculteurs, l’UPG,
avaient qualité pour déposer cette plainte et que leur action était recevable
et bien fondée.
Nous avons reçu le
concours actif de Maître Evita CHEVRY, Maître Roland EZELIN, Maître Ernest
DANINTHE, et de principe de Maître Daniel DEMOCRITE, Maître
Evelyne DEMOCRITE, Maître Gérard DERUSSY et Maître Frantz CALVAIRE.
Signalons aussi que nous avons trouvé également le soutien de plusieurs organisations dans
ce combat, tels que, COLLECTIF CONSCIENCE
GUADELOUPE, CGTG, CTU, ATTAC GUADELOUPE, LE COMITE DE DEFENSE DE L’EAU DE LA
GUADELOUPE, PCG, CIPN, MADICE, CFDT.
Par
arrêt en date du 2 août 2007, la
Chambre d'Instruction de la Cour d’appel de Basse-Terre a ordonné la jonction
des deux procédures et déclaré :
« recevables les constitutions de partie civile de L'UNION DES
PRODUCTEURS AGRICOLES DE GUADELOUPE ET DE L'UNION RÉGIONALE DES CONSOMMATEURS
et irrecevables les constitutions de
parties civiles des ASSOCIATIONS SOS ENVIRONNEMENT ET AGRICULTURE SANTÉ SOCIÉTÉ
ENVIRONNEMENT. »
Le
Procureur Général a formé un pourvoi en cassation à l'encontre de l'arrêt
susvisé, par déclaration en date du 7 août 2007.
Mais
cette tentative du Parquet d’entraver l’action des parties civiles dans cette
affaire n’a pas prospéré, puisque la Cour de Cassation a rejeté le pourvoi
formé par le Procureur Général confirmant ainsi la recevabilité de l’Union
Régionale des Consommateurs (URC) et
de l’Union des Producteurs agricoles de la Guadeloupe (UPG), par un arrêt en date du 22
janvier 2008.
Curieusement,
alors que la plainte avait été régulièrement déposée, le 23 février 2006, et que
le Ministère public s’acharnait à la faire avorter, jusqu’en cassation, ce
n’est que le 5 mai 2008 qu’elle
était enregistrée.
C’est
la SCP WACQUET-FARGE-AZAN, cabinet d’avocats à la Cour de Cassation et au
Conseil d’Etat, qui nous a représentés à Paris, devant la juridiction suprême,
moyennant la somme de 3255 €, intégralement payé par l’UPG.
La
stratégie que j’avais proposée, et qui avait consisté à multiplier le nombre de
plaignants pour s’assurer qu’au moins un d’entre eux serait déclaré recevable,
s’est avérée propice, car notre plainte
est aujourd’hui définitivement jugée recevable, au plus haut niveau de la
Justice française.
Mais
certains esprits chagrins, tels Messieurs Alain SIMION et Philippe VERDOL, qui comptaient sur cette
affaire pour se faire un nom, ne l’entendaient pas de cette oreille et entreprenaient
alors une campagne de dénigrement à mon encontre, jusqu’à très récemment encore,
sur le site de Carib Créole. Je
me réserve d’ailleurs de porter plainte pour diffamation contre le « simion », minuscule auteur de ces propos diffamatoires.
L’UPG
et moi-même, nous avons du nous opposer à la vente d’un livre, que le second
nommé avait cru devoir publier aux éditions JASOR, avec nos écrits mais sans
notre permission, commettant ainsi une contrefaçon. L’éditeur nous ayant
expliqué qu’il avait été abusé par Ph. VERDOL, nous avons consenti à ne pas
porter plainte.
Entre
temps, un nouveau juge d’instruction, en la personne de Madame Y, a été adjoint
au premier juge, Monsieur X, le 6
septembre 2007, pour des raisons énigmatiques, car cette dernière n’a
accompli aucun acte d’instruction.
Après
le rejet du pourvoi formé par le Parquet, plus rien ne s’opposait à
l’instruction de cette affaire.
Mais
c’était sans compter avec la farouche volonté du Ministère Public d’épuiser
notre détermination.
Il
requérait ensuite que Monsieur le Doyen des Juges d’Instruction de BASSE-TERRE
se dessaisisse de cette affaire, au profit du « Pôle Santé » du
Tribunal de Grande Instance de PARIS;
Par
ordonnance en date du 5 juin 2008,
Monsieur le Juge d'Instruction a suivi ce réquisitoire et transmis le
dossier au « Pôle Santé » du Tribunal de Grande Instance de Paris,
alors que les faits se sont produits aux Antilles !
Aujourd'hui
encore, il est allégué que l’instruction de ladite plainte se heurterait à un
éventuel vice de procédure, tiré d’une soit-disant irrégularité dans la
désignation du ou des Juges d'Instruction en Guadeloupe.
Ayant pris l’engagement d’effectuer ce travail bénévolement, par Amour pour mon pays
et par la passion de l’Ecologie et du Droit, je n’ai réclamé aucun honoraires.
Inutile de dire que ce combat, purement juridique, a
généré de lourds frais (des centaines
de photocopies, télécopies, coursier…), sans compter les rétrocessions
d’honoraires que je verse aux avocates susvisées, exerçant à mon cabinet.
Eu égard à leur montant faramineux, je réclamais la prise
en charge des frais engagés par l’association ASSE, qui avait déposé sur son
compte bancaire les sommes collectées par nous
tous, auprès des Guadeloupéens et de certains de nos amis des Verts, entre
autres, Dominique VOYNET, qui était venue nous soutenir devant le Centre Rémy Nainsouta à Pointe-à-Pitre.
Voilà dans quelles conditions une note de frais de 2170 € (et non 3170 € comme l’indique,
en toute mauvaise foi, « simion ») été réglée à mon cabinet par
l’association ASSE, avec l’argent collecté à cet effet, par chèque n° 9723013, du 02/02/07, tiré sur la
Caisse d’Epargne.
C’est donc avec tristesse et dégoût que je lis sous la
plume de « simion minus » ceci : « Les associations se sont bien faites rouler
dans la farine, par le super récupérateur!.....oui, oui! c'est moi qui ai tout
fait!.... tout seul, les associations se sont bien faites gruger par leur
avocat, qui s'est approprié la paternité dossier Chlordécone (..) qui à
versé 3170 € au super récupérateur, C'est encore ASSE… ».
Je n’entends
point m’enliser dans une quelconque polémique avec cet individu, car toutes ces
zizanies futiles ne servent que ceux qui, en nous divisant, n’auront aucun mal
à enterrer cette plainte dont les enjeux sont considérables pour nous et pour
les générations futures.
Rédaction d’une plainte d’une vingtaine de pages,
rédaction de mémoires à chaque étape de la procédure, consultation du dossier
et entretien avec Mme le juge d’instruction en charge du dossier au « Pôle
Santé » du TGI de Paris, à mes frais, plaidoiries ici et, avant hier
encore, à Paris, envoi de comptes rendus par télécopies à tous les avocats susvisés, tout cela a un coût, que j’assume SEUL.
Il n’est pas besoin d’être expert pour faire la différence
entre frais et honoraires ! Et ceux qui ont déjà eu recours à des avocats
savent que toutes ces diligences valent beaucoup plus que la somme, au
demeurant inexacte, dont « simion minus » fait
état dans son délire.
Quant à ceux qui, comme lui, ont bénéficié des subventions
de la Région pour aller payer grassement un avocat parisien, afin d’étudier
comment contourner la plainte rédigée par Harry J. DURIMEL, ils se moquent bien
du prix qu’ils ont payé à celui là, car c’est de l’argent public.
Pour ma part, je continue, avec passion, détermination et
probité, le travail entrepris pour la manifestation de la Vérité et pour que
Justice nous soit rendue.
Le 3 septembre 2009, avec le bâtonnier EZELIN et
l’assistance logistique et bénévole
de mon cousin et confrère, Me Jean-claude DURIMEL, avocat au Barreau de Paris,
nous avons plaidé pour surmonter les derniers obstacles procéduraux.
Tout ce travail, qui laisse des traces dans la gestion de
mon cabinet, je le fais bénévolement et avec la même passion qui nous animait,
nous les Verts Guadeloupe et
d’autres guadeloupéens qui se reconnaîtrons :
- lorsque nous avons été amenés à bloquer le pont de la Baie
du Moule, pour contraindre DAMOISEAU à cesser les rejets illicites de ses
effluents dans l’environnement, ce qui générait des odeurs des plus
nauséabondes.
- lorsqu’il a fallu se battre à la Boucan, contre la
distillerie Bonne mère qui empoisonnait
la « Rivière à Goyave » et le Grand cul de sac marin, zone soi
disant protégée.
- De même à « Grosse montagne », contre une source
radioactive, à Moule contre les risques inhérents aux antennes
électromagnétiques, les tarifs abusifs des Notaires, la réintégration de David JANKY, etc.
Il faut « rendre à César ce qui est à
César » !
Moi, Maître Harry J. DURIMEL, j’ai rédigé cette plainte,
non pas sur la commande de quiconque, mais parce que ma conscience et mon
serment d’avocat me l’ordonnaient, avant même que nous ne créions, une
quelconque association ASSE.
ASSE est et demeure un acteur majeur de cette affaire, qui
est né d’une rencontre entre les VERTS-GUADELOUPE, SOS ENVIRONNEMENT et l’UPG,
baptisé à Goyave et confirmé dans
les locaux de l’UPG.
Mais le Président de l’association ASSE doit respecter les
statuts et convoquer une assemblée générale, sans écarter les membres
fondateurs de ladite association qui l’ont mandaté, afin de rendre
compte :
- des sommes collectées par nous tous.
- de l’usage fait de ces sommes.
Il y a du travail pour TOUS, dans ce combat titanesque que
nous allons devoir mener contre de puissants lobbys. Nos régions de GUADELOUPE
et de MARTINIQUE ont besoin de la mobilisation de tous ceux qui disent aimer
ces pays, afin que cette catastrophe sanitaire, environnementale et économique
soit traitée, en terme de :
- Prévention efficace
- Cartographie sincère
- Dépollution
- Indemnisation
- Détermination des responsabilités.
Avec mes confrères, R. EZELIN, T. BANGOU, S. ARISTIDE, E.
CHEVRY, E. DANINTHE, G. DERUSSY, G. PLUMASSEAU, et tous ceux qui s’adjoindront
à ce collectif au fil du temps, nous saurons assurer la partie juridique du
travail à accomplir.
Pas besoin d’importer une quelconque intelligence
parisienne, pour assurer la défense des guadeloupéens, dans un tel dossier
aussi emblématique d’un certain regard cynique, sinon méprisant, du pouvoir central
sur les régions d’outre-mer.
Mais le travail à faire pour que la France, l’EUROPE, les USA… le MONDE
entier soit informé de cette gigantesque « bourde », que constitue la
permission donnée à des commerçants d’écouler leurs stocks, malgré la connaissance
avérée qu’il s’agissait d’un DANGEREUX POISON !!!
L’affaire
du chlordécone est extrêmement grave !
Alors mes
chers amis, frères, sœurs, voisins, voisines, vous, nous tous, qui disons aimer
la GUADELOUPE, unissons nous, transcendons nos divergences et nos états d’âme,
pour mener ensemble ce combat légitime, en toute DIGNITE !
Il nous faut des bras et des cerveaux, porteurs d’idées positives, de suggestions en toutes
sortes, pour tenir la dragée haute à ceux qui ont mis en œuvre un vaste plan de défense et de riposte, en
prévision de l’instruction qui va, inéluctablement démarrer.
Ce plan a même sa version officielle, baptisée :
« PLAN CHLORDECONE ».
En effet, un « Plan d’action chlordécone 2008-2010
en Martinique et en Guadeloupe »
a été annoncé par le Premier Ministre, lors de son déplacement aux
Antilles, en janvier 2008, censé renforcer les actions et mesures concernant
cette contamination. Le professeur Didier HOUSSIN, Directeur général de la
santé, est chargé de coordonner l’action des services gouvernementaux pour la
mise en oeuvre de ce plan.
Les objectifs
déclarés de ce « Plan d'action » sont de :
« - renforcer la surveillance de la santé de
la population et la connaissance des problèmes cliniques et environnementaux
liés au chlordécone ;
- continuer à réduire l’exposition de la population
au chlordécone ;
- proposer des mesures d’accompagnement en
agriculture et améliorer la surveillance des sols et des produits des jardins
familiaux. »
Ce plan prévoit,
entre autre, que : « toutes les informations permettant d’assurer les consommateurs de la
qualité des denrées mises en marché doivent être présentées sur les lieux de
vente. »
Mais sur le
terrain, rien de tel n’est encore visible et le discours officiel tangue entre
reconnaissance de la gravité du phénomène et dédramatisation.
Depuis quelque
temps, pour décrédibiliser notre militantisme, les autorités ne parlent que de
« la chlordécone »
dans les médias, comme pour faire croire que nous ne savons même pas de quoi
nous parlons.
Le drame, ce n’est pas moi qui l’ai inventé, c’est le
Docteur KHADEL, chercheur à l’INSERM, qui l’a avoué sur RFO Télé, lors d’un
journal : sur un échantillon de 100 guadeloupéens, les 100 se sont révélés
porteurs de traces de chlordécone dans le sang.
Pour toute réponse, après avis de la très
sérieuse Agence France de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA), les teneurs maximales en
chlordécone dans les aliments, les fameuses LMR, ont été fixées par deux
arrêtés ministériels des 5 et 10 octobre
2005.
Dans ces arrêtés, la valeur de 50
microgrammes/kg de poids frais était fixée pour les aliments
suivants : carotte, dachine, patate douce, igname, poulet, melon,
concombre et tomate ; pour tous les autres aliments, la valeur seuil de 200 microgrammes/kg a été retenue.
A la suite de travaux complémentaires, l’AFSSA préconisait, dans son
rapport de septembre 2007, d'élargir
la limite de 50 microgrammes/kg aux
choux caraïbes et aux produits de la mer, pour lesquels la valeur seuil avait
été initialement fixée à 200 microgrammes/kg,
tout en préconisant que cette valeur seuil soit maintenue uniquement pour les
produits d’eau douce.
Dans le cadre de la réglementation européenne, des valeurs de LMR
communautaires inférieures aux recommandations de l’AFSSA ont été retenues par la
Commission européenne, le 24 octobre 2007. Elles sont fixées à 20 microgrammes/kg pour les denrées
végétales pouvant être produites indifféremment sous climat tropical ou tempéré
(pomme de terre, tomate…) et 10
microgrammes/kg pour les autres produits végétaux spécifiques aux régions
de climat tempéré ou susceptibles d’être importés de zones autres que les
Antilles (blé, riz, pomme, poire…).
Dans ce nouveau contexte communautaire, un arrêté du 30 juin 2008 est venu remplacer les
deux arrêtés de 2005, relatifs
aux limites maximales applicables aux résidus de chlordécone que ne doivent pas
dépasser certaines denrées alimentaires d’origine végétale et animale, pour
être reconnues propres à la consommation humaine : il
reprend les différentes valeurs de LMR communautaires et fixe une LMR nationale
de 20 microgrammes/kg dans les produits de la mer et d’eau douce.
Dans son rapport de septembre 2007 sur l'actualisation de l'exposition
alimentaire au
chlordécone de la population antillaise, l’AFSSA reconnaît que les
limites maximales ne suffisent pas à protéger l'ensemble de la population.
L'AFSSA recommande, pour les familles exploitant un jardin sur un sol
contaminé, de limiter leur consommation de dachines, patates douces et ignames
provenant du jardin à deux fois par semaine. Le respect de cette recommandation
permettrait, selon elle, de garantir, pour les adultes comme pour les enfants,
que « la dose journalière admissible en chlordécone » ne soit pas
dépassée.
Par ailleurs, l'AFSSA rappelle, pour les populations ayant des
habitudes de pêche de loisir ou de subsistance, l'importance de respecter les
arrêtés d'interdiction de pêche en rivière en vigueur et, en cas de doute sur
l'origine des produits de la pêche, de limiter leur consommation à un jour sur
deux.
Que croire dans cette
politique flexible de santé publique?
En 2005, nous étions priés de croire que la dose maximale de
chlordécone que nous étions autorisés à consommer était la juste dose et qu’elle ne se cumulait pas de jour en jour.
Trois ans plus tard, comme notre détermination est intacte et la
vigilance du peuple guadeloupéen en éveil sur cette catastrophe, on nous pond
un nouvel arrêté, en date du 30 juin 2008,
qui baisse la juste dose de chlordécone à 20 et 10 microgrammes/kg.
Quand saurons nous
l’exacte dose de chlordcone qu’il nous est permis d’ingurgiter, faute de mieux ?
Au demeurant, sur le principe, peut-on
décemment nous proposer un taux de chlordécone à consommer ? Nous,
nous militons pour un taux Zéro !
La pêche aux écrevisses est soit-disant interdite. Mais à quand une signalisation effective auprès
des rivières et cours d’eau contaminés ?
Qu’est-ce qui est fait
pour mettre le consommateur guadeloupéen à l’abri des pêcheurs à la sauvette
qui, mal informés, mettent dans les circuits de consommation des écrevisses
contaminées ?
A quand une enquête
épidémiologique confiées à des experts internationaux indépendants ?
Le champ des investigations scientifiques en cours, qui est défini de
façon trop étroite, ne vise qu’à délivrer des résultats dont on nous annonce
d’ores et déjà que c’est une prédisposition génétique qui expliquerait le taux
élevé de cancers de la prostate sous nos cieux. Quant à la multiplication des
affections neurologiques, elle est mise sur le compte du stress, de la drogue
et du chômage.
Malgré tout le respect que j’ai pour les professeurs qui ont mené les
enquêtes en cours (Ti moun, Karuprostate, Hibiscus), s’agissant d’une affaire
qui implique l’Etat, il ne nous semble pas que des professeurs rémunérés par la
puissance publique, aient la neutralité, au sens juridique du terme, pour
intervenir dans une telle affaire.
Nous avons donc besoin de relais pour que les moyens de faire
intervenir des experts internationaux,
voire l’Organisation Mondiale de la
Santé, pour que les contraintes de cette nouvelle vie chlordéconée, à
laquelle nous sommes vouées, soient établies.
Seule une information judiciaire, menée par des juges d’instruction
indépendants, pourrait nous permettre d’obtenir, en DROIT, une telle expertise.
Mais le rapport LEGER, télécommandé par le Président Nicolas SARKOZY,
est plutôt de mauvais augure à cet égard, car il préconise la disparition du
juge d’instruction.
Je vous laisse imaginer ce qu’il adviendrait de notre plainte, si les
investigations qu’elle requiert devaient
dépendre du bon vouloir du Procureur, sachant que les trois années
de piétinement de cette affaire sont la
conséquence des entraves en tous genres (écueils procéduraux, puis éloignement
géographique) qui ont été érigées par ce dernier sur notre parcours.
C’est dire toute « l’ardeur » que mettrait le Ministère
public à freiner les investigations que nécessite la réponse aux questions soulevées
ci-dessus.
On aura compris qu’il n’y a pas de place pour les cancans et les coups
bas dans l’affaire du chlordécone.
Il manque des bras et des cerveaux. Donc accourons-y Tous ! ASSEz de cancans !
Harry J. DURIMEL
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